A partir du traitement par les dirigeants du Conseil, du dossier de la participation et représentation politique des Marocains du monde, quelles leçons globales peut-on retenir du fonctionnement de plus de six ans du Ccme ? A travers la politique suivie par les responsables du Ccme, ces derniers ont perdu toute crédibilité et fait perdre par là même une bonne partie de la crédibilité de l’institution par les citoyens marocains à étranger, qui manifestent désormais défiance et exaspération. 

C’est à remonter la pente qu’il s’agit de s’atteler maintenant. La mise en œuvre des réformes concernant le Ccme demeure plus urgente que jamais. Il faut passer à l’acte sans attendre. Cela dit, il s’agit de tenir compte d’un point capital. La réforme en question ne peut faire l’économie d’une large concertation préalable, notamment avec la société civile MRE, les partis politiques et les syndicats au Maroc. 

En plus de la nécessité d’une gouvernance saine et de l’obligation de résultat, qui implique la reddition des comptes par les responsables de l’institution, il s’agit également de se départir de la vision sécuritaire concernant la citoyenneté, et de se plier aux règles du jeu démocratique, en permettant notamment que les citoyens marocains à l’étranger soient, à partir des pays de résidence, électeurs et éligibles aux élections des députés à la Chambre des Représentants à Rabat. 

ENSEIGNEMENTS A TIRER 
Les responsables du Ccme n’ont nullement donné de réponse formelle au mémorandum urgent du 29 juillet 2009. Bien au contraire, selon des témoignages concordants, au lieu de tirer les enseignements adéquats des dysfonctionnements et des mauvaises pratiques constatées et contestées, le président du Conseil, de connivence avec le président du groupe de travail, a préféré suspendre l’activité de ce groupe de travail. Ainsi, cette crise a débouché sur le gel effectif du groupe de travail « citoyenneté et participation politique » durant seize mois (!!!). 

Ce très grave dysfonctionnement n’est nullement analysé-voir même simplement signalé-dans la synthèse des travaux du groupe de réflexion sur la citoyenneté et la participation politique, constituant la troisième partie du livre du Ccme «la question de la participation et de la representation politique des Marocains du monde». 

L’observation montre ainsi que la présidence du Ccme, avec la connivence notamment des deux autres membres de la direction du Conseil et de ses conseillers, a toujours cherché non pas à rattraper le temps perdu, mais à en perdre d’avantage et à écarter, de l’agenda du Conseil, le sujet indésirable de la démocratisation du Ccme et de la participation politique au Maroc des citoyens marocains à l’étranger. 

La reprise n’a pas eu lieu avec une transformation radicale de la démarche des responsables du Ccme, comme le montrent nos développements précédents. 

La résultante de calculs 
La faille dans la gouvernance du Ccme et la médiocrité de ses résultats par rapport aux missions principales qui lui ont été dévolues, en liaison notamment avec les prérogatives du groupe de travail citoyenneté et participation politique, ne sont pas l’expression d’un accident de parcours, d’une difficulté d’adaptation à la mission assignée, d’une appréciation erronée ou de simples erreurs de jeunesse de l’institution, de simples maladresses ou fausses pistes somme toute excusables. Ces défaillances constituent plutôt la résultante de calculs et de comportements précis de sape, suivis à dessein dans le cadre d’une stratégie déterminée. Celle de faire systématiquement obstruction et barrage à l’idée d’une réelle participation des citoyens marocains à l’étranger à la vie politique marocaine et à une démocratisation du Ccme. 

Clarifions un point important pour réfuter une objection mise en avant par les détracteurs de la participation politique par rapport au Maroc des Marocains résidant à l’étranger. Encore une fois et encore, parler de la nécessaire effectivité de ces droits, n’est pas en faire une revendication solitaire ou la mettre en une place prépondérante au détriment d’autres aspects. Il ne s’agit ni de surévaluer ni de sous-évaluer la dimension politique à laquelle il lui faut donner la place qui lui revient. Par conséquent, il s’agit de ne pas refuser de poser cette question, qui constitue un enjeu important, voir capital, une feuille de route majeure, surtout au moment où, à la suite des réformes constitutionnelles consistantes de 2011, l’agenda principal est forcément politique pour faire bouger les lignes sur le terrain. 

