Pourquoi les Marocains(e)s de l’étranger n’auraient-ils (elles) pas dans la réalité concrète le droit de vote et d’éligibilité aux élections législatives marocaines à partir des contrées d’accueil ? Ce que les citoyens(ne)s marocain(e)s à l’étranger réclament, c’est en finir avec toutes les exclusions justifiées et cautionnées en particulier par le Ccme et permettre aux Marocain(e)s de l’étranger de participer à la vie politique et démocratique du Maroc, sans amputation ou discrimination. Relever cela à nouveau, n’est pas du dogmatisme ou une attitude rigide et figée. 

La prise en compte objective de la représentation parlementaire des citoyens marocains à l’étranger à partir des pays de résidence, nécessite encore une fois et encore, de surmonter la crainte obsessionnelle du verdict des urnes, toujours à l’œuvre en ce 10 février 2014. Le nœud du problème est là. Nier ce fait et invoquer plutôt la faiblesse du mouvement associatif migratoire marocain comme cause du « statut » politique des MRE, comme le font maintenant les dirigeants du Ccme, ne contribue en rien à la clarification. Le comble, c’est le maintien de cette ligne et vision sécuritaires au niveau des responsables du Conseil, alors qu’à l’intérieur du Maroc, le tabou est tombé depuis le 25 novembre 2011, avec l’élection et la reconnaissance officielle des résultats du Pjd comme première force politique marocaine et comme premier parti de la coalition gouvernementale, constituant l’un des acteurs de premier plan de la vie partisane aujourd’hui et politique nationale. 

Pourtant, le Pjd est en première ligne sans qu’il ait eu besoin de renfort de sièges d’élus à l’étranger : 107 sièges, soit 27% du total des 395 membres de la Chambre des représentants et 1.080.000 voix, soit 18% des suffrages exprimés. Ceux qui ont voté pour lui sont les Marocains de l’intérieur et même la députée Pjd résidant auparavant à Bologne (Italie) a été élue sur la liste nationale, pour laquelle ne votent pratiquement que les Marocains de l’intérieur, dans la mesure où la vote par procuration, imposé aux Marocains du monde, a été un fiasco total. 

La démocratie électorale rime t-elle avec la prévention et l’empêchement d’arriver à certains résultats électoraux, qui seraient inscrits dans la logique des choses? La peur des résultats des urnes qui est la cause réelle de l’existence de certaines poches de résistance au changement concernant les citoyens marocains à l’étranger, continuera-t-elle à plomber la situation, même après le discours royal du 9 mars 2011 et l’adoption d’une constitution avancée par le biais du référendum du 1er juillet 2011, auquel ont participé également les citoyen(ne)s marocain(e)s à l’étranger ? 

A moins que, dans l’esprit de certains, ne taraude à nouveau, d’envisager « à la marocaine », une « solution à l’égyptienne», mais avec la formation du gouvernement Benkirane II le 10 octobre 2013, le PJD a été banalisé… 

MRE = Danger !!! = Démon 
L’existence de « l’intégrisme » ou de « l’islamisme » au sein de la communauté marocaine établie hors de territoire national, constitue bien entendu un élément à prendre en considération dans l’analyse des mutations structurelles au sein de la communauté et des transformations dans le comportement socio-politique des Marocains du monde. Mais sur ce plan, que fait le « Conseil d’Europe des Ouléma marocains » et quelle est la démarche menée dans le domaine religieux par certains membres du Ccme et une partie de sa direction, qui ont été choisis en raison dit-on, de leur connaissance du milieu et de leurs potentialités d’intervention dans le cadre de la dimension cultuelle !? 

