Résultat de recherche d'images pour "abdou mnebhi"Il y a 50 ans, les Pays-Bas et le Maroc avaient conclu un accord de recrutement. Cet événement a été commémoré dans de nombreux endroits en Hollande, l'un des principaux acteurs de cette commémoration a été Abdou Menebhi. Si la relation de la population néerlando-marocaine avec le Maroc était un thème important en 1969, il est toujours d'actualité. M. Menebhi est très soucieux par la détérioration de la situation des Droits de l'homme au Maroc il est attentif par l'engagement accru du gouvernement marocain dans la diaspora marocaine. Il plaide pour une implication plus active des Néerlando-Marocains au Maroc afin de lutter contre la corruption et les violations des droits humains. 

Abdou Menebhi a été l'un des fondateurs du Comité des travailleurs marocains néerlandais (KMAN) dans les années 1970. Il est aujourd’hui Président du Centre euro-méditerranéen pour la migration et le développement (Emcemo). Il est également l'un des moteurs de la Plateforme nationale "Migration marocaine du demi-siècle, une histoire partagée". Ce vendredi, lors d’une rencontre à Amsterdam, il livrera son témoignage, en compagnie d'un autre pionnier néerlando-marocain, Mohammed Rabbae. Fenna Ulichki et Nadia Bouras sont également invitées à s’exprimer. 

Retranscription en Français de l’entretien intégral accordé par Abdou Menebhi au blog Republiek Allocthonië :

Que pensez-vous de la commémoration du 50e anniversaire de la présence marocaine aux Pays-Bas ? 
« Cette célébration a été un grand succès. Des activités ont été organisées dans le pays. Il y a eu des expositions, d’intenses débats et échanges non seulement entre nous mais auprès des autres ». 

Que s’est-il passé ? 
« Je pense qu’il y a eu des résultats différents. Tout d’abord, beaucoup de gens m’ont dit qu’ils avaient une image différente de la première génération. Trop souvent, il est considéré comme un travailleur invité et pathétique. La réalité est souvent tout autre. Ils étaient souvent des gens courageux qui partaient à l’aventure. Ce qui était également nouveau pour beaucoup, c’est que de nombreux Néerlando-Marocains se sont engagés à améliorer leurs conditions de vie et de travail. Ils faisaient grève, ils manifestaient pour les Droits de l’homme, contre la discrimination, pour plus de solidarité internationale. C’était nouveau pour de nombreuses personnes, en particulier les jeunes de deuxième ou de troisième génération. Cela a conduit à davantage d’attentions à l’égard des personnes plus âgées qui vivent souvent seules. Les organisations et les hommes politiques devraient également y accorder plus d’attention à l’avenir. J’espère également une plus grande solidarité intergénérationnelle. Il est également apparu clair que c’était une bonne chose que l’histoire des migrations fasse d’avantage partie de notre mémoire collective et que l’attention soit accordée à l’éducation, par exemple. Il est également temps avec d’autres organisations et d’autres institutions de migrants de voir comment nous pouvons envisager de développer un musée de l’histoire des migrations. Enfin, 50 ans de migration sont inséparables de la relation avec le Maroc et de celle de la situation des droits de l’homme au Maroc ». 

Pouvez-vous expliquer cela ? 
« L’histoire des Marocains aux Pays-Bas a toujours été étroitement liées à celle des Droits de l’homme au Maroc, d’une part, et à l’engagement du Maroc dans la diaspora, d’autre part. Au début, sous Hassan II, la situation des droits de l’homme au Maroc était très mauvaise. Aux Pays-Bas, nous avons parfois eu des confrontations difficiles entre partisans et opposants du régime. Au tournant du siècle, la situation s’est lentement améliorée. Elle a conduit au retour des exilés (NDLR : Monsieur Menebhi est lui-même l’un de ces exilés) et à une amélioration de la situation des droits de l’homme au Maroc. L’ingérence du régime marocain dans la diaspora marocaine est devenue peu à peu moins intimidante. Toutefois, ces dernières années la tendance s’est inversée et elle est de nouveau négative. Il y a des violations des droits de l’homme et des personnes. C’est surtout la Hirak (NDLR : les manifestations dans le Rif pour des raisons socio-économiques) qui a conduit ces dernières années à une politique beaucoup plus répressive du gouvernement Marocain ». 