Pareilles incitations au défaitisme et à la démission intellectuelle étant irrecevables, on ne peut se voiler la face et pratiquer le déni de réalité. Dérangeants certes et ultrasensibles, on ne peut refouler et refuser de connaître certains faits, de les interroger et d’en débattre. Il y’a une préoccupation politique et une demande d’action dans ce domaine. Il ne s’agit d’abandonner aucun débat. Rien n’est tabou. Ne s’interdire aucun sujet. Or, en matière de citoyenneté, en privilégiant les obstacles, les facteurs de discorde, les responsables du Ccme, qui jouent le rôle de force d’inertie et de résistance au changement, n’ont pas de fait ouvert le débat, mais il l’ont fermé et asphyxié et ont contribué fortement à son enlisement. Par conséquent, il y’a encore un rendez-vous de vérité qui doit se dérouler au niveau de la réalité concrète, avec l’opérationnalisation démocratique de la nouvelleConstitution. 

Encore faut-il vouloir le débat et l’instaurer avec les exigences qui s’imposent, en particulier des conditions d’équilibre permettant aux diverses thèses en présence de s’exprimer. Ceci n’est pas le cas des « débats » télévisuels à sens unique concernant les Marocains du monde, ni même la caractéristique principale de certaines rencontres organisées par la société civile marocaine à l’étranger. Ainsi en est-il de celle tenue à Paris le 21 décembre 2013, sous la houlette de « Maroc-Développement » (proche du Pjd) sur le thème de « la place des citoyens marocains à l’étranger dans la constitution : discours politique et réalité ». A la tribune, n’étaient présents que deux officiels : un ministre du Pjd (Abdelaziz Rabbah) et un membre dirigeant du Ccme (Ajbali), sans aucun contradicteur. Même le président de séance qui est en même temps président du réseau « Maroc-Développement » et membre du Ccme (Omar El Mourabit), n’a émis aucune critique, se contentant de distribuer la parole… 

Par ailleurs, depuis l’été 2012, une atmosphère de fin de règne s’est installée au Conseil, engendrant une course à la présidence pour devenir Calife à la place du Calife, en raison notamment du cumul de présidence du Ccme et du Cndh. Ainsi, le 15 septembre 2012, à l’insu même des membres du Ccme, le directeur-coordinateur et le secrétaire général du Conseil ont provoqué une réunion quasiment secrète à Casablanca, avec certains acteurs associatifs de l’émigration, triés sur le volet sur des critères d’allégeance, pour « rénover », voir « révolutionner » le Ccme et soit disant le mettre en ordre de marche, dans la perspective, disait-on, de l’opérationnalisation de sa constitutionnalisation… 

Mystification et déformation des faits 

Dans un article signé par Hamid Soussany, paru le 13 septembre 2013 sur le site du Ccme et intitulé «Marocains du monde: il y a un an, la rencontre de Casablanca», l’auteur visiblement inspiré par un membre dirigeant du Conseil, prétend que cette réunion s’est inscrite dans un cadre global comportant notamment la dimension politique suivante: 
«La nouvelle constitution marocaine adoptée en 2011, consacrait pour la première fois la participation politique des Marocains du monde, ce qui a permi la dissipation d’un grand malentendu, puisque certains acteurs MRE tenaient pour responsable le Conseil au sujet du la question du «blocage» s’agissant de la participation politique des Marocains du Monde». 
Or nos développements précédents, apportent un démenti cinglant à cette déformation des faits. Ils ont bien montré, déclarations et citations à l’appui, la responsabilité du trio dirigeant du Ccme dans ce réel blocage, qui se poursuit notamment avec l’interprétation régressive de certaines dispositions de la Constitution, en particulier l’article 17. 

Promesses 
Par ailleurs, l’objectif visé en réalité par le «Sommet de Casablanca» du 15 septembre 2012, n’était pas d’opérer une «inflexion responsable» du débat public et de la ligne politique à suivre, «en rupture avec le passé», selon la lecture véhiculée par un membre dirigeant du Conseil, mais moyennant des promesses implicites à l’adresse de certains, de faire partie de la liste future des «nominés». Le but escompté est de renforcer les camps respectifs des protagonistes à la succession du président qui est en même temps, à la tête du Cndh, avec bien entendu la volonté de maintenir la mainmise sur le Ccme, en terme de conception, de composition, d’attributions et poursuivre sur la même lignée qu’en 2007, c’est-à- dire la méthodologie des pures nominations. De la sorte, on relègue l’idée même de représentativité, sous prétexte que le Conseil ne peut être que consultatif, alors que, comme on l’a relevé plus haut (chapitre 3), le discours royal du 6 novembre 2007, a opté pour un futur Ccme représentatif et élu. 