Toujours est-il qu’en l’état actuel des choses, la mise en avant de ce « radicalisme islamiste », présenté comme une très forte «contrainte» pour l’Etat marocain, soucieux dit-on d’éviter de déséquilibrer le champ politique marocain et le fonctionnement des institutions représentatives, n’est qu’un prétexte pour légitimer le statu-quo. Dans cet esprit, invoquer les droits politiques des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc, c’est faire courir au pays d’origine un risque, voir même, une véritable menace de déstabilisation ! MRE équivaut à danger dont il faut se prémunir ! Cette perception en termes de dangerosité est à rectifier intellectuellement et politiquement. Ne diabolisons pas ceux qui pourraient avoir d’autres opinions 

Déjà pour les législatives de 2007, de l’avis de certains commentateurs et s’agissant des Mre, ce serait l’aspect « plus indépendant », « moins modéré », « non soft » et la non maîtrise de courants islamistes «ravageurs» (autres que le Pjd) par les autorités marocaines à l’étranger, qui auraient contribué de manière décisive à amener les responsables à Rabat à modifier leur position, en hypothéquant le vote des Mre. La présence de ces éléments non maîtrisés au sein de l’émigration marocaine et proches de mosquées très différentes, serait dérangeante et perturbatrice pour le fonctionnement normal ou habituel de l’institution parlementaire, qui offrirait une tribune et un espace d’expression inespéré pour ces courants indésirables et non fréquentables. 

D’autres estiment au contraire à travers des articles parus dans « Attajdid », que c’est le Pjd lui-même qui était directement visé, au vu de certains sondages. 

Au-delà de cette différence d’appréciation, un point mérite d’être approfondi. Sur quoi s’est-on basé pour dire que les sondages ou divers rapports confidentiels des services étrangers, reflètent réellement l’intention de vote des MRE en faveur des islamistes radicaux lesquels, soit dit en passant, ne veulent pas travailler dans le cadre des institutions existantes et boycottent même de manière générale, le processus électoral ? Pourquoi a t-on prêté attention en particulier aux conseils des services secrets français ? L’attitude a été en effet la suivante. II s’agit de ne pas accorder à la mouvance islamiste (au sens large) une sorte de prime ou de bonus électoral, qui lui permettrait de conforter son avance dans la représentation parlementaire, étant donné son dynamisme parmi les membres de la communauté marocaine à l’étranger et son immense capacité de mobilisation électorale (grâce surtout aux mosquées), comparée aux autres formations politiques, qu’elles soient de la majorité ou de l’opposition. 

Menace ou opportunité ? 
Dans un intéressant mémoire soutenu en octobre 2013 à la faculté de droit de l’Université Abdelmalek Saâdi (Tanger) sous le titre « la diaspora marocaine : menace ou opportunité ? », Mohamed Saoud, qui est par ailleurs au sein du Comité exécutif du Parti de l’Istiqlal, responsable du secteur des Marocains du monde, a apporté en tant que chercheur des éléments pertinents de démonstration sur le fait que l’inclusion par le Maroc de sa diaspora dans les affaires qui la concernent en particulier et plus généralement à la chose publique, n’est pas une menace, mais lui permettent au contraire d'accroître sa mobilisation pour sa contribution non seulement au développement humain, social et économique, mais également politique et démocratique du pays. 

Allant à l’encontre des idées reçues, la thèse défendue par Mohamed Saoud est centrée sur l’exemple de la Belgique, où la diaspora marocaine est évaluée à plus d’un demi-million de personnes, dont prés de 300.000 adultes. Dans ce pays, où le vote n’est pas simplement un droit, mais également une obligation, les partis religieux sont tolérés. Or en dépit de l’existence de partis politiques à mouvances islamistes, tel le Parti Islam ou le Parti de la jeunesse musulmane qui participent activement aux campagnes des élections communales et législatives, leur score est insignifiant vu le nombre de musulmans en Belgique, qui représentent quelques 10% de la population totale de ce pays. 

La conclusion sans équivoque tirée par l’auteur est la suivante : « le musulman belge et par extrapolation le reste de la diaspora, n’est pas intéressé par le projet sociétal des mouvements « islamistes », on peut aisément affirmer qu’il est plus intéressé par le programme politique des partis en ce qui concerne les matières économiques et sociales que sur les programmes moralisateurs et « civilisationnels » qu’essaient de véhiculer les partis islamistes(…) Dés lors, l’argument sécuritaire sur le danger potentiel de la diaspora, qui aurait un comportement « islamiste » dans l’urne ne tient pas. Si la diaspora marocaine devait voter « islamiste », elle commencerait par le faire dans son pays d’accueil, où elle vit au quotidien et où son identité est mise à rude épreuve. Et pourtant elle ne le fait pas, elle a un comportement de démocrate. Ainsi, nous avons des dizaines d’élus aux parlements belges issus de la diaspora, représentant divers partis de la gauche à la droite en passant par le centre, qui débattent des problèmes concrets et pragmatiques pour la prospérité de la Belgique » (Mohamed Saoud, p.84 de son mémoire). 

