Concomitamment au lancement de l’Observatoire africain des migrations, Rabat ressort des tiroirs son outil de veille du fait migratoire. Eclairage.

L’Observatoire national de la migration (ONM), relevant du ministère de l’Intérieur, a publié son bilan de la gestion des frontières en décembre 2018. Une première depuis quinze ans. Une relance qui pose la question de sa méthodologie et de la représentativité de ses membres.

Une feuille de route en gestation
Selon l’ONM, 88.761 tentatives d’émigration irrégulière ont été avortées par les autorités marocaines en 2018. Parmi elles, on compte 70.571 ressortissants de pays tiers, soit une hausse de 37% par rapport à l’année précédente. La même source ajoute que 229 réseaux de trafic ont été démantelés. 29.715 migrants ont été secourus en mer, alors que 5.608 migrants ont opté pour le retour volontaire vers leur pays d’origine. Ces chiffres confirment que l’année 2018 a connu un renversement de tendance concernant les routes migratoires vers l’Europe. 57.000 migrants ont atteint l’Espagne depuis les côtes marocaines ou algériennes. «La Méditerranée occidentale est devenue la route migratoire la plus active», annonce l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (FRONTEX). Le nombre d’arrivées aurait doublé l’année passée, selon la même source. Autre fait majeur: «les Marocains constituent la première nationalité parmi les migrants, suivis des Guinéens, des Maliens et des Algériens». Ce changement de donne a poussé les autorités marocaines à réactiver leurs outils de veille. À la lecture du bilan de l’ONM, Abdelkrim Belguendouz, chercheur spécialisé dans les migrations internationales, salue l’initiative, tout en apportant un regard critique.

«Cette réunion a été pour nous une agréable surprise, dans la mesure où elle ne s’est pas faite depuis pratiquement la création de l’observatoire. Mieux encore, cette réunion ne s’est pas contentée de regrouper des représentants des diverses forces de sécurité, mais a été conçue dans un esprit participatif et d’inclusion. En effet, elle a été ouverte non seulement à d’autres départements ministériels concernés par le fait migratoire, mais aussi à certains universitaires chercheurs en migration et à des ONG de la société civile agissant intégralement ou partiellement dans le domaine migratoire», reconnaît Belguendouz, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet.

Ce dernier parle tout de même une démarche «partielle et limitative». «On regrettera beaucoup l’ouverture très partielle et limitative sur les chercheurs, voire même la pratique d’une dose de sectarisme et d’esprit d’exclusion à l’encontre de ceux qui réclament, depuis des années, dans le cadre du débat public constructif et responsable, la nécessaire dynamisation de l’observatoire et sa (re)structuration avec une implication ouverte, transparente et pluraliste des milieux universitaires, de la société civile interne au Maroc et de la société civile MRE», reproche Belguendouz. Sur le fond, lors de cette réunion «les participants ont mis l’accent sur la nécessité de faire de l’Observatoire national de la migration un outil de réflexion et une plateforme de proposition pour appuyer et enrichir les travaux de l’Observatoire africain sur la migration», peut-on lire dans le communiqué de l’ONM. Une feuille de route 2019 serait en préparation. Parmi les thématiques retenues figurent les questions des mineurs, de la sécurité et des frontières du Maroc. La perception de la migration, la lutte contre les discriminations raciales, la xénophobie et l’intolérance sont également au menu. 
Abdelkrim Belguendouz / Chercheur spécialisé dans les migrations internationales
Une autre question capitale mérite d’être soulevée dans le débat public. L’Observatoire national de la migration n’est concerné que par l’immigration étrangère au Maroc. Or le dossier migratoire au Maroc, ses politiques migratoires et tous les travaux d’analyse, de quantification et de prospective qu’elles supposent préalablement concernent aussi le vaste dossier multidimensionnel de près de six millions de Marocains résidant à l’étranger.
L’Observatoire de l’UA veut créer “un ‘narratif’ africain”
L’état d’avancement du projet de l’Observatoire africain des migrations (OAM), qui sera basé au Rabat, a été présenté à Addis-Abeba lors du sommet de l’Union africaine (UA). L’initiative a été largement saluée par les chefs d’État africains après la présentation du 3e rapport du roi Mohammed VI en tant que leader de l’UA sur cette question de la migration. «L’observatoire aura pour mission de créer un narratif africain sur la migration, une vision africaine sur la migration en s’appuyant sur des centres de recherche et des organes de l’Union africaine», a déclaré à la presse le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita.


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