Le discours royal ajoutait par ailleurs concernant le Ccme mis en place de manière transitoire pour une période de quatre ans : « Partant donc, de notre position de principe, nous appelons cette nouvelle institution à inscrire en tête de son agenda, un travail de mûrissement de la réflexion. Il lui appartient également de mettre en place de solides fondations, dans la perspective d’assurer, comme ultime finalité, une élection réfléchie et responsable, et de créer les conditions d’une large participation au scrutin, au lieu de recourir à des solutions de facilité ». 

Peut-on dire que ce cahier de charge ait été assuré par les dirigeants du Ccme et que la tendance qui s’annonce de nos jours en cette fin janvier 2014, s’inscrit dans cette perspective démocratique et de mise en place de solides fondations !? 

S’agissant précisément du futur du Ccme, l’absence de présentation d’un avis consultatif est d’autant plus incompréhensible que les auteurs du livre d’octobre 2013 affirment qu’il y’a eu un consensus sur les modalités de sa constitution, à savoir un conseil nommé et non pas élu! 

Pas de consultations 
Mais lorsqu’on parle de consensus, c’est la résultante de quoi, dans la mesure où, par rapport à ce sujet, il n’y a jamais eu de consultation pendant ces six années, ni avec la communauté marocaine à l’étranger, ni avec les partis politiques, ni les syndicats, ni la société civile à l’intérieur du Maroc. Ce n’est que tout dernièrement, dans le cadre d’une opération de « com », en rapport à notre sens avec l’échéance du 20 décembre 2013 du mandat de six ans du président du Ccme.. (certes « renouvelable » selon l’article 15 du dahir portant création du Conseil)… et de son nécessaire remplacement, que le site du Conseil annonce, photos à l’appui, la réception par Abdallah Boussouf, secrétaire général du Conseil, tour à tour du président du PAM (Mustapha Bakkouri), du secrétaire général du Parti de l’Istiqlal (Hamid Chabat), du secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (Nabil Benabdellah)… dans l’attente de la réception sûrement du secrétaire général du Pjd lui-même, en la personne de Abdelilah Benkirane ! Selon les communiqués du Ccme, ces rencontres passées s’inscrivent « dans le cadre des consultations auxquelles procède le Conseil auprès des instances partisanes visant la présentation des actions ( !!!) et des activités du Ccme, ainsi que l’échange, avec ces mêmes organisations politiques de points de vue concernant les grandes questions relatives à la communauté marocaine à l’étranger ». 

Pourtant, dés la création du Conseil, ces consultations étaient obligatoires, comme le stipule notamment le dahir n° 1.07.208 du 21 décembre 2007 portant création du Ccme, afin de présenter notamment un avis consultatif concernant le futur Ccme. Au chapitre VI de ce dahir concernant les dispositions transitoires, il est mentionné en effet que: «en outre, le Conseil mis en place est notamment chargé d’approfondir les études et consultations nécessaires en vue de soumettre à la Haute Appréciation de Notre Majesté, des propositions pertinentes quant à la conception de sa composition et des modalités les plus appropriées du choix de ses membres. Le Conseil doit veiller à garantir la plus efficace et meilleure représentativité des communautés marocaines à l’étranger». 

Or le groupe de travail a été empêché de mener ces consultations par le trio dirigeant du Conseil ! 

Alors qu’à la page 17 du livre d’octobre 2013 du Ccme, il est affirmé qu’à l’échelle internationale, la plupart des instances consultatives se présente sous des formes mixtes (majorité des membres élus plus des membres de plein droit ou observateurs représentant d’institutions nationales), à la page 73 il est dit que pour le cas du Maroc, «l’idée d’un Conseil désigné semble plus pertinente» (p73) 

Pour les rédacteurs du livre, «l’option d’un Conseil représentatif sur la base d’élections, a été écartée en raison de son aspect contradictoire avec d’autres organismes constitutionnels et risque de poser le problème du «conflit de la légitimité», c’est-à-dire qu’on ne peut pas être élu dans une instance consultative. 