Voila qui remet en cause sans détour, argument à l’appui, des schémas d’analyse bien ancrés qui ont depuis de nombreuses années un impact ravageur en matière de politique publique en direction des citoyens marocains à l’étranger, justifiant et légitimant leur mise hors jeu au plan électoral. 

L’exemple tunisien 
Prenons pour notre part un autre exemple très récent, celui de la Tunisie, pays dont on peut comparer, toute proportion gardée, la nature de l’émigration à celle du Maroc. Le cas de la diaspora tunisienne va à l’encontre de la thèse de la « dangerosité » de l’émigration. Certes les élections pour l’Assemblée nationale constituante, organisées le 23 octobre 2011, ont placé le parti islamiste Annahda à la première place, y compris pour les sièges représentant les Tunisien(ne)s à l’étranger (9 sur 18). Mais l’adoption à une écrasante majorité de la nouvelle constitution tunisienne le 27 janvier 2014 par 200 voix pour, 12 contre et 4 abstentions est plein d’enseignements à cet égard, la recherche du consensus allant globalement vers les valeurs de progrès et de modernité. 

L’article 21 institue clairement la parité homme-femme : «les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et en devoirs, ils sont égaux devant la loi sans discrimination aucune. L’Etat garantit aux citoyens les libertés et les droits individuels et collectifs. Il leur assure les conditions d’une vie décente ». 

Parmi les autres articles particulièrement sensibles, signalons l’article 6 qui encadre la question religieuse, en assurant la liberté de conscience : « L’Etat est gardien de la religion. Il garantit la liberté de croyance et de conscience et le libre exercice du culte. Il est le garant de la neutralité des mosquées et lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane. L’Etat s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger les sacrés de toute violation, à proscrire l’accusation d’apostasie et l’incitation à la haine et à la violence. Il s’engage également à s’y opposer ». 

Dés lors peut-on refuser au Maroc un droit constitutionnel et condamner une aspiration démocratique parce qu’il y’aurait un type de «risque» ou cette «voie hasardeuse» mise en avant auprès des autorités marocaines par N.Sarkozy, alors ministre français de l’Intérieur, à l’approche des législatives marocaines de 2007 !? 

Conseils de Sarkozy… 
Un hebdomadaire marocain informé à la source à Rabat, avait judicieusement montré en 2006 qu’: « il a été en tous cas, pour beaucoup dans l’empêchement de nos Rme de voter et de se présenter aux législatives marocaines de 2007. Pourquoi et comment ?(...) La principale raison invoquée n’est autre que les puissants courants islamistes qui traversent la communauté marocaine à l’étranger particulièrement la plus nombreuse, celle de France, en particulier, et d’Europe de l’Ouest, en général. Sur ce point, il n y a pas besoin de faire un dessin, tellement le phénomène a pris des dimensions de déferlante fondamentaliste. Les barbus et les voilées courent les rues et les métros de Paris, Madrid, Bruxelles, Amsterdam, Rome, Stockholm et Copenhague (...) Ce sont eux qui voteront et appelleront à voter pour des candidats à une députation marocaine qu’ils se feront un point d’honneur de choisir parmi eux. Autrement dit, un islamiste, de préférence parmi les purs et durs (...) C’est cette réalité criante et ce risque patent que Nicolas Sarkozy, au gré de ses déplacements officiels et de ses contacts informels, a expliqué aux sécuritaires marocains. Il a milité pour la non participation des Marocains de France aux législatives de 2007, conseillant à ses interlocuteurs nationaux de ne surtout pas s’engager dans cette voie plus que hasardeuse ». (Abdellatif Mansour «Liaisons suspectes», Maroc Hebdo International, Casablanca, n°713 du 29 septembre au 5 octobre 2006). 