Quel effet cela a-t-il sur les communautés marocaines en Europe, par exemple aux Pays-Bas ? 
« Les intimidations à l’encontre des partisans du Hirak se multiplient en Europe. Les gens qui sont critiques à l’égard du gouvernement marocain sont considérés comme des traîtres. C’est plus subtil que par le passé. Il demande à ce que nous soutenions le Royaume du Maroc et que nous ne critiquions pas les institutions marocaines. Ces dernières appliquent la stratégie du ‘’diviser pour mieux régner’’ et invoquent le sentiment nationaliste. Par exemple, en effrayant certains d’entre eux et en invitant d’autres à des célébrations ou dans les ambassades. Après que le drapeau marocain ait été brûlé lors d’une manifestation à Paris, le Maroc a lancé une offensive de charme de manière active : des réunions nationalistes ont été organisées et il y a eu des manifestation pro-marocaines sur la place Dam. Le Maroc est surtout agréable pour les gens qui veulent y faire de l’argent ou se faire prendre en photo avec le Roi. Les critiques eux sont considérés comme suspicieux. Plusieurs fonctionnaires marocains ont d’ailleurs signalé que les vrais Marocains sont ceux qui respectent les institutions marocaines. Quiconque critique les Institutions n’est ni Marocain, ni le bienvenu au Maroc ». 

En septembre 2019, un groupe de 15 Néerlando-Marocains a rédigé un manifeste dans lequel ils ont plaidé pour que la population Néerlando-Marocaine renonce à sa nationalité marocaine. Toutefois, vous, activiste et défenseur des Droits de l’homme, votre nom n’y figure pas. Pourquoi ? 
« Il s’agit d’un droit individuel de choisir. Pourtant, il est vrai que je moi-même fait le choix de ne pas soutenir ce manifeste. Il faut rappeler que j’ai été apatride pendant 14 ans, puis sans passeport marocain ou nationalité néerlandaise avec une interdiction d’entrer dans mon pays pendant 23 ans. Aujourd’hui, je fais le choix – puisqu’on me permet de le faire – et ce choix est de rester impliqué avec mon pays, le Maroc. Je crois aussi que nous devons continuer à lutter pour un avenir meilleur au Maroc. C’est notre travail d’aider et de lutter pour l’amélioration de la condition des droits de l’homme. Et, seul avec un passeport marocain, je peux le faire ». 

Le gouvernement néerlandais peut-il jouer un rôle dans l'amélioration de la situation des droits de l'homme au Maroc ? 
« A mon avis, l’attitude du gouvernement néerlandais est plutôt hypocrite. Les Pays-Bas sont particulièrement préoccupés par leur propre intérêt. L’abrogation du traité social en est un exemple : les veuves au Maroc ne reçoivent plus d’allocations. Je pense qu’il est trop facile de dire que le Maroc est un pays sûr, c’est loin d’être vrai pour tout le monde ». 

Que peut faire la communauté marocaine en Europe ? 
« Le Maroc ne respecte pas nos droits civils, mais il est sensible à l’influence que nous pouvons exercer. Aussi financièrement. Toutefois, nous ne parviendrons à quelque chose que si nous commençons à travailler ensemble, au sens large, en faveur d’un changement démocratique et, par exemple, si nous plaidons conjointement en faveur de la libération de tous les prisonniers politiques. Cela ne doit pas être fragmenté, mais doit se faire dans le respect des différences, de la culture et des langues des uns et des autres. Nous devons clairement dire que nous sommes des citoyens d’ici et de là-bas, que nous sommes en faveur du respect des Droits de l’homme et contre la corruption. Nous avons cette liberté et ce, malgré l’intimidation ou l’ingérence du Royaume marocain ». 
Vendredi, 50 ans de migration marocaine accueilleront la rencontre des Pionniers. Abdelkarim el Fassi s'entretient avec deux pionniers, Mohamed Rabbae et Abdou Menebhi, l'Historienne Nadia Bouras parle de son livre Het land van herkomst, perspectieven op verbondenheid met Marokko, et de son documentaire récemment diffusé sur l'école Bouchra, Fenna Ulichki (présidente du district d'Amsterdam-Ouest et ancienne présidente de l'Association des femmes marocaines des Pays-Bas) parle de la lutte des femmes marocaines contre les mariages forcés, du droit marocain de la famille (Mudawwana), de l'Association des femmes marocaines et de la solidarité avec la lutte des femmes au Maroc.
La réunion aura lieu à EMCEMO, 1e Weteringplantsoen 2c, Amsterdam, le 20 décembre de 17h00 à 21h00. L'inscription est obligatoire en fonction des disponibilités et de la restauration. emcemo1@gmail.com / Un repas sera servi à 19h30.






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