Trois objections 
A ce niveau, trois objections peuvent être soulevées de notre part: 
  1. Bien entendu, le Conseil ne légifère pas et ne remplace pas les ministères concernés. En effet, cette institution n’est pas à assimiler aux instruments traditionnellement habilités à gérer administrativement, exécuter ou mettre en œuvre les programmes du gouvernement auprès des Marocains à l’étranger et aux autres outils de gestion des programmes propres à l’émigration. Mais, à notre sens, le Conseil pourrait disposer de pouvoirs et attributions significatifs. Sa consultation pourrait même être obligatoire dans certains domaines à préciser. De même que l’on pourrait concevoir le rôle obligeant des recommandations émises, et si le gouvernement s’en écarte, il doit donner les justifications nécessaires. Par ailleurs, un certain «contrôle» des administrations marocaines concernées pourrait être prévu. Il s’agit de leur interpellation par des questions écrites et orales (ces dernières étant discutées lors des sessions plénières du conseil) et des auditions des responsables des diverses facettes de la politique migratoire (de rang de directeurs) dans les commissions spécialisées du conseil. 
  2. Le discours royal du 6 novembre 2007 a opté concernant le futur, pour un Ccme représentatif et élu: «l’élection reste nécessaire et souhaitable comme point de départ et comme objectif pour la mise en place de cette institution». 
  3. Si comme nous l’avons déjà préconisé, l’option de la représentation des citoyens marocains à l’étranger à la Chambre des Conseillers est décidée, moyennant une révision de la Constitution par le biais d’un vote des deux chambres réunies, le mécanisme institutionnel adéquat pour avoir un collège d’électeurs élus dans un premier temps, est de disposer d’un Ccme élu, qui élirait dans un second tour les membres à la Chambre des Conseillers. 
Défaitisme et auto-satisfaction 
L’analyse du contenu du livre d’octobre 2013 du Ccme et de la démarche qui lui est soujacente, révèle que les dirigeants du Ccme, qui persistent et signent, produisent un discours de résistance au changement et privilégient l’apologie du renoncement citoyen. Ils cultivent la résignation, la désespérance ainsi que le doute et le scepticisme sur toute action citoyenne concernant les droits politiques des Marocains du monde. Ils veulent diffuser et répandre un sentiment collectif d’impuissance en matière de représentation parlementaire des citoyens marocains à l’étranger, essayant de «démontrer» l’impossibilité, voir l’illégitimité de cette représentation, qui ne serait ni faisable ni viable, en faisant feu de tout bois, comme nous l’avons vu depuis le début de cette analyse- critique. L’objectif vise à saturer l’espace politico-médiatique en cherchant à étouffer toute critique concernant les freins et le «véto» mis à l’effectivité de l’exercice des droits politiques pleins et entiers des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc. Dés lors, mener le combat contre le fatalisme et la résignation est une nécessité impérieuse. Il fait en parler et ne pas se taire. 

Voilà pourquoi, on ne peut suivre Abdallah Boussouf, secrétaire général du Ccme, qui écrit dans la préface du livre, notamment ce qui suit: «Nous pouvons aujourd’hui, non sans fierté, affirmer que la question de la représentativité des Marocains du monde, a été traitée avec une grande rigueur par le Conseil. Cette problématique est complexe car elle pose de nombreuses interrogations et de multiples défis. Fidèle à l’esprit de notre institution, nous avons de ce fait opté pour la responsabilité et la rigueur scientifique, en explorant toutes les facettes de ce sujet, en nous inspirant de ce qui se fait de mieux dans le monde en ce domaine». 

En fait, la démarche suivie est pleine d’hypocrisie et triche avec la réalité. Se présentant en terme d’équilibre, se voulant prendre de la hauteur et de la distance, suivre une ligne « responsable », l’analyse véhiculée dans le livre d’octobre 2013 du Ccme, est orientée en réalité contre l’effectivité des droits politiques des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc, en faisant tout pour justifier la pratique passée et présente (voir même future!) des responsables du Conseil. Plaider pour l’inclusion des Marocain(e)s du monde dans le processus politique au Maroc, ne serait alors qu’une attitude « irresponsable ». Voilà pourquoi, il ne peut y avoir de compromis possible avec la logique de l’exclusion et de l’ostracisme. L’arme de la désinformation étant utilisée à outrance, il s’agit de ne pas se laisser impressionner par un véritable terrorisme intellectuel. 