Ce conseil avait été entendu par les concepteurs de l’opération électorale 2007 au Maroc, très préoccupés par l’émergence d’une certaine majorité « barbue» ou « voilée », qui aurait un impact sur l’équilibre partisan souhaité au sein du parlement ou, comme le précise la publication du Ccme déjà citée et toujours utilisée et instrumentalisée en 2014, dans le cadre du livre d’octobre 2013 du Conseil : « la participation politique des expatriés pose des questions majeures quand aux équilibres politiques intérieurs » ! De ce fait, certains responsables à Rabat, ont trouvé une réplique non pas politique au niveau de la forme, mais d’un ordre plus «technique », tout en réglant d’autres comptes. Pour probablement n’avoir pas été consultés par ceux qui auraient inspiré le discours du 6 novembre 2005, certains éléments laissent à penser que leur réaction, après coup, a été celle de mettre soudain en avant les complications «techniques» d’un scrutin pour une population totale de plus de trois millions et demi de Marocains à l’époque dont en plus, on ne savait pas exactement combien avaient l’âge de 18 ans pour pouvoir voter. 

Remise en cause du discours royal du 6 novembre 2005 

En effet, au niveau de certains départements et dans le cadre des «rivalités», «enjeux de pouvoir» ou « enjeux d’influence» par les cercles proches du Palais, des responsables n’ont-ils pas considéré que ceux qui auraient inspiré le discours royal du 6 novembre 2005, ont pêché par improvisation et précipitation, en avançant les moyens avant d’avoir effectué un diagnostic correcte, que l’annonce du rétablissement du droit de vote et d’éligibilité aux législatives pour les Marocains de l’extérieur a été une initiative hâtive, un acte hasardeux, trop volontariste, ne tenant pas compte des contraintes existantes pour l’Etat ainsi que des difficultés objectives, techniques, matérielles et logistiques et sans réfléchir d’abord aux modalités de mise en œuvre? 

En somme, a-t-on dit, on aurait trompé le Roi, ou du moins induit en erreur. Or à notre sens, il s’agit d’un problème non pas technique, en présentant des données fausses, comme l’existence fictive de gisements de pétrole… mais d’une question et d’un choix éminemment politique. Sur ce plan, la conviction démocratique profonde du Roi, est sans ambiguïté aucune. Elle n’a pas attendu le 6 novembre 2005 pour se manifester pour la première fois, mais pour la reconnaissance effective de l’intégralité des droits politiques par rapport au Maroc des citoyens marocains à l’étranger, cette date constitue un point culminant. 

Conviction démocratique profonde du Roi 
Dés le premier discours du Trône, le ton est donné. L’action royale en direction des Marocains résidant à l’étranger, ayant fondamentalement comme objectif le renforcement des liens de la communauté marocaine établie à l’étranger avec la mère-patrie (discours royal du 30 juillet 1999), la sauvegarde de l’identité nationale des émigrés marocains (discours royal du 18 mars 2000) et la reconnaissance de leur pleine citoyenneté et participation à la vie nationale, y compris au plan politique. 

Ainsi, lors du discours du 20 août 2001, un des objectifs royaux centraux tracés en faveur de la communauté marocaine établie hors du territoire national, est celui « d’une participation au plus haut niveau aux institutions nationales ». A notre sens, les développements précédents renvoient directement à la nécessaire représentation politique des Marocains résidant à l’étranger et notamment à leur représentation au Parlement marocain, en tant que citoyens marocains à part entière. 

Dans le discours du Trône du 30 juillet 2002, la vision à l’égard des Marocains résidant à l’étranger, s’est exprimée avec encore plus de force dans ce sens : « Nous affirmons notre ferme volonté de veiller à ce qu’ils tiennent la place de choix qui leur revient et jouent un rôle actif dans tous les domaines de la vie nationale ». 

