La présente contribution au débat public pour l’action, porte sur l’Agenda Africain pour la Migration, avec comme interrogation essentielle l’impact sur les politiques migratoires marocaines, appréhendées aux deux niveaux principaux : celui de l’immigration étrangère et de l’asile au Maroc, par le biais de ce qui est communément appelé la Nouvelle Politique Migratoire du Maroc, et celui des politiques multidimensionnelles en direction de la communauté marocaine établie à l’étranger, évaluée à quelques cinq millions de personnes à travers le monde. 

Il y’a lieu d’insister sur la nécessaire prise en compte en même temps de l’autre volet, celui des Marocains résidant à l’étranger qui ne doit pas être oublié , occulté ou marginalisé, les droits des migrants faisant par ailleurs partie intégrante des droits humains, qui sont universels et indivisibles.

Notre réflexion sera menée à travers cinq points principaux :

1-Un projet d’agenda.
2-Quatre axes d’action.
3-La question capitale de la perception de la migration.
4-Impact sur les politiques d’immigration et d’asile au Maroc
5-Impact sur les politiques en direction des Marocains résidant à l’étranger.

Dans la note préliminaire intitulée « vision pour un agenda africain pour la migration », destinée à faire émerger une vision africaine commune sur la migration, quatre axes fondamentaux sont mis en avant. Dans cette édition, nous présentons le premier axe relatif au « niveau national d’intervention ». Les autres axes seront publiés dans notre édition de vendredi prochain.

Un projet d’agenda

À vrai dire, il n’y a pas encore un Agenda Africain pour la Migration, mais nous avons seulement quelques éléments d’un projet de cet agenda, qui suit encore son processus de conception et d’élaboration, en attendant l’adoption consensuelle.

Rappelons le contexte. Après qu’il ait repris sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle de l’Union Africaine (UA), de la manière la plus belle et la plus digne qui soit, à l’occasion du 29ème Sommet de l’UA, tenu à Addis Abeba les 30 et 31 janvier 2017 , le Maroc joue désormais un rôle de chef de file et de porte-drapeaux des nations africaines . C’est ainsi que le Roi Mohammed VI a été responsabilisé par ses pairs africains en tant que Leader concernant la question migratoire en Afrique.

De notre point de vue, la raison est liée fondamentalement à la Nouvelle Politique Migratoire du Maroc, impulsée par le Roi à l’automne 2013 par des considérations humanistes et de solidarité Sud/Sud, et qui a eu de très bons échos notamment dans de très nombreux pays africains. Il s’agit surtout des deux opérations de régularisation des étrangers en situation administrative irrégulière (année 2014 et période du 15 décembre 2016 au 31 décembre 2017 pour le dépôt des dossiers), dont la seconde doit encore connaître les recours.

Pour bien comprendre le sens, la portée et le caractère radicalement différent de la décision de changer de politique concernant l’immigration étrangère au Maroc, référons-nous à la citation suivante qui renvoie à l’ancienne politique migratoire centrée sur la démarche fondamentalement répressive et d’alignement sur l’approche sécuritaire de l’UE. Il s’agit du message adressé en février 1999 par l’ancien ministre omnipotent de l’Intérieur, Driss Basri, à une délégation de parlementaires français en visite à Rabat, consistant à faire assumer par le Maroc la fonction de sous-traitance sécuritaire , à le considérer comme un poste avancé de contrôle des flux migratoires, dans la logique de l’Europe forteresse :

«L’objectif principal pour le Maroc, consiste à être partie prenante de la politique européenne de l’immigration consécutive à l’instauration de l’espace Schengen. Le Maroc est en effet conscient de la communauté des valeurs des deux parties et des intérêts mutuels à défendre. Au niveau méditerranéen, nous sommes par notre situation géographique et nos liens économiques et sociaux, partenaires à part entière de la sécurité européenne…la défense de l’espace européen ne peut être efficace que si le Maroc y apporte sa contribution» (voir «L’opinion» du 24 février 1999).

