Cela devait être de l'histoire ancienne depuis le 7 juillet 2003, date à laquelle la Cour Suprême leur a refusé le droit de vote, mais c'était sans compter avec la ténacité des MRE. Chassés par la grande porte de la juridiction suprême, ils reviennent par la fenêtre du Parlement pour tenter de changer “ ces lois “ qui consacrent leur exclusion de la participation aux instances politiques du Royaume. 

Le Congrès mondial des MRE, l'un des nombreux groupements représentatifs de cette frange de la population, a fait de l'accès des MRE aux instances représentatives du Maroc, son leitmotiv. Lors de la journée du migrant, qui se tient le 10 août de chaque année suivant la volonté de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le congrès a profité de l'introduction au Parlement par le Parti de l'Istiqlal d'un projet de loi sur la question, pour rebondir sur le sujet. Une table ronde a été organisée à Rabat au sujet de ce projet de loi. Elle a vu la participation de plusieurs partis politiques dont l'UC, le RNI et le PJD ainsi que le mouvement Fidélité à la Démocratie. Globalement, le projet de loi propose la création d'une instance suprême qui traite les affaires des MRE, conseille et oriente l'action de l'Etat à leur sujet. Le Conseil Supérieur (ou Consultatif), ainsi né, devrait, au sens du projet, fonctionner comme une agence nationale consacrée “à la gestion des spécificités des Marocains du monde”, se plait désormais à expliquer Saïd Charchira, le représentant du congrès. 

A vrai dire, et comme l'a rappelé le professeur de droit Mustapha Sehimi, il est sûr que l'Etat marocain a été plus indulgent par le passé dans l'accès des MRE à la gestion des affaires publiques. Mohamed Sassi, coordinateur national du mouvement Fidélité à la Démocratie, s'est longuement rappelé l'expérience de 1984 lorsque des élections avaient pu être organisées dans 5 circonscriptions européennes. “La faible participation au vote de 1984 ne peut être invoquée par l'Etat pour refuser l'accès des MRE à la politique”, s'insurge Sassi. “Il semble, en tout cas, que la question fasse l'unanimité des formations politiques pour continuer à faire l'objet d'un refus”, estime le chercheur. En effet, lors de la journée organisée par le congrès, les représentants de plusieurs partis politiques ont pris la parole pour confirmer l'engagement de leur formation en faveur de la création d'une instance suprême des Marocains du monde. “Il ne faut, cependant, pas que cette institution soit une alternative à la députation ou à d'autres formes constitutionnelles de participation à la chose publique”, observe de son côté le professeur Farid El Bacha, président du Centre marocain des études juridiques, l'instance qui conseille le congrès. Côté prérogatives, Sassi estime que le futur Conseil Supérieur doit commencer par fédérer plusieurs institutions qui s'occupent des affaires des MRE en recensant une dizaine d'intervenants. 
Adil Hmaity 

Trois questions à Saïd Charchira, représentant du Congrès mondial des MRE 

La Gazette du Maroc : Quel est le message que vous voulez passer à travers votre table ronde ? 

Saïd Charchira : Nous avons provoqué cette rencontre à la lumière de deux événements. Il y a d'abord le discours de Sa Majesté le Roi dans lequel il a évoqué la question de la représentation des MRE à la gestion des affaires politiques. Nous avons aussi voulu provoquer un débat au sujet du projet de loi initié par le Parti de l'Istiqlal et dans lequel il est question de la création d'un Conseil Supérieur ou Consultatif des MRE. 

Qu'attendez-vous de cette institution et pensez-vous qu'elle aboutira ? 

Il faut d'abord que le futur conseil soit représentatif et fédérateur de toutes les forces vives des Marocains du monde. Il y a lieu ensuite de lui attribuer des prérogatives claires en rapport avec les problèmes économiques et politiques des MRE. Quant à sa faisabilité, je suis confiant puisqu'il semble faire l'unanimité des partis politiques et qu'un compromis sur la formule à retenir est possible avec les députés. Il ne faut cependant pas qu'il soit un argument pour refuser aux MRE leur statut d'acteur politique. 

Justement, l'expérience de 1984 a montré ses limites, les députés MRE s'étant fondus dans la masse. Comment voyez-vous l'action de vos députés le cas échéant ? 

A ce jour, il n'y a pas encore de formule définie. Mais comme vous l'avez signalé, la députation sous le parapluie des partis politiques n'a pas donné ses fruits. Cela ne veut pas dire que la formule est à bannir. Peut-être pourrons-nous la perfectionner avec un compromis avec les partis politiques ou pourrons-nous migrer vers un autre mode de représentation. En tout cas, il est impensable que les MRE avec leur lot de problèmes politiques, économiques et sociaux continuent d'être écartés de la gestion des affaires publiques. 

A.H




0 commentaires:

Publier un commentaire

 
Top