Par ailleurs, le discours royal du 6 novembre 2005, avait tenu à rappeler des principes de droit. Il est dit explicitement, concernant le droit de vote et d’éligibilité des Marocains à l’étranger à partir des pays de résidence et de la nécessité de créer des circonscriptions législatives électorales à l’étranger, ce qui suit : « Il est à noter à cet égard qu’ils (les MRE) jouissent sur un pied d’égalité, des droits politiques et civiques que confère la loi à tous les Marocains, dont celui d’être électeurs et éligibles dans le pays ». Référence implicite était faite ici à deux articles de la constitution marocaine de 1996, encore en vigueur à l’époque : « tous les Marocains sont égaux devant la loi » (article 5) et « l’homme et la femme jouissent de droits politiques égaux. Sont électeurs tous les citoyens majeurs des deux sexes jouissant de leurs droits civils et politiques ». 

De même, la décision d’accorder aux nouvelles générations appartenant à la communauté marocaine résidant à l’étranger le droit de voter et de se porter candidats « à l’instar de leurs parents », se fait « en application du principe de l’égalité de la citoyenneté » (Discours royal du 6 novembre 2005). 

Enfin, le rapport de l’Instance Équité et Réconciliation (IER) remis au Souverain le 30 novembre 2005 (par conséquent postérieurement à la date du 6 novembre 2005) et adopté officiellement par la suite, comprend parmi les cinq recommandations (devenues des décisions) concernant les Marocains résidant à l’étranger, celle-ci : « L’Instance Équité et Réconciliation : 1- se félicite de la demande faite par S.M. le Roi au gouvernement de garantir la pleine et entière participation des émigrés marocains aux prochaines échéances électorales nationales (…) », fixées pour 2007. 

Par conséquent, cette première recommandation de l’IER (qui ne doit pas être occultée par les responsables actuels du Ccme et du Cndh), fait référence au discours royal historique du 6 novembre 2005, au cours duquel ont été annoncées quatre décisions « importantes et complémentaires » selon les termes du Roi, concernant les droits politiques par rapport au Maroc des citoyens marocains à l’étranger. Cette recommandation approuvée est une refondation et confirmation des décisions royale prises lors du 30ème anniversaire de la Marche Verte en 2005. 

Cependant, les mesures prises par le gouvernement n’ont pas été en cohérence avec les engagements solennels royaux. Très grande fut en effet la déception des Marocains résidant à l’étranger, d’avoir été dépouillés et dépossédés par le gouvernement du droit d’exercer leur devoir civique, d’avoir été exclus des institutions élues et d’avoir été empêchés d’exercer leurs droits politiques constitutionnels. 

Marche arrière du gouvernement 
Pour les tenants de la (non) participation politique et la (non) représentation parlementaire des Marocains du monde, il fallait (et il faut encore en 2014 !!!) aller par étape, procéder de manière progressive, comme le précise le communiqué du 16 juin 2006 du ministère de l’Intérieur, suite à la dernière réunion de concertation concernant la révision du code électoral tenue à cette date à Rabat avec les partis formant la coalition gouvernementale (Rassemblement national des indépendants, Parti de l’Istiqlal, Union socialiste des forces populaires, Parti du progrès et du socialisme), et alors que la question du vote et de l’éligibilité n’avait jamais été abordée auparavant au sein de cette commission. 

Ce communiqué avance la nécessité d’appliquer le point suivant: « adopter une démarche progressive pour mettre en œuvre les mécanismes relatifs à la représentativité des Marocains résidant à l’étranger et ce, en accordant la priorité à la structuration du Conseil supérieur des Marocains résidant à l’étranger, d’une part, et en instituant les règles juridiques qui permettront aux nouvelles générations de notre communauté résidant à l’étranger, d’une part, et en instituant les règles juridiques qui permettront aux nouvelles générations de notre communauté résidant à l’étranger de s’inscrire sur les listes électorales nationales pour garantir leurs droits de voter et de se porter candidats aux élections locales ou nationales d’autre part ». 

Dans cet esprit, les amendements du Pjd, du Psu et de la Cdt présentés au parlement en faveur de la représentation parlementaire des Mre, furent repoussés par le gouvernement et sa majorité dans les deux chambres. 

