A quelques jours de la célébration, le 6 novembre 2014, du 39ème anniversaire de la glorieuse Marche Verte, nous publions dans la rubrique « Dakira », une série de textes que l’on pourrait regrouper sous le thème « les TME (Travailleurs Marocains à l’Etranger) et la lutte pour l’intégrité territoriale du Maroc ».

Dûs à Abdelkrim Belguendouz, qui achevait à ce moment là à l’Université de Grenoble en France, une thèse d’Etat en sciences économiques sur l’émigration marocaine, les quatre textes que l’on reproduira à partir d’aujourd’hui, constituent un témoignage parmi tant d’autres, de la lutte citoyenne et patriotique de la communauté marocaine résidant à l’étranger pour la réalisation et la sauvegarde de l’intégrité territoriale du Maroc. 

Faire face notamment à l’entreprise de propagande et de mystification de « l’Amicale des Algériens en Europe », courroie de transmission et de répression du pouvoir algérien et expliquer à la population et aux acteurs divers locaux la nature exacte du problème, tel était en particulier l’objet de l’action menée.

Le cinquième texte datant du 13 août 1991 et qui sera publié le 5 novembre 2014, militait pour que les citoyens marocains à l’étranger soient associés et impliqués étroitement dans la défense de la cause nationale, dans le cadre de la « diplomatie parallèle », avec la nécessaire mise en pratique d’un plan d’action et de communication.
Wakeup-info

[ Le dernier numéro de la revue « L’Algérien en Europe » du 1er au 15 novembre 1975, édité à Paris, a publié une déclaration de « l’Amicale des Algériens en Europe » concernant le Sahara (reprise par « El Moujahid » du 12 novembre) et une étude « de fond » sur le même thème. On ne s’étendra pas sur cette dernière, qui ne contient que des allégations délirantes et calomnieuses à l’égard de notre peuple et de ses organisations patriotiques, nationales, progressistes et révolutionnaires, qui ont « trahi leurs idéaux » et « abdiqué » pour le simple fait d’œuvrer à la récupération d’une partie de notre territoire spoliée par le colonialisme franquiste.

De ce fait, le parti de la classe ouvrière marocaine, des paysans pauvres et artisans, se voit attribuer par les notables de l’Amicale, l’étiquette de « social-démocrate… ». Ces tirades hypocrites ne démontrent en fin de compte, que la bassesse de leurs auteurs qui osent affirmer, par exemple, qu’un officier marocain aurait révélé au journal « Le Monde », que 80% des femmes qui ont participé à la Marche, sont des prostituées. C’est là une atteinte à la dignité de notre peuple, en même temps qu’à sa vaillante armée. Atteinte d’autant plus grave, qu’elle provient de « journalistes » prétendant défendre le socialisme et se disant vouloir œuvrer pour le « Maghreb des Peuples » et non celui des Etats.

La déclaration officielle de l’Amicale dont « L’Algérien en Europe » est l’organe, part des mêmes considérations sordides. L’idée principale, c’est que toute la mobilisation unanime, constatée au Maroc à propos du Sahara, ne constitue qu’un prétexte pour perpétrer une agression contre l’Algérie « socialiste ». Dés lors, l’Amicale lance un appel à l’émigration algérienne pour « défendre les frontières de la patrie et les acquis de la Révolution de Novembre », car l’action du Maroc, en premier lieu celle des partis d’opposition, met « l’Algérie en état de légitime défense ». 

Il est rare de réussir à dire en si peu de mots autant de mensonges, lorsque l’on sait que la gauche marocaine… qui a au moins le mérite d’exister… et en premier lieu le P.P.S, a toujours soutenu les acquis progressistes de l’Algérie et la lutte anti-impérialiste que l’Algérie a réellement menée en son temps.

Le seul reproche qui est adressé à ses dirigeants maintenant en ce domaine, c’est de renier justement les principes de la lutte anti-impérialiste, dans la mesure où, quoi qu’en disent ses plus hauts responsables, ils ont des visées annexionnistes sur le Sahara marocain.

Autrement, on comprendrait mal la hargne qu’ils mettent à l’accord conclu entre le Maroc, la Mauritanie et l’Espagne, pour le simple fait que l’Algérie n’y pas été associée. Mais ces mensonges de l’Amicale ne sont pas faits pour nous surprendre, lorsqu’on connaît la nature de celle-ci et les buts qu’elle vise.

Ce qu’est l’amicale
« L’Amicale des algériens en Europe » constitue, en effet, un des instruments de répression du Pouvoir en Algérie. Depuis le coup d’Etat du 19 juin 1965, baptisé pompeusement de « réajustement révolutionnaire », on assiste à une suppression de fait des libertés d’information, de réunion et de manifestation. De plus, on assiste à des emprisonnements, assignations à résidence comme celle du patriote Ben Bella, expulsions, voire assassinat des militants jugés dangereux (que sont devenus tous les chefs historiques du premier soulèvement de la Révolution Nationale en Algérie ?).

C’est dans ce cadre, que l’on comprend la « normalisation » et les mises au pas successives du secteur autogéré notamment dans l’agriculture, F.L.N, U.N.F.A (femmes) U.N.E.A (étudiants, fondue maintenant au sein de l’Union Nationale de la jeunesse Algérienne), mais aussi de « l’Amicale des Algériens en Europe » pour les travailleurs émigrés.

