Interview de Pierre Jovanovic à propos de la crise sanitaire mondiale et tout particulièrement, la situation en France. 

Quelle est la situation générale en France ?

Pierre Jovanovic : En ce moment même, la France est confrontée à deux problèmes. Primo : le confinement qui va durer un mois. La réaction du gouvernement a été marquée par une incompétence totale, depuis le départ. Ensuite, pour corriger le tir, le gouvernement a brutalement procédé à la fermeture soudaine des commerces, comme les restaurants, sans prévenir au préalable les commerçants !

Des milliards d'euros de nourriture ont été jetés à la poubelle en un soir, vous imaginez ? C'est un rideau de fer qui est tombé sur la population. Ce gouvernement, pour des raisons x et y, a profité de la situation pour voter des lois de dictature — sous couvert d'urgence sanitaire — puisqu’il a porté la durée de travail à 60 heures pour ceux qui peuvent encore travailler pour des raisons «exceptionnelles». Secundo, cette pandémie arrive dans un moment où les banques sont en faillite à cause des taux négatifs qui les ont détruites.

Que cache cette mobilisation mondiale unique dans les annales autour d'un virus qui ne tue pas autant que les méchantes grippes de certaines années ?

Parmi mes lecteurs, j’ai des médecins et aussi des personnes qui travaillent dans les pompes funèbres, ils vous diront que ce virus tue surtout les personnes âgées et les gens fragiles. Ces personnes n'ont pas pu finir leur vie comme c’était le cas avant la pandémie. Le problème majeur pour chaque pays est le nombre maximum des malades qu'un hôpital peut gérer. Cette crise va passer, mais le plus grave est à venir : c’est «le jour d’après», parce qu’on va avoir des centaines des dizaines de milliers de faillites d'entreprises dans tous les pays du monde.

Justement, pourquoi on ne parle pas de la crise financière ? Le coronavirus sert-il de prétexte pour justifier une crise financière de grande envergure ?

En France, depuis trois semaines, on ne parle que du coronavirus, il n’y a aucune information sur la crise financière. Personne ne parle du fait que Société Générale, Crédit Agricole, Unicrédit, Monte Paschi de Sienne, Commerzbank ou Deutsche Bank sont sauvés tous les matins ! Malheureusement, le pire est à venir. Toutes ces planches à billets de la Fed, de la BCE ou ou de la BoJ sont comme la morphine : ça vous fait du bien pendant une heure, mais ça vous détruit ensuite.

Quels sont les intérêts des oligarchies derrière ces deux crises sanitaire et financière ?

On a vu avec le plan de sauvetage américain qu’il n’y a que les ultrariches qui en profitent. Deux trillions donnés aux multinationales, comme Boeing, General Motors, United Airlines, Hyatt, Hilton, etc. Ensuite ils ont décidé de donner un chèque annuel de 1 200 dollars à chaque Américain. Avec la planche à billets, le Sénat aurait pu leur donner 10000 dollars par mois, non ?

Donald Trump prévoit 6 ou 7 trillions de dollars de nouveaux financements pour faire face à la crise !
Oui, on est passé en mode trillion ! Les Américains ont déjà voté 2 trillions, mais cela ne tient pas compte de tout ce que la Fed imprime depuis septembre 2019. Ceux qui sont sauvés par les banques centrales sont avant tout les ultrariches. Les Etats-Unis ont imprimé 500 milliards de dollars le matin, et 500 milliards le soir chaque jour la semaine passée pour sauver les banques, surtout européennes, mais la Banque centrale du Liban, elle, ne peut pas imprimer 1,4 milliard en 30 jours. Beyrouth a été obligé de se mettre en cessation de paiement.

Certains pays ont été particulièrement frappés par le Covid-19 : Chine, Italie, Espagne, Allemagne ! Avez-vous une explication