Levée de boucliers des partis politiques de l’opposition 
Au même moment, d’autres partis politiques marocains avaient dénoncé dans un appel le communiqué du 16 juin 2006, le caractérisant comme une «marche arrière concernant la tenue d’élections parmi les Mre pour les faire représenter au parlement, et ce, en contradiction avec la volonté royale » (Appel publié notamment dans « Attajdid » du 26 juin 2006). 

Les partis signataires de cette protestation, étaient les suivants

Union Constitutionnelle, Parti de la Réforme et du développement, Parti «El Badil Al hadari», Parti de l’Environnement et du développement, Parti de la Choura et de l’indépendance, Pjd, Parti du Travail, Forces Citoyennes, Parti du Maroc Libéral, Parti du Centre Social, Parti National Démocrate, la Ligue des Libertés, Parti de l’Initiative civique et du développement. 

Un des partis qui s’était le plus investi auprès des Marocains du monde est le Parti national démocrate. C’est ainsi qu’une forte délégation de sa direction s’est déplacée en Italie, en Belgique, en France et aux Pays-Bas en avril-mai 2006. Dans un communiqué de son bureau politique, le Pnd estimait que les missions effectuées auprès des MRE : « entrent dans le cadre de sa mission nationale d’encadrement des citoyens comme le prévoit la constitution ». (Voir « Amnidal Abdimocrati » du 5 mai 2006). 

Dés lors, la déception ressentie n’était que plus forte. Son secrétaire général déclarait à propos de ce communiqué du 16 juin 2006 : « C’est une grande catastrophe et un écart par rapport aux orientations royales qui avaient appelé à la nécessité de la représentation des émigrés au sein de l’institution parlementaire. A l’occasion d’une tournée effectuée par le parti, j’ai remarqué combien les MRE tenaient à participer à ces élections que certains partis veulent s’accaparer ». (Abdallah Kadiri « la majorité dictatoriale contredit la volonté royale ». déclaration à « Al Ousbouia Al jadida » n°82, du 29 juin au 6 juillet 2006). 

Une semaine plus tard, l’enjeu et la raison de ce revirement gouvernemental sont affichés par le même dirigeant : « la parole de S.M le Roi doit être respectée. Rien ne justifie la mise à l’écart des MRE, sauf la peur du verdict des urnes ». (Cité par N.Jouhari in « le code du plus fort ». Maroc Hebdo International n°706 du 7 au 13 Juillet 2006. Voir également « Qui a intérêt à exclure la communauté marocaine à l’étranger ? » Article central paru dans « Annidal Addimocrati » du 30 juin 2006). 

En d’autres termes, le reproche fait à l’approche gouvernementale est celui d’avoir dévié l’analyse dans une sorte d’inversion de la démarche, qui revient à tirer des conséquences avant de s’interroger sur les principes. La démocratie ne s’applique pas uniquement lorsqu’on est sûrs des résultats que l’on souhaite obtenir. 

Colère de la société civile MRE 
Face à cette exclusion et marginalisation, le milieu associatif de la diaspora marocaine a fait également entendre sa voix par le biais de communiqués diffusés par Internet et largement médiatisés par la presse marocaine. A titre d’illustration et sans prétendre à l’exhaustivité, mentionnons les réactions des Ong suivantes : secrétariat d’Al Monadara, Conseil National des Marocains de France (Cnmf), Congrèss, Plateforme intercontinentale, l’Alliance 

Mondiale des Marocains en Italie, l’Ashdom… A celà, il faut ajouter le Parti Annahj Addimokrati en Belgique, les sections de Paris et de Bruxelles du Parti Socialiste Unifié (Psu) et la section en Belgique de l’Usfp, qui était en total désaccord sur ce point avec la direction centrale du parti. 