La mission confiée au Chef de l’Etat marocain, consiste en d’autres termes à prendre le leadership de la réflexion africaine pour l’action en matière de migration, dans une conception toute autre. De par ce mandat panafricain, il a été chargé de préparer pour la 30ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etats et de gouvernement de l’UA, qui se tiendra à Addis Abeba les 28 et 29 janvier 2018, une feuille de route pour l’Afrique dans le domaine migratoire, déterminant non pas une politique commune en la matière, mais une approche commune de la gouvernance migratoire en Afrique, en mettant en avant la philosophie et les principes généraux d’action. En l’occurrence, l’objectif est de tracer un cadre stratégique pour une politique de migration pour l’Afrique de l’Union Africaine. Il s’agit de définir une position commune en tant que consensus général africain sur les questions de migration, en traitant sans exclusive des questions clés devant être prises en considération à cette fin.

Dans cet esprit, lors de la cérémonie d’ouverture du 29ème Sommet des chefs d’ États et de gouvernements de l’Union Africaine, tenu à Addis Abeba le 3 juillet 2017 sur le thème « tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse», outre un discours prononcé au nom du Roi où la problématique migratoire était également présente, le Prince Moulay Rachid a remis au chef d’Etat guinéen, Alpha Condé, président en exercice de l’UA (Union Africaine), une note préliminaire du Roi Mohammed VI posant les jalons ou grandes lignes d’un Agenda Africain pour les Migrations.

Par la suite, lors du Sommet Union Africaine- Union Européenne tenu les 28 et 29 novembre 2017 à Abidjan , quelques points principaux de cet Agenda ont été esquissés par l’intervention du Roi Mohammed VI, dans l’attente de la présentation du document finalisé étoffé à Addis Abeba fin janvier 2018, avec des suggestions concrètes et précises.

À travers une démarche d’ouverture, la préparation de cet Agenda, a fait notamment l’objet de la «Retraite régionale sur la migration» à Skhirate, près de Rabat, qui a réuni du 30 octobre au 1er novembre 2017 plusieurs ministres africains et hauts responsables des questions migratoires, des chercheurs et autres acteurs de la société civile pour échanger et avoir une visibilité globale sur le dossier migratoire africain , avec l’objectif de prendre en ce domaine , le destin de l’Afrique en main .

De même , une conférence africaine sur la Migration, s’est tenue à Rabat, le 9 janvier 2018 , avec la participation d’une vingtaine de ministres et responsables gouvernementaux africains . Selon le département marocain des affaires étrangères, la rencontre avait comme objectif de convenir d’une vision commune africaine sur la migration selon une approche inclusive et participative, où l’ensemble des États africains sont à la fois acteurs et auteurs. Selon la même source, la rencontre visait à harmoniser la vision pour un Agenda Africain sur la Migration sur la base des principes de l’inclusivité et du partage de responsabilité , le respect des droits humains, le développement et la lutte contre la migration irrégulière à travers la création de voies de migration régulière et la facilitation de la circulation des entrepreneurs , étudiants, chercheurs et artistes. Intervenant à la séance d’ouverture, Nasser Bourita. ministre marocain des Affaires étrangères a déclaré : « il s’agira à Addis Abeba, certes, de la culmination du processus de réflexion sur la migration , mais certainement pas de sa fin .Bien au contraire, ce sera le début d’un nouveau chapitre qui verra notre vision africaine commune portée à nos partenaires extérieurs et aux Nations Unies pour une appropriation commune à l’échelle internationale, c’est-à-dire une stratégie africaine en matière de migration qui encadrera le flux migratoire à l’intérieur du continent».

Nous n’avons pas d’autres informations sur cette rencontre, ni de documents antérieurs, nous permettant de nous faire une idée même générale sur le sujet. Certes, on aurait pu penser tirer des enseignements de l’annonce par le Maroc , en marge de l’assemblée générale de l’ONU en automne 2013 , du lancement de l’initiative de l’Alliance Africaine pour la Migration et le Développement, présentée de manière solennelle lors du discours commémorant le 38ème anniversaire de la Marche Verte (6 novembre 2013) comme étant «axée sur une vision africaine commune et des arguments humanitaires devant présider aux questions migratoires» et qui «s’appuie également sur la responsabilité partagée entre les pays d’origine, de transit et d’accueil et sur le lien entre immigration et développement » , mais cette annonce n’a pas eu de suite par la diplomatie marocaine .

