Le 47ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, célébré aujourd'hui dans le monde entier, nous donne l'occasion d'aborder la question sous un aspect particulier, celui des migrants, et notamment les droits de l'Homme concernant la communauté marocaine à l'étranger, sans oublier ceux des immigrés qui sont dans notre propre pays.

La question des droits de l'homme est devenue tellement sensible que l'Union Européenne par exemple, où sont établis plus d'un million de Marocains, fait du respect des droits de l'Homme une condition essentielle à la coopération avec les pays tiers et invoque même à cc sujet, le droit d'ingérence. Ceci est explicitement mentionné dans les nouveaux accords de partenariat entre l'Union Européenne et la Tunisie (juillet 1995), l'Union Européenne et le Maroc (paraphé en novembre 1995). La déclaration de Barcelone, adoptée le 28 novembre 1995, lors de la Conférence Euro­-méditerranéenne, porte également l'empreinte de cette exigence de l'Europe.

Rappelons en cc qui nous concerne, que le respect des droits de l'Homme n'est pas une vitrine pour l'extérieur, ou pour faire plaisir à quiconque. C'est une exigence interne, la résultante d’une forte demande des forces vives marocaines et le produit de luttes endogènes.

L'Europe est également interpellée
Mais, puisque les droits de l'Homme doivent être envisagés dans leur globalité et que nous partageons avec l'Europe certaines valeurs communes, précisons qu'avec le nouveau partenariat, il y a bien matière à réflexion, voire à controverse, et donc à ajustement réciproque.

La finalité du partenariat proposé par l'Europe, doit partir d'une certaine conception du développement, un développement émancipateur sur les plans politique, social, et culturel :
  • Au plan politique, dans le sens du respect des droits de l'Homme dans les pays de l'Union Européenne, en ce qui concerne les droits des migrants et des minorités ethniques. Il s'agit notamment du respect de la dignité et de la sécurité des migrants, de la lutte contre le racisme et la xénophobie, d'améliorer les conditions de vie et de travail des communautés immigrées en Europe et de supprimer les discriminations, en réalisant l'égalité de traitement.
  • Au plan social, dans le sens du respect des droits fondamentaux, des principales chartes et conventions internationales et européennes, qui ne sont pas souvent appliquées, s'agissant des immigrés en Europe. Les pays européens devraient également signer et ratifier la Convention Internationale sur la Protection des Droits de tous les Travailleurs Migrants et des membres de leur famille, adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1990. Les pays de l'Union Européenne devraient signer cette convention le plus tôt possible, comme l'a fait le Maroc, pour qu'elle atteigne le quorum requis de vingt pays signataires, permettant l'entrée en vigueur de la convention.
  • Au plan culturel, dans le sens de l'instauration dans l'Union Européenne d'une société multiculturelle et plurielle, capable d'accepter en son sein la diversité, et d'en faire un atout dans les dialogues entre les peuples, dans la coexistence entre les minorités ethniques, et dans la reconnaissance des droits des migrants et des populations issues des minorités. Il s'agit notamment de protéger l'identité culturelle et nationale des jeunes immigrés maghrébins en Europe, de reconnaitre un statut à la langue arabe en Europe, de protéger la liberté religieuse en respectant l'Islam en Europe et d'accorder toutes les facilités aux minorités musulmanes sans procéder à l'amalgame, l'Islam étant par essence tolérant et pacifique.
Absence d'une véritable politique du gouvernement
Mais le respect des droits de l'Homme, s'agissant des communautés immigrées établis en Europe, n'est pas uniquement du ressort des États européens et de l'Union Européenne. La protection et la promotion de ces droits, interpelle également les États d'origine, et en premier lieu le gouvernement marocain.

Cependant, force est de constater le peu de cas qui est fait actuellement de cette dimension essentielle par le sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères, chargé des Affaires de la Communauté Marocaine à l'étranger. Qu'est devenu par exemple le projet de convention établi par l’ancien ministère des Affaires de la Communauté Marocaine à l'Étranger et destiné à réaliser une coopération avec le ministère des Droits de l'Homme et la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant à l'Étranger, dans le domaine de la protection et de la promotion des droits de l'Homme pour la Communauté Marocaine à l'étranger !?

Pourquoi les nouveaux responsables du département, devenus entre-temps sous-secrétaires d'État, ont-ils abandonné cc programme d'actions correctives pour réparer les dommages subis par nos compatriotes émigrés, et mener des actions de prévention dans le temps, en liaison et en concertation étroite avec les O.N.G. marocaines représentatives et crédibles !?

De manière plus générale, comment expliquer l'absence actuelle de vision et de courage politique au niveau gouvernemental, pour tout cc qui devrait constituer une véritable politique en direction de la communauté marocaine à l'étranger ! ?

Cela dit et s'agissant des droits de l'Homme, il ne faut pas parler uniquement des Marocains et des Maghrébins en Europe, mais évoquer aussi le statut de nos compatriotes dans certains pays arabes du Moyen-­Orient, voire même du Maghreb, qui vivent une situation de non droit, d'infra-droit.

Et chez nous ?
Il faut également voir chez nous-mêmes au Maroc, où la situation de certains étrangers et en particulier des Africains sub-sahariens, n'est pas si rose. Certes, nous partageons avec d'autres peuples africains l'histoire et parfois même la religion, et nous disons souvent que nos racines sont étroitement attachées aux sources et aux valeurs africaines et pourtant, le comportement de certains Marocains à l'égard des Africains subsahariens est écœurant et inadmissible.

Certains africains au Maroc ne se plaignent-ils pas d'agressions, d'insultes, voire même de violences physiques ? N'y a-t-il pas des dérapages intolérables qu'il faut combattre, des mots insultants qui blessent la dignité des personnes concernées, tels que « nègres», « azzi », « drawi » ! ?

Les droits de l'Homme forment un tout indivisible et on devrait par conséquent voire cc qui se passe également chez nous. S'agissant des migrants marocains, il ne faut pas là aussi jeter la pierre à l'Europe en la diabolisant, mais interpeler également nos responsables.

Abdelkrim Belguendouz
















 
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