Selon Reporters sans Frontières (RSF), en 2020, 21 pays africains sur 48 apparaissent encore en rouge ou noir sur la carte du Classement mondial de la liberté de la presse. La situation de celles et ceux qui tentent de produire des informations est difficile, voire critique. La décennie à venir sera décisive pour l’avenir du journalisme sur le continent. 

Procès sans fin au Maroc, interpellations régulières et détentions provisoires prolongées en Algérie, médias libyens qui se transforment en acteurs du conflit armé…. Dans cet environnement de travail qui se dégrade un peu plus pour les médias et les journalistes d’Afrique du Nord, la Tunisie poursuit sa transition démocratique, malgré des réformes retardées dans le secteur médiatique. 

Avec cinq places en moins, l’Algérie (146e) enregistre la plus forte baisse dans la région. Il est vrai que les journalistes algériens ont été mis à rude épreuve depuis le début, en février 2019, du “Hirak”, le mouvement de protestation populaire. Les interpellations et intimidations de la part des services de sécurité se sont multipliées et accentuées au fil des mois de contestation. L’arrêt des manifestations pour cause d’épidémie de coronavirus n’a pas permis de mettre un terme à la mise sous pression des journalistes. Au contraire. Le directeur du site d’information Casbah Tribune, Khaled Drareni, également correspondant de TV5 Monde et de RSF en Algérie a été jeté en prison le 29 mars, près de Blida, région en principe confinée car devenue l’épicentre de l’épidémie de coronavirus en Algérie. Mis en examen pour “incitation à attroupement non armé et atteinte à l’unité nationale”, il risque jusqu’à dix ans de prison. Autre cas emblématique de journalistes sanctionnés pour leur couverture des manifestations du Hirak, celui du correspondant de la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen, Sofiane Merakchi, collaborateur de France 24 et RT. Premier journaliste à être incarcéré depuis le début du mouvement pour “introduction d’équipements sans licence et évasion douanière”, emprisonné depuis fin septembre 2019, il a été condamné à huit mois de prison ferme. 

Le Maroc (133e) remonte de deux places au Classement 2020. Une légère progression qui s’explique notamment par la création d’un Conseil de presse, même si celui-ci n’a pas encore contribué à créer un environnement de travail apaisé pour les journalistes et les médias. Les pressions judiciaires persistent. Outre les procès qui se poursuivent depuis des années contre plusieurs acteurs des médias, de nouvelles actions en justice ont été intentées contre les journalistes et de lourdes condamnations ont été prononcées. L’éditorialiste et rédacteur en chef du journal arabophone Akhbar al-Yaoum, Taoufik Bouachrine, a ainsi été condamné à 15 ans de prison ferme et à 255 000 euros d’amende, alors qu’il a toujours nié les accusations portées contre lui et qu’il dénonce un "procès politique". Alors que cette peine est sans commune mesure, le journaliste et défenseur des droits humains Omar Radi a lui été condamné à 4 mois de prison avec sursis pour un simple tweet dénonçant une décision de justice. 

Affaiblissement de l’état de droit, violences, crise numérique et économique : pour exercer leur métier, les journalistes européens sont de plus en plus nombreux à prendre des risques et faire face à des menaces multiples. 

Les journalistes se retrouvent aussi confrontés aux violences des forces de l’ordre ou des manifestants comme en France (34e, - 2) où, dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, de nombreux journalistes ont été blessés par les tirs de LBD (lanceurs de balles de défense) ou de gaz lacrymogène des forces de l’ordre, et agressés par des manifestants en colère. Ce phénomène qui se développe partout en Europe est aussi la conséquence des campagnes de haine et de la perte de confiance de la population envers la profession. En Espagne (29e), l’inquiétante percée du parti d’extrême droite Vox et les agressions commises contre les journalistes par ses militants sont venues s’ajouter aux violences perpétrées par les indépendantistes lors des manifestations en Catalogne. En Autriche (18e, - 2), en Italie (41e, + 2) et en Grèce (65e), l’extrême droite s’en prend régulièrement aux reporters sur le terrain, dans un contexte d’hostilité croissante envers les migrants.







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