Par contre, pour les tenants de la thèse de la démarche évolutive ou graduelle, et comme déjà avancé en 2002, la participation des Mre au processus électoral a été considérée comme trop compliquée à l’étranger à l’horizon 2007, l’environnement n’étant pas prêt et les conditions n’étant pas propices: difficultés d’établir les listes électorales, de réaliser le découpage des circonscriptions électorales législatives de l’étranger, d’organiser la campagne électorale et le vote lui-même, d’arbitrer les conflits électoraux et de disposer d’un budget conséquent. Partant d’une vision très restreinte, qui vide de sa substance le contenu démocratique du discours royal du 6 novembre 2005, cette démarche a rendu difficile et insurmontable la faisabilité de l’opération, en invoquant des problèmes techniques, logistiques, matériels et organisationnels. 

Les défenseurs de cette approche ont même ajouté que le discours royal du 6 novembre 2005 n’a jamais signifié de manière précise que son application devait se faire pour 2007. Comme si le discours se situait en dehors de l’espace et du temps et n’était pas lié à une époque précise, alors que les instructions et directives royales données pour la mise en application des décisions prises, l’ont été au gouvernement de l’époque qui devait normalement changer après la nouvelle configuration de la Chambre des Représentants. Et que dire des partis de la majorité de l’époque, dont certains de leurs responsables, qui étaient restés ou bien avaient rejoint le gouvernement, avaient sillonné les pays d’immigration pour inciter les Mre à accomplir leur devoir, dans les circonscriptions de l’étranger, dans la perspective de 2007 !!! 

Démarche non pas progressive, mais régressive 
La traduction de cette démarche « progressive », mais qui n’a pas avancé au niveau gouvernemental d’un iota en 2014, s’est retrouvée depuis, également dans les positions des responsables de la préparation du projet d’avis consultatif de l’ex-Ccdh concernant la création du Ccme et, depuis la mise en place de celui-ci en décembre 2007, dans la politique suivie par les dirigeants du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, dans le traitement à l’aune sécuritaire de la problématique de la participation politique par rapport au Maroc des citoyens marocains à l’étranger, en dépit de l’adoption de la constitution du 1er juillet 2011.Pour maitriser la situation, même la simple hypothèse d’élection du Conseil ne peut être testée et a fortiori étudiée objectivement pour concevoir les modalités concrètes, les procédures et les mécanismes pratiques de l’élection, situation qui pourrait dans un deuxième temps, ouvrir théoriquement au plan institutionnel, la possibilité de la représentation à la Chambre des Conseillers, moyennant bien entendu une disposition constitutionnelle prévoyant l’existence d’un collège électoral lui-même élu dans un premier temps. 

Les contacts et lobbying exercés et intensifiés actuellement par les responsables du Ccme auprès de divers groupes parlementaires et de certaines formations politiques, ont pour objectif principal la poursuite des tentatives de contrôle de la communauté marocaine résidant à l’étranger. Certains de ces partis politiques ne se font-ils pas involontairement manipuler par certains dirigeants du Conseil qui, faisant peu cas du conflit d’intérêts (intérêts de carrière dans une institution où ils souhaitent être calife à la place du calife), abusent de la confiance placée en eux en raison notamment d’une proximité «idéologique», voir même de liens organisationnels, datant pour d’aucun de la période du Mouvement des Démocrates ? Voulant prendre de vitesse en particulier la société civile MRE, en réalisant un véritable coup de force « légal », la suggestion a été présentée sur un plateau d’argent… 

Sur ce point, méditons cette célèbre pensée d’Albert Einstein
«On ne règle pas un problème en utilisant le système de pensée qui l’a engendré. Ce n’est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu’il faut les résoudre». 
Par ailleurs, dans cet esprit et en clair, ce n’est pas aux dirigeants du Ccme qui ont failli dans leur mission, d’avoir la responsabilité de la préparation du projet de loi concernant l’opérationnalisation de l’article 163 de la Constitution, tout comme les « Assises des Marocains du Monde », ne peuvent être organisées, comme cadre de concertation nécessaire avec la préparation du projet de loi, par le Ccme lui-même, sachant par ailleurs que les « Assises » devraient à notre sens, concerner non seulement les citoyens marocains à l’étranger, mais au même moment les étrangers au Maroc. 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 

DEMAIN : - Revoir la philosophie générale de la proposition de loi du PAM concernant le CCME (15/16). 

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