À ce propos, une des commissions ad hoc qui devait être créée par le gouvernement pour opérationnaliser la Nouvelle Politique Migratoire Marocaine, devait être chargée de la coopération régionale et internationale en matière migratoire, n’a donné lieu à aucune information précise sur sa composition, ses compétences et encore moins sur d’éventuelles activités qui auraient été menées dans ce cadre, au point de donner le sentiment qu’elle n’a jamais été mise en place .

Pour l’instant, en dehors de bribes d’informations liées à la rencontre ministérielle de Rabat du 9 janvier 2018, nous avons donc trois contributions royales sur le sujet. Que peut-on en retenir ?

D’abord, le point de départ. Le constat est accablant et nécessite des actions coordonnées et unifiées urgentes à l’échelle de tout le continent africain : « L’Afrique perd ses jeunes, par la migration légale ou illégale. Cette déperdition est injustifiable. Le destin de nos jeunes est-il au fond des eaux de la Méditerranée ? Leur mobilité est-elle devenue une hémorragie ? Il nous appartient au contraire de la gérer pour en faire un atout . Des milliers de nos jeunes africains tentent clandestinement de regagner la rive nord de la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure, avec tous les risques que l’on connaît. Ils sont des hommes de valeur, des ressources humaines pour notre continent».

Globalement pour 2016, toutes nationalités confondues, 316.000 migrants de diverses provenances du monde, ont rejoint l’Europe par mer. Le bilan de l’ONU sur les morts en Méditerranée pour la même année, fait froid dans le dos puisqu’il est de 5.000 personnes , un bilan très lourd et un sinistre record. Parallèlement à ce discours d’Addis Abeba, la note préliminaire du Roi Mohammed Vi à ses pairs africains pour recevoir leur feed-back, pose les jalons, le champ d’intervention et périmètre d’action de cet Agenda Africain sur la Migration.

Cet Agenda à la portée pleine et entière, qui exprime « un haut degré de coordination ainsi qu’une réponse globale, intégrée et inclusive», a une fonction précise : d’une part permettre aux Africains de parler d’une seule et même voix africaine et selon un plan de travail africain pour supprimer le déploiement en ordre dispersé, d’autre part promouvoir une politique africaine des migrations et dans l’intérêt des Africains . À ce titre, la démarche s’inscrit sur le même plan que cette formule du philosophe camerounais Achile Mbembe : «Nous sommes (les Africains) étrangers partout dans le monde. Nous n’avons pas besoin d’être des étrangers chez nous» («Le monde » du 14 novembre 2017) .

Cet Agenda est conçu à travers quatre axes ou niveaux d’action : national, régional, continental, international.

Explicitons ces niveaux d’intervention

le périmètre d’intervention de l’Agenda Africain sur la Migration, peut être repéré à quatre niveaux, déterminés par le Roi Mohammed VI en tant que Leader de l’Union Africaine sur le dossier migratoire : le niveau national, le régional , le continental et l’internationale .

Le niveau national d’intervention

Ce premier axe porte sur les politiques nationales. Ainsi, chaque Etat garde la haute main sur l’orientation de ces politiques et leur contenu, renvoyant à un champ d’intervention très large, compte tenu des aspects multidimensionnels, multisectoriels et multi-niveaux des migrations : aspects juridiques, administratifs, économiques, sociaux, culturels, cultuels, sécuritaires, frontaliers, diplomatiques, géostratégiques. Ces politiques font partie de la souveraineté de chaque État africain, qui garde la responsabilité régalienne en la matière.

À titre de comparaison, au sein de l’Union européenne, malgré l’ancienneté et l’approfondissement de l’Union, il n’y’a pas encore une véritable politique commune en matière d’intégration des immigrés. Ainsi, on constate le maintien de législations différentes, chaque ministre de l’Intérieur d’un État européen membre, amène dans sa poche son projet de loi sur l’immigration quand il est nommé, lequel est modifié peu de temps après , surtout au grès des échéances électorales qui sont nombreuses pour chaque pays européen en particulier .

Par ailleurs, le contexte migratoire des pays africains est très variable, exigeant la prise en considération des spécificités nationales et régionales. Globalement, et contrairement à une idée infondée fort répandue, les mouvements migratoires se font pour l’essentiel, à l’intérieur du continent, dans une proportion entre 70 et 80% selon les statistiques. Mais ils se développent également à moindre volume en direction de l’Europe, de l’Amérique du Nord et de certains pays du Moyen Orient, et la quasi-totalité des pays africains sont, quoique à des degrés divers, des pays d’origine, de transit, de destination ou les trois à la fois. En 2015. Il y’avait environ 21 millions de migrants en Afrique, dont 18 millions provenant d’Afrique et le reste provenant en grande partie d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord.

