L’état d’urgence sanitaire est prolongé jusqu’au 20 mai, et vraisemblablement plus loin encore car cette date coïncide avec la nuit du Destin… En Europe, il est fortement envisagé de maintenir fermées les frontières de l’espace Schengen durant l’été. 

En un mot comme en cent, le calvaire de nos compatriotes bloqués à l’étranger n’est pas près de trouver une issue et leur situation devient aussi insupportable que le silence qui leur est opposé au ministère des Affaires étrangères. Et cette infortunée communauté, formée initialement de Marocains en visite à l’extérieur du pays, se renforce avec les étudiants à l’étranger et avec les expatriés…

Et comme un malheur ne vient jamais seul, un arrêt judiciaire est venu confirmer et créer une jurisprudence « contre » ces Marocains bloqués à l’extérieur. Le tribunal administratif de Rabat a en effet estimé que bien que la constitution, en son article 24, dispose qu’ « est garantie pour tous, la liberté de circuler et de s’établir sur le territoire national, d’en sortir et d’y retourner, conformément à la loi », le principe international des « circonstances exceptionnelles » prime. Et tant pis si cela plonge nos quelques 20.000 ressortissants précarisés dans la déprime…

Sur le plan légal, la chose semble… illégale car si la constitution renvoie vers la loi pour limiter les déplacements des Marocains sur le territoire national, et si ladite loi (en l’occurrence le deux décrets-lois 2-20-292 et 2-20-293) précise que le gouvernement légifère légitimement par décrets-lois et décisions réglementaires, aucun texte ne dit expressément que les Marocains bloqués à l’extérieur n’ont pas le droit d’entrer chez eux. Et quand bien même cela serait le cas, et bien disons-le, ce serait amoral et aussi immoral !

Ambassades et consulats se sont mis en ordre de bataille et se sont déployés au secours de ces Marocains bloqués. Prises en charge, conseils, assistance médicale, funéraire… Il est vrai que nos diplomates et consuls ont fait le travail. Mais à l’instar de la plus belle femme du monde, ils ne peuvent donner que ce qu’ils ont… et dans le cas d’espèce, ils n’ont pas beaucoup !

Pendant ce temps-là, chez notre communauté exilée à contre son plein gré et qui en a gros sur le cœur, l’angoisse fuse et la colère infuse. 20.000 personnes, ce sont 20.000 familles, proches, amis et relations, et cela fait du monde. Au final, quand tout sera passé, ce sont quelques centaines de milliers de personnes qui auront perdu foi en leur pays, qui nourriront un ressentiment aigu, puis chronique. Et ce n’est pas tout…

Que faire de ces dizaines de milliers d’étudiants à l’étranger, qui devront rentrer au pays à l’issue de leurs années universitaires ? Seront-ils également, et scandaleusement, bloqués ? Et les Marocains du monde, qui voudront, peut-être rentrer pour l’été ? Seront-ils à leur tour refoulés aux frontières ? « Par ici la monnaie et restez chez vous ! »… Est-ce ainsi qu’on leur répondra ?

Notre ministre des Affaires étrangères, qui doit savoir ce que signifie d’avoir un proche à l’étranger, est porté disparu depuis plusieurs semaines, se contentant avec une grande témérité d’envoyer au front ses collaborateurs. Il sera, en principe, s’il ne change pas d’avis, demain au parlement. Pour dire quoi ? Pour proposer quoi ? Faucon sans danger en temps de paix, il est aujourd’hui dans le confort du confinement… Tous les ministres osent, proposent et s’exposent, débattent et souvent combattent, font leurs propositions au Comité de veille et, si nécessaire, demandent des arbitrages au chef de l’Etat. M. Bourita a-t-il agi de même ? Pourquoi ne dit-il rien ? Pourquoi n’endosse-t-il pas ses responsabilités ? Trouve-t-il le sommeil alors que des dizaines de milliers des nôtres l’ont perdu ?!

Côté demande, nos expatriés réguliers ou occasionnels et nos étudiants exigent de rentrer chez eux. Ils en ont le droit car ils sont déjà ou craignent d’être appauvris, précarisés, ostracisés, humiliés. Ils acceptent d’être mis en quatorzaine, en quarantaine et même en centaine s’il le faut, mais chez eux. Une énorme partie d’entre eux sont prêts à se confiner dans des hôtels, à leur charge… Tous ou presque proposent de payer leur billet retour… Côté offre, les avions sont là, cloués au sol, les hôtels sont là, vides à en pleurer, les FAR sont là, prêtes à organiser des quarantaines.

Qu’attend donc notre Etat pour agir comme le Grand que tout le monde veut voir en lui aujourd’hui ? Qu’attend-il pour confirmer son souci et sa préoccupation du bien-être de ses populations ? Si une réflexion est menée par le gouvernement, qu’il le proclame et qu’il partage cette réflexion avec les concernés. Si rien n’est mené, alors de rudes questions devront être posées et des gens, un jour, devront y répondre et en répondre…

Tout le monde n’aura pas eu la chance ou la coupable opportunité de faire entrer les siens avant la fermeture des frontières…

Aziz Boucetta

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