Lors de la constitution du gouvernement Benkirane, les observateurs avaient remarqué avec satisfaction, que l'architecture gouvernementale avait innové, notamment en adjoignant au ministère chargé des Relations avec le Parlement, la mission d'assurer également les relations avec la société civile.

Dans ce cadre et pour établir leur plan d'action et leur politique, les responsables de ce département ont conçu la notion de société civile au sens large. Non pas uniquement la société civile à l'intérieur du Maroc dans sa diversité et sa richesse, mais en prenant en considération également l'existence de la dimension de cette société civile parmi la communauté marocaine résidant à l'étranger, à travers notamment de multiples ONG, couvrant plusieurs pays, diverses générations et avec des attentes et des préoccupations très différentes.

Nous avons en effet parmi les citoyens marocains à l'étranger des associations culturelles, de droits de l'homme, de sportifs, sociales, de femmes, de jeunes, de recherche, de parents d'élèves, de retraités, de développement, de diplômés, de compétences diverses. Ces associations ont également besoin parfois d'être mises à niveau, de resserrer les rangs et de se transformer en regroupant leurs potentialités et leurs énergies dans une action fédératrice de la diversité.

Dans cet esprit, on ne peut que se réjouir du fait que le Dialogue national sur la société civile, lancé dernièrement, ait tenu compte de cette réalité et n'ait pas exclu une fois de plus les citoyens marocains à l'étranger. Précisons que ce dialogue national s'inscrit en droite ligne des dispositions de la nouvelle Constitution, qui a consacré à la société civile un rôle prépondérant dans la vie publique, le contrôle du gouvernement et la confection des lois. Il s'agit maintenant de procéder à un état des lieux de ce tissu associatif et d'établir les règles de fonctionnement de cette démocratie participative, en concevant notamment l'arsenal juridique adéquat et les modalités de fonctionnement du tissu associatif, en encourageant la vie associative dans son pluralisme et sa diversité sans immixtion ou ingérence et ce, en respectant l'autonomie et l'indépendance de chaque organisation.

Les MRE sous-représentés au sein de la commission nationale pour le dialogue social

Cependant, force est de constater que les Marocains résidant à l'étranger, sont très insuffisamment représentés au sein de la Commission nationale pour le Dialogue social récemment mise en place. Si au départ ,il devait y avoir deux membres sur un total de trente, ce qui est déjà peu, le chiffre global de la commission a été porté à soixante dix, mais en n'augmentant nullement celui des Marocains résidant à l'étranger, représentés en définitive, parité oblige, par une juriste marocaine vivant aux États Unis d'Amérique( Leila Hanafi) et un acteur associatif venant de la région parisienne, en l'occurrence le président d'une des associations MRE dynamiques en France, à savoir Cap Sud MRE (Salem Fkir).

Par ailleurs, si l'implication d'un certain nombre de ministères et d'institutions nationales s'est avérée nécessaire, compte tenu de la thématique traitée, on regrettera que le tissu associatif ait été proportionnellement marginalisé.

Le cas du CCME
S'agissant maintenant des institutions nationales, le choix de la désignation de la personne représentant l'institution a été laissé à juste titre à l'initiative de sa présidence, mais le cas du Conseil de la Communauté marocaine à l'étranger, pose un sérieux problème. Le numéro 3 du CCME a t-il été réellement choisi par sa hiérarchie, ou bien s'est t-il auto-désigné, compte tenu du vide constaté à l'heure actuelle au sein du Conseil (en raison notamment du cumul de mandats du président) et des multiples dysfonctionnements que l'institution connait?!

Toujours est-il que le choix de sa représentation décrédibilise la commission nationale, dans la mesure où la personne en question, de par l'action et la politique menée, est largement contestée au niveau de sa gestion du CCME, sauf par certains acteurs associatifs depuis le "Sommet de Casablanca" du 15 septembre 2012, organisé pour renforcer son camp dans la course à la présidence, moyennant la défense d'une conception déterminée de la composition du futur CCME constitutionnalisé....

D'autres raisons sont à prendre en considération dans l'absence de pertinence et d'objectivité de ce choix, en liaison avec la nature de la mission confiée à la commission nationale.
  1. En tant que l'un des responsables principaux de la crise multiforme vécue par le CCME, qui n'a pas tenu d'assemblée générale annuelle depuis celle de lancement en juin 2008 et qui n'a présenté aucun avis consultatif ni rapport stratégique durant plus de cinq ans de son existence.
  2. Du dédain et du mépris public pour les ONG de l'émigration qu'a toujours eu ce numéro 3 du Conseil. Or la consultation à mener en direction de la communauté marocaine à l'étranger, nécessite que cette communauté ait confiance dans les artisans de cette consultation.
  3. Responsabilité centrale partagée avec les deux autres membres de la direction (président et secrétaire général) dans l'échec des résultats concrets du CCME et des dérives apportées à la démocratie participative. A titre d'exemple, on peut noter l'obstruction délibérée mise devant le groupe de travail "citoyenneté et participation politique" relevant du Conseil, pour mener des consultations pluralistes, honnêtes et objectives avec la communauté des citoyens marocains à l'étranger, en vue de préparer des projets d'avis consultatifs dans les domaines de sa compétence. Or ces consultations n'ont jamais pu avoir lieu, pour cette raison en particulier.
  4. Confiance trahie (en tant que consultant) lors des consultations menées par l'ex-CCDH pour préparer l'avis consultatif concernant la mise en place du CCME en 2007, dans la mesure ou la position des ONG de l'émigration et celle des partis politiques marocains a été falsifiée. Deux témoignages écrits ont été publiés en leur temps, dont un livre par l'auteur de ces lignes, intitulé "Conseil (non supérieur), hogra des mouhajirines. Les quatre vérités !"
  5. La participation à cette commission nationale risque par ailleurs d'être instrumentalisée dans un sens donné, dans la préparation du futur projet de loi concernant le CCME constitutionnalisé.
Pour toutes les raisons développées jusqu'ici, des ajustements sont souhaitables au niveau de la composition de la commission nationale, dans l'intérêt de la réussite de sa mission, qui nécessite objectivité, crédibilité et confiance. De même, à notre sens, la vigilance méthodologique s'impose au niveau de la présidence de la commission nationale, qui ne peut donner carte blanche au CCME pour mener les consultations concernant les citoyens marocains à l'étranger et pour tirer les enseignements nécessaires.


Abdelkrim Belguendouz
Chercheur spécialisé en migrations









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