Ces migrations d’Africains en Afrique, sont à la fois intra-régionales (principalement dans les régions de l’Ouest, de l’Est et de l’Afrique australe et inter-régionales de l’Afrique de l’Ouest vers l’Afrique australe , de l’Afrique de l’Est /Corne de l’Afrique vers l’Afrique australe , et de l’Afrique centrale vers l’Afrique Australe et l’Afrique de l’Ouest .

Dans ce cadre, un certain nombre de pays sont à très fort taux d’immigration, avec un grand afflux de pays limitrophes. C’est le cas de pays recevant chacun plusieurs millions d’immigrés : l’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigéria, l’Ethiopie, la Côte d’Ivoire, le Ghana… Par contre, des pays d’Afrique du Nord, dont le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, connaissent plutôt une très forte émigration intercontinentale, principalement vers l’Europe.

Dans ce contexte, les politiques migratoires nationales des pays africains, doivent être équilibrées et globales et tenir compte , d’une part des nationaux qui émigrent ainsi que des migrants en transit et des immigrés installés sur le territoire et d’autre part , des mécanismes de la coordination à l’échelle continentale et de la coopération internationale en matière de migrations .

Selon la note préliminaire relative à l’Agenda migratoire, si chaque État africain a la responsabilité régalienne de gérer la migration irrégulière, de combattre tous les trafics des êtres humains, par contre chaque État doit aussi observer strictement certaines règles et appliquer certains principes pour que les politiques migratoires suivies aient un visage humain. La responsabilité incombe à chaque État de créer les conditions politiques d’intégration des migrants ( renvoyant notamment à un emploi décent , à la scolarisation , au logement , à la santé, à la formation professionnelle, à la protection juridique et assistance sociale) , en veillant scrupuleusement à la nécessaire promotion et protection de leurs droits dans tous les domaines, à traiter les migrants de manière digne et décente, à supprimer la marginalisation et l’exclusion et à éliminer toutes les formes de discrimination.

La protection des migrants est une responsabilité partagée de tous les États. Cette sauvegarde des droits des migrants, passe nécessairement par une application effective des normes prévues dans les instruments des droits de l’Homme de portée générale, ainsi que la ratification et la mise en œuvre d’instruments portant spécifiquement sur le traitement des migrants , comme la Convention internationale pour la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille , les Conventions pertinentes de l’OIT , à savoir la Convention de 1949 sur la migration et l’emploi( numéro 97 ) et la Convention de 1975 sur les travailleurs migrants (dispositions complémentaires )(numéro 143). De ce point de vue, la migration ne doit pas être perçue fondamentalement sous un angle policier et sécuritaire et gérée avec des instrument de répression, de sanctions et de coercition. C’est la démarche inclusive et d’ouverture qui doit prévaloir, même si bien entendu, un minimum de contrôle est nécessaire, chaque gouvernement ayant le droit , voir même le devoir de savoir qui rentre et séjourne dans le pays et qui en sort .

Dès lors, une vision homogène de la migration à l’échelle nationale dans les deux volets fondamentaux (émigration et immigration), de même que des politiques coordonnées, cohérentes et globales s’imposent dans le cadre d’une stratégie migratoire nationale globale et intégrée. Les aspects multisectoriels et multidimensionnels de la migration, doivent être intégrés dans une approche associant l’ensemble du gouvernement, des institutions nationales et autres acteurs, de manière à être complémentaires et efficients. Au niveau de l’exécutif, une nécessité s’impose, celle d’une approche multisectorielle et milti-niveaux, avec une attention pour la représentativité et l’inclusion de toutes les catégories d’acteurs, y compris la diaspora. Dans cet esprit, une attention particulière est à observer pour une coordination de ces politiques migratoires par le Premier ministre ou chef du gouvernement, par le biais d’une commission ministérielle chapeautée par la primature est la bienvenue, avec l’ouverture de cette commission aux syndicats également les plus représentatifs ainsi que les syndicats qui mènent sur le terrain, un réel travail de proximité auprès des travailleurs immigres.

