Comme à l’accoutumée, lors de ses visites à l’étranger, Sa Majesté le Roi a tenu, à l’occasion de son voyage officiel en France, à recevoir les représentants de la communauté marocaine installée dans ce pays pour s’enquérir de sa situation, nouer un dialogue rapproché et direct et prendre un certain nombre de décisions en sa faveur.

L’accueil réservé mercredi dernier au Souverain par la communauté marocaine en France, de confession musulmane ou juive, a été enthousiaste, débordant de chaleur et d’attachement aux valeurs sacrées du pays.

Sa Majesté a tenu d’abord à exprimer sa grande joie pour cette rencontre, et à dire toute sa fierté à propos des témoignages des plus hauts responsables français concernant le comportement exemplaire et la très bonne réputation dont jouissent les Marocains en France.

Le Président Jacques Chirac n’a-t-il pas déclaré en effet, lors du dîner d’Etat à l’Elysée, offert en l’honneur du Souverain, que :
« la France ne peut qu’être un partenaire privilégié du Maroc dans la promotion d’un islam ouvert et tolérant. Dans cet esprit, je souhaite comme je l’avais fait à Rabat l’été dernier, saluer les nombreux Marocains qui vivent aujourd’hui en France et dont j’ai déjà eu l’occasion de dire qu’ils étaient les hôtes bienvenus de la République. Celle-ci ne tolérera pas qu’il soit porté atteinte à leur sécurité ou à leur dignité ».
Par ailleurs, lors de l’accueil chaleureux réservé par l’Assemblée Nationale Française à Sa Majesté le Roi, M. Philippe Séguin, président de l’Assemblée, a rendu un hommage émouvant à tous les Marocains qui ont combattu en France, et payé le tribut du sang, pour que ce pays retrouve sa liberté avec d’autres pays européens :
« Et comment, dès lors, ne pas dire à nouveau, cinquante et un an après, dans cet hémicycle et devant Vous, notre respect et notre reconnaissance pour ces magnifiques soldats marocains qui s’illustrèrent dans les Flandres, à Cassino, sur le Garigliano, en France, sans jamais ménager leur peine ni reculer devant les sacrifices pour nous aider à reconquérir notre liberté ».
Comment ne pas citer également ce passage du discours de bienvenue de M. Tiberi, Maire de Paris, lors de la réception solennelle de S.M. le Roi ? :
« Ces relations sont aussi confortées par la présence en France d’une importante communauté marocaine travailleuse et j’insiste sur ces points, respectueuse des lois de la République, tout en restant très attachée à son pays ».
Ainsi, les plus hautes autorités de l’Etat et représentants de la nation française, ont manifesté respect et considération envers la communauté marocaine en France, son apport indéniable dans le passé et dans le présent, redressant ainsi de manière positive - et ce n’est que justice – l’image, les préjugés et les stéréotypes qui sont entretenus par certains milieux racistes et xénophobes.

Des décisions importantes
C’est également non seulement pour répondre aux besoins spirituels des Marocains en France, mais aussi pour conforter et renforcer l’image de l’Islam tranquille, accueillant et convivial, loin de « l’islamalgame », que le Souverain a annoncé sa décision de faire don d’une parcelle de terrain pour la construction d’une grande mosquée en région parisienne.

Une autre décision, pleine de sens et de symbole, chaleureusement accueillie par l’assistance, a été annoncée par S.M. le Roi :
« Pour vous montrer, à vous mes enfants résidant en France, combien notre sollicitude est grande et nos liens étroits, nous avons décidé de confier, dès notre retour, par la grâce de Dieu, la présidence de la « Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant à l’Etranger » à notre fille dévouée Lalla Meryam ».
Voilà une décision très bienvenue qui permettra de mettre de l’ordre dans cette institution, la restructurer et la dynamiser, pour qu’elle réponde concrètement aux objectifs qui lui ont été assignés depuis sa création il y a plusieurs années, et savoir être au service et répondre aux divers besoins (culturels, religieux, sociaux, éducatifs, etc) de la communauté marocaine à l’étranger.

Cette décision royale permettra, sans nul doute aussi, de dynamiser et de relancer l’action du sous-secrétariat d’Etat chargé des Affaires de la Communauté Marocaine à l’Etranger.

Un département à dynamiser

En effet, la communauté marocaine à l’étranger avait été gratifiée au début de cette décennie, d’un ministère jouant le rôle d’interlocuteur, amorçant et insufflant un certain nombre d’actions avec les acteurs dans le domaine social, socio-éducatif, religieux, économique, de la communication et bien d’autres aspects.

Tout n’était pas parfait bien entendu, mais il faut reconnaître aux anciens responsables de ce département, le mérite d’avoir mis en place un instrument d’intervention et lancé des actions dans diverses directions, tendant à créer un climat de confiance chez les membres de la communauté marocaine à l’étranger.

Mais depuis un an et demi, à la faveur de la relégation du département de statut de ministère délégué auprès du Premier ministre à celui de sous-secrétariat d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, des régressions manifestes peuvent être observées.

Le capital de confiance auprès de la communauté marocaine à l’étranger s’est largement émoussé, et on peut même parler de crise de confiance, créant un fossé avec les émigrés, au lieu que le département soit un trait d’union avec la mère-patrie, comme voulu officiellement.

Alors que le département créé en été 1990 a des attributions et prérogatives précises, fixées par un texte, on assiste depuis plus d’un an à une sorte de braderie, de désistements systématiques et de retraits multiples, faisant perdre au département sa raison d’être, et créant parmi les fonctionnaires - qui ne demandent qu’à travailler - un mécontentement, un marasme, une ambiance démobilisatrice et triste.

C’est ainsi que les nouveaux responsables, plus préoccupés de placer leurs proches (politiquement notamment), que de dynamiser l’action du Département et celle de la Fondation, ont préféré l’immobilisme, l’absence d’actions, et de se décharger sur d’autres structures, s’agissant aussi bien de l’enseignement de la langue arabe ou de l’encadrement religieux, que des colonies de vacances ou de l’assistance juridique, voire même de l’opération transit, dont on voudrait confier l’opération aux provinces.

Ce que l’on constate par conséquent maintenant, c’est une véritable dislocation du département et un désistement systématique concernant des attributions. Il y’a aussi l’absence de toute action ou de politique tracée par le Département. Ce que nous regrettons, c’est non pas une orientation donnée qui peut être discutable, mais c’est l’absence de programme et de vision.

Cette situation nous parait très préjudiciable en fin de compte à la communauté marocaine à l’étranger qui reste, comme vient de le démontrer la visite royale en France, un élément stratégique et un domaine d’intérêt national.

Notre devoir à « Al Bayane », est de le dire modestement.

Abdelkrim Belguendouz




 
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