L’Amicale constitue ainsi un des moyens qu’utilise le pouvoir algérien pour briser toute velléité d’organisation autonome des travailleurs émigrés, en faisant la chasse aux opposants. Elle a pour rôle également d’organiser la paralysie politique des travailleurs émigrés, voir même syndicale, puisque l’Amicale veut détenir le monopole de la représentativité des travailleurs algériens, ce qui constitue pour le moins une flagrante contradiction avec ses prétentions « socialistes », en ignorant jusqu’au principe de la solidarité ouvrière internationale.

Dés lors, l’Amicale est mal venue pour parler au nom des travailleurs émigrés algériens et encore moins de donner des leçons de patriotisme aux travailleurs émigrés marocains, en leur conseillant de :

« se désolidariser d’une campagne chauvine dirigée par la féodalité et la bourgeoisie marocaine contre l’Algérie socialiste ( !) et visant à les détourner de la lutte pour leurs droits sociaux ».

Avant de se poser comme directeur de conscience, et donneur de leçons, à la fraction émigrée de la classe ouvrière marocaine, l’Amicale devrait d’abord regarder vers elle-même. Depuis quand représente-t-elle les véritables intérêts des travailleurs algériens émigrés, pour prétendre parler de droits sociaux ? Depuis quand également a-t-elle été le catalyseur ou l’instigateur des luttes ? Cette Amicale, dirigée à partir d’Alger, par l’intermédiaire des consulats et de bureaucrates confortablement installés en Europe, joue en fait un rôle policier, pour museler la communauté ouvrière émigrée algérienne. Son rôle est donc répressif et ne se distingue pas tellement d’autres amicales fantoches, comme celle des Marocains en France, et celles encadrant les Marocains en Belgique, Hollande et Allemagne Fédérale.

Loin de diriger la lutte pour la revendication des droits sociaux des émigrés algériens, le rôle de ces bureaucrates et notables de l’Amicale, ne consiste au contraire qu’à temporiser, conseiller la « modération », la « pondération », si ce n’est la soumission aux travailleurs algériens au moment de leurs luttes.

Ceci afin de ne pas ternir l’image de marque du Pouvoir algérien qui a exporté « sa » main-d’œuvre pour se faire exploiter par les capitalistes européens. Belle option « socialiste » en effet, que de continuer à exporter les forces vives du pays. Certes, l’Algérie a suspendu l’émigration vers la France, mais ceci n’est que provisoire. Ce n’est pas un arrêt définitif, ni total, dans la mesure où elle continue vers d’autres pays et où on attend la levée de l’interdiction par le gouvernement français sur l’immigration en France, pour reprendre le mouvement.

Responsabilités post-coloniales
On répondra peut être aussi qu’à la veille de l’indépendance de l’Algérie, arrachée de haute lutte par le peuple algérien frère, avec sa composante émigrée en France, et le soutien, notamment du peuple marocain et du peuple tunisien, l’émigration constituait un legs, un héritage de la colonisation. Mais on ne peut invoquer cet argument indéfiniment, car c’est méconnaître les responsabilités du gouvernement algérien, spécialement depuis juin 1965, dans l’intensification du phénomène.

Et aujourd’hui, pour tenter de « résoudre » le problème du chômage, le même gouvernement fait appel au capitalisme international, pour faire de l’Algérie une base de l’industrie de sous-traitance, répondant non pas aux besoins de la population algérienne, mais à ceux des monopoles internationaux. Voilà une autre option « socialiste » du Pouvoir Algériens, pour édifier ceux qui ne le savaient pas.

Tous les acquis, faut-il le rappeler, ont été arrachés par les travailleurs émigrés algériens, organisés au sein des syndicats combatifs français comme la C.G.T et la C.F.D.T. C’est cette solidarité active dans la lutte par l’ensemble de la classe ouvrière en France, sans distinction de nationalité, qui a donc permis d’arracher des acquis et nullement l’ « action » des nantis de l’Amicale. Rappelons seulement pour mémoire la lutte tenace des travailleurs algériens, marocains et tunisiens aux usines Pennaroya, avec la solidarité active de leurs camarades français et les autres travailleurs immigrés, malgré les appels insistants à la modération de l’Amicale et les intimidations policières de ses agents.

Les travailleurs émigrés algériens savent donc faire la différence entre ceux qui les aident dans la lutte pour leurs revendications et ceux qui cherchent au contraire à les détourner. Or l’Amicale ne cherche à encadrer et à « mobiliser » la totalité des travailleurs algériens que pour les immobiliser. Par conséquent, ces bureaucrates ne sont nullement habilités à parler en son nom.

La communauté algérienne en Europe, qui sait ce qu’a couté pour elle la lutte pour la libération nationale de l’Algérie, ne peut être que solidaire des travailleurs marocains qui luttent actuellement, avec l’ensemble de leur peuple, pour le parachèvement de l’unité territoriale du pays. Elle ne tombera pas dans le piège de l’Amicale, repris malheureusement par la presse démocratique en France, qui tente d’accréditer l’idée qu’il y a un régime socialiste en Algérie et que l’action actuelle du Maroc, ne vise en fait qu’à renverser celui-ci. ]

Abdelkrim Belguendouz
« Al Bayane » n° 284,
28 novembre 1975





 
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