Le second domaine d’action

Le deuxième axe d’intervention, consiste en une coordination sous-régionale, sans laquelle au plan africain, les politiques nationales de gestion de la migration seraient illusoires et vaines. Il s’agit notamment d’accorder toute sa valeur à la consultation de proximité entre les parties prenantes avec la participation active des États. Précisons à ce propos que le continent africain est divisé en plusieurs Communautés Économiques Régionales ( CER) qui sont les suivantes , sachant par ailleurs que certains États sont membres de plusieurs CER à la fois Commençons d’abord par la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) , à laquelle le Maroc a demandé l’adhésion en février 2017, le processus étant favorablement en cours , avec la nécessité pour le Maroc de se préparer à la libre circulation des personnes . La CEDEAO a été établie par le traité de Lagos signé le 28 mai 1975 signé par 15 pays. Parmi eux, 8 sont des pays francophones (Bénin, Burquina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Togo ; 5 pays sont anglophones (Gambie, Ghana, Liberia, Nigéria, Sierra Leone ; et un pays lusophone (Guinée Bissau). Le Cap Vert (lusophone) a rejoint la CEDEAO en 1976, alors que la Mauritanie a décidé de la quitter en 2000, pour revenir en août 2017 avec un statut non pas d’Etat membre à part entière, mais d’Etat associé, par le biais d’un accord d’association .

Les autres autres Communautés Économiques Régionales sont les suivantes : 

– CEEAC : Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale.
-CEMAC : Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale
-CEN-SAD : Communauté des États Sahélo-Sahariens.
-COMESA : le Marché Commun de l’Afrique Australe et Orientale
-CAE : la Communauté d’Afrique de l’Est.
-Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD)
– SADC : Communauté pour le développement de l’Afrique Australe
-COI : Communauté de l’Océan Indien

L’Union du Maghreb Arabe (UMA) est quant à elle entièrement paralysée et inerte, la dernière réunion du Sommet regroupant les cinq chefs d’Etat concernés , date de 1994. Cette hibernation est très préjudiciable aux cinq pays du Maghreb, qui n’arrivent pas notamment à coordonner leurs politiques migratoires et à prendre des positions communes vis-à-vis de leurs partenaires extérieurs.

De manière générale, la liberté totale de circulation des personnes est reconnue dans les CER et partielle entre elles. La liberté de circulation des personnes et leurs droits de résidence et d’établissement sont régis par des protocoles, mais ces derniers ne sont pas signés par tous les États, et lorsque la signature existe, elle n’est pas suivie parfois par la ratification. Ainsi, ce n’est qu’après 17 années de négociations, que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) a ratifié le 31 octobre 2017 l’accord de libre circulation des ressortissants des six pays de la sous-région (Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad). Il s’agira certainement de procéder à l’état des lieux de tous ces accords et faire en sorte qu’ils soient réellement appliqués, la difficulté provenant du fait que les différentes sous-régions du continent africain, évoluent à un rythme différencié en termes d’intégration régionale. L’UA connaît en effet l’échec des décisions qui entraîne une crise de mise en œuvre. À titre d’exemple, un rapport de l’UA de 2006 indiquait que la plupart des pays africains (93%) avaient supprimé les visas d’entrée pour tout ou partie des membres des CER, mais 65% seulement avaient pris des mesures pour faciliter le droit de résider des ressortissants des pays membres concernés. S’agissant de la libre circulation des personnes qui constitue la clé de voûte de l’intégration, étant au cœur de ce processus, il est fort possible que l’on s’achemine vers l’établissement de passeports régionaux permettant la liberté de circuler, de résider, d’étudier, de travailler, de commercer dans un des pays membres de la communauté, en étendant une échéance plutôt à long terme pour établir un passeport africain.