Un plaidoyer anti-participationniste 
En définitive, le livre du Ccme d’octobre 2013, qui reflète la ligne et la politique suivie par le trio dirigeant du Conseil, n’est pas une initiative à mettre à son crédit, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de manipulation et de calcul. C’est un plaidoyer anti-participationniste, une recherche désespérée d’arguments tout azimut au moyen de récupération, de falsification et de mensonge, pour déconsidérer et dévaloriser l’idée même de participation politique et de représentation parlementaire des émigrés marocains, ainsi que celle d’un Ccme démocratique et représentatif. 

De plus, lorsque le secrétaire général du Conseil affirme que l’on a opté pour la rigueur scientifique «en nous inspirant de ce qui se fait de mieux dans le monde», on constate que le livre pousse au contraire vers le défaitisme et cultive la soumission, en essayant d’accréditer l’idée que rien, en matière de participation et de représentation politique des émigrés par rapport à leur pays d’origine, ne marche dans le monde. Ce qui a été recherché, ce ne sont pas les bonnes pratiques, mais les mauvaises pratiques ! 

Dire par ailleurs en conclusion du livre du Ccme (page 79), que les multiples travaux entrepris par le Conseil dans le domaine de la participation politique des MRE par rapport au Maroc, ont permi de «rationnaliser le débat» en la matière, est une mystification et une tromperie intellectuelle, comme résultat logique de positions tranchées et dogmatiques contre la participation. La logique qui prévaut dans le livre et la rationalité imprimée par les dirigeants du Ccme ne sont pas celles de la participation et de l’implication citoyenne, mais au contraire la rationalité de l’exclusion et de la mise à l’écart politique des citoyens marocains à l’étranger. 

Assez de la politique du faux ! 
En matière de citoyenneté des Marocains du monde, il ne s’agit pas de donner (encore) du temps au temps, mais le temps est à l’urgence. Nécessité absolue de clarification et moment incontournable de vérité! On ne peut continuer sur cette pratique du mensonge et de la falsification. Responsables du CC-ME, cessez- mentir!! Le principe de la reddition des comptes, constitutionnalisée entre temps, est à traduire dans les faits. La nouvelle loi, liée à la constitutionnalisation du Ccme en vertu de l’article 163, est à préparer sans plus tarder par des institutions crédibles autres que le Ccme, car ce ne sont pas ceux qui ont échoué jusqu’ici dans leur mission, que l’on pourrait responsabiliser pour hisser l’institution à un niveau qualitatif supérieur, conformément à l’article 163 de la Constitution. Cet article assigne au Conseil la mission «d’émettre des avis sur les orientations des politiques publiques permettant aux Marocains résidant à l’étranger le maintien de liens étroits avec leur identité marocaine, de garantir leurs droits, de préserver leurs intérêts et de contribuer au développement humain et durable de leur pays d’origine et à son progrès». 

Cette nouvelle loi (dont une proposition de loi très contestable mais qui a le mérite d’enclencher institutionnellement le débat, a été déposée à la Chambre des Représentants le 18 juillet 2013 par le groupe parlementaire du PAM comme nous le verrons au chapitre 15) est à préparer dans la concertation avec les milieux concernés, en particulier le tissu associatif des citoyens marocains à l’étranger, avec l’objectif d’avoir un Conseil représentatif et démocratique, transparent et efficient, doté de prérogatives réelles, avec un fonctionnement assaini, efficient et impartial, ainsi qu’une gouvernance efficace, démocratique et transparente, autant de qualités qui ne caractérisent nullement le Conseil actuel. Cette approche participative a été d’ailleurs recommandée par le Roi lors de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire (le 11 octobre 2013) en ce qui concerne l’ensemble des lois organiques (pour le Ccme, il s’agit d’une simple loi): «Dans la mesure où ces lois viennent compléter la loi suprême, nous vous invitons instamment, mesdames et messieurs les parlementaires, à faire preuve d’un esprit consensuel national. Lors de l’adoption de ces lois organiques, nous vous recommandons de vous astreindre à une démarche participative la plus large possible, à l’instar de celle ayant caractérisé l’adoption de la Constitution». 

