À l’occasion de la Journée internationale des migrants, qui a lieu le 18 décembre de chaque année, la parole est donnée à Abdelkrim Belguendouz, professeur à l’Université Mohammed V de Rabat et chercheur en matière de migration. 

L'Opinion : Quels sont les acquis dans le domaine de l’immigration étrangère au Maroc ? 

A. Belguendouz : Le tournant historique date de l’automne 2013 , avec l’impulsion par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, de la Nouvelle Politique Migratoire du Maroc, qui a coupé avec la vision fondamentalement sécuritaire et prôné une démarche plus soucieuse des droits humains, du respect du droit international et en solidarité notamment avec les peuples de l’Afrique subsaharienne. 

Deux opérations de régularisations ont permis de régulariser la situation administrative de quelques 50 000 immigrés en situation de séjour irrégulier. L’insertion de ces derniers, but ultime de cette politique, suit son cours en matière de formation professionnelle, d’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, au logement etc. , dans le cadre de la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile (SNIA), adoptée par le Conseil de gouvernement du 18 décembre 2014, mais avec des obstacles à lever. 

Quels sont précisément ces défis ? 

Parmi les insuffisances, Il y’a un énorme retard dans la mise à niveau juridique, avec notamment l’absence de la loi sur l’asile et de la refonte totale de la loi 02- 03 qui est profondément sécuritaire. L’insertion piétine en matière de santé (absence du Ramed), d’emploi, avec des licenciements abusifs. La précarité juridique est revenue, la décision d’octroyer des cartes de séjour de 3 ans n’étant pas appliquée et le renouvellement des cartes de séjour se heurte à l’exigence de présentation de contrats de bail, de contrats de travail, CNSS, attestations d’hébergement. 

La SNIA a besoin d’un nouveau souffle, et des mesures administratives musclées contredisent, voir remettent en cause l’esprit de la nouvelle politique : arrestations arbitraires, déplacements massifs et violents de migrants du Nord vers le Sud du Maroc. Par ailleurs, depuis le dernier remaniement ministériel, la place des «affaires de la migration » dans la structure et les priorités gouvernementales a baissé. La mise en place prochaine à Rabat de l’Observatoire Africain des Migrations, nécessite qu’il y’ait aussi au Maroc un Observatoire National des Migrations (immigration et MRE) qui soit fonctionnel, ouvert sur les chercheurs, la société civile. 

Quelles sont les mesures qui doivent être prises par notre pays pour améliorer la situation des MRE ? 

Il y’a urgence à avoir une réelle stratégie nationale globale, cohérente et intégrée en matière de citoyens MRE pour donner du sens à la politique suivie. Les articles 16, 17, 18, 163, de la Constitution rénovée de 2011 doivent être opérationnalisés. La réorganisation, démocratisation et dynamisation des composantes du champs institutionnel MRE (CCME « dont c’est le 12ème anniversaire de sa création », Fondation Hassan II pour les MRE, Conseil Européen des Oulémas Marocains, CNSS, divers départements) , doivent aussi être à l’ordre du jour. 

Raison de plus pour que la commission sur le modèle de développement du Maroc, intègre aussi la réflexion sur le dossier migratoire au Maroc dans son ensemble, et s’ouvre réellement sur la société civile MRE et les acteurs concernés au Maroc, y compris par l’immigration et l’asile. 

Propos recueillis par Hajar LEBABI 
Source : «L’opinion »(Rabat) du 21 et 22 décembre 2019 







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