Le troisième domaine d’intervention

Le troisième axe d’action est conçu justement comme la nécessaire adoption d’une perspective continentale qui permet la mise en place d’une stratégie commune de la migration en vue de surmonter les obstacles et défis que pose la question de la migration aux pays africains et ce, dans un esprit de responsabilité collective ou partagée. L’Agenda Africain sur la Migration, semble orienté plus spécifiquement sur cette dimension. Sur ce point, la coopération et le dialogue entre l’ensemble des pays africains, y compris par le biais des Communautés Economiques Régionales, peuvent renforcer la capacité des États à gérer la migration, notamment en favorisant le développement d’approches communes visant une harmonisation des politiques, législations et stratégies sur les migrations. À l’échelle continentale, les priorités et les principes relatifs à la migration, doivent prendre en considération les multiples réalités migratoires selon les pays et les régions. En d’autres termes, il s’agit d’articuler l’unité de la problématique des migrations à la diversité des contextes, et surtout, à la diversité territoriale.

Le quatrième champ d’action

Le quatrième et dernier axe d’intervention, renvoie au champ international. La migration étant une question qui implique de très nombreux pays (de départ, de transit , d’arrivée) , le problème posé actuellement , ne peut être résolu par des dispositifs unilatéraux, bilatéraux ou sécuritaires, mais plutôt par la coopération multilatérale, pluridimensionnelle et constructive , dans le respect de la dignité humaine. La migration est de ce fait un thème porteur de dialogues politiques multi-acteurs.

Ce champ international primordial est celui où l’Afrique doit s’inscrire dans le cadre d’un Partenariat International pour parler d’une seule voix , exposer et défendre sa propre vision de la migration de manière coordonnée et globale , en partant de son propre plan de travail afin que les préoccupations du continent soient reflétées . Parmi les forums internationaux importants, où l’Afrique doit s’assurer de la prise en charge de ses problèmes, figure à notre sens en premier lieu le dialogue Union Africaine – Union Européenne. Mais il y’a aussi, en particulier pour l’échéance fin 2018, le Forum Mondial Migration Développement, et le dialogue lié à l’adoption du Pacte Mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Au niveau de la démarche d’ensemble, il s’agira à notre sens, d’étudier également les voies et moyens pour garder la cohérence des politiques migratoires au niveau national, sous-régional, régional, continental et international. Nul doute aussi que dans le cadre des niveaux précédents, les questions de migration ne vont pas être traitées de manière isolée, dans la mesure où elles sont étroitement liées à d’autres questions de politique générale. Elles nécessitent par conséquent une approche globale, incluant les politiques concernant différents domaines qui ont toutes, soit un lien de causalité, soit une incidence directe ou indirecte sur la migration tels que la santé, l’éducation, la justice, le développement, les droits de l’Homme, la paix, la sécurité et la stabilité, le commerce et l’économie, l’emploi et la bonne gouvernance …

Saisir la migration au niveau de ses racines ou de ses sources et en relation avec la problématique multidimensionnelle du développement, est déjà une démarche présente dans le discours royal du 3 juillet 2017 à Addis Abeba : «Traiter le défi de la migration, requiert une approche novatrice qui privilégie d’évaluer les causes, l’impact, d’envisager des solutions par la création de synergies entre les politiques de développement et de migration». La préparation de l’Agenda a avancé, mais on comprend la discrétion des diplomates, qui n’interviennent publiquement à ce stade, que pour livrer en quelque sorte des «éléments de langage» sur l’état d’esprit et l’approche qui prévaut dans la préparation du projet, qui lui reste la finalisation proprement dite par son coordinateur. Tout comme il est tout à fait normal de laisser la primeur de l’expression des résultats des réflexions au moment opportun par le coordinateur lui-même et aux destinataires qualifiés. Voila pourquoi, il faudra attendre la tenue du prochain Sommet de l’UA fin janvier 2018 pour avoir des éléments précis sur le contenu concret de cet Agenda Africain sur la Migration.

Néanmoins, d’ores et déjà, les trois contributions du Souverain que nous avons rappelées, sont importantes à décrypter, venant du Leader désigné par l’UA pour le dossier migratoire. Elles fournissent des éléments clés sur la démarche suivie et l’optique d’analyse pour l’action du fait migratoire. Nous disons bien fait migratoire et non pas phénomène migratoire, comme on l’entend bien souvent. Le fait migratoire a des raisons bien précises, notamment au plan socio-économique, socio-politique et des relations internationales. Ce n’est pas quelque chose de surnaturel avec des causes et des raisons inconnues et imprécises.

La migration, qui relève des grandes problématiques de l’Afrique, a besoin d’être comprise et bien cernée, avec une représentation judicieuse

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire et chercheur en migration


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