Daba 2016 ! 
Pour ce qui est de la nécessaire représentation parlementaire des citoyens marocains à l’étranger, la préparation de la législation la concernant, en vertu de l’article 17 de la Constitution, en l’occurrence ici le code électoral et la loi organique concernant la chambre des députés, est à entreprendre également de toute urgence, au lieu d’attendre l’approche des prochaines élections législatives en 2016 pour s’entendre dire: on n’a pas le temps de s’y consacrer et il sera difficile matériellement et techniquement d’organiser ce genre de scrutin à l’étranger… Le groupe parlementaire Usfp à la Chambre des représentants, a eu le mérite de le comprendre en venant juste de présenter une proposition de loi dans ce sens (chapitre 7, page 93) 

Il y’a lieu de relever à ce propos que le « draft » de mai 2012 du Plan législatif du gouvernement pour la législature 2012-2016, avait prévu notamment la préparation d’un projet de loi sur la participation des Marocains du monde aux futures élections législatives, en application de l’article 17 de la Constitution. C’est le ministère de l’Intérieur, chargé de la gestion politique du dossier électoral, qui était responsabilisé dans la préparation du projet de loi. 

Or dans le Plan législatif adopté officiellement à Rabat par le Conseil de gouvernement du 22 novembre 2012, la référence à ce projet de loi a disparu de l’agenda. Pourtant, le thème de la représentation parlementaire des citoyens marocains à l’étranger au niveau de la chambre des députés est un dossier en souffrance au moins depuis le discours royal fondateur du 6 novembre 2005, qui avait accordé le droit de vote et d’éligibilité aux MRE à partir de circonscriptions électorales législatives de l’étranger. 

Mais comme on le verra au prochain chapitre, par peur des résultats des urnes, les gouvernements successifs ont reporté à plus tard la concrétisation de cette décision, avançant comme prétexte des difficultés techniques, matérielles et logistiques, en laissant aux responsables du Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger (Ccme), qui en ont fait leur marque de fabrique, et ont agi avec un excès de zèle remarqué, le soin d’affiner les raisons justifiant la mise à l’écart des citoyens marocains à l’étranger du processus démocratique national. D’où à notre sens, la nécessité pour le gouvernement Benkirane II de dépasser une contradiction devant laquelle il s’est mis: faute de réintroduire de manière urgente le projet de loi organique et de fixer des délais rapprochés pour sa finalisation, l’Exécutif ne peut refuser maintenant d’accepter l’inscription à l’ordre du jour du parlement de la proposition de loi du groupe des députés Usfp (voir chapitre 7). 

Tout ceci nécessite notamment un débat national serein, ouvert, pluriel et constructif pour mettre fin à une très longue période d’indifférence gouvernementale, de marginalité et d’exclusion de quelques cinq millions de citoyen(ne)s marocain(e)s à l’heure actuelle. Il n’est que temps d’organiser ce dialogue national pour l’opérationnalisation optimale, démocratique et ouverte des articles 16, 17, 18, 30 et 163 de la Constitution rénovée, en centrant non seulement sur les citoyens marocains à l’étranger, mais également sur les étrangers au Maroc, dans le cadre d’une vision globale, cohérente et intégrée, prenant en considération l’aspect multidimensionnel de la question migratoire au Maroc, les relations avec les pays d’accueil et les pays d’origine (en particulier les pays subsahariens), la nécessité de revoir les divers accords bilatéraux et non pas de se concentrer uniquement sur les droits et les obligations politiques des émigrés et des immigrés par rapport au Maroc. 

En définitive, depuis la nouvelle Constitution, on n’a pas ressenti au niveau gouvernemental une nouvelle orientation en faveur des MRE. Ceci provient essentiellement de la non opérationnalisation des dispositions constitutionnelles concernant les citoyens marocains à l’étranger, qui sont pourtant nombreuses. Ce constat est dû à notre sens à l’absence de volonté politique du gouvernement Benkirane, à la non formulation d’avis consultatifs par le Ccme pouvant impulser des réformes en matière de communauté marocaine résidant à l’étranger et à l’interprétation non démocratique de la Constitution durant les dernières élections législatives, en particulier l’article 17. 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 

DEMAIN : - Eliminer l’épouvantail sécuritaire et surmonter la crainte du verdict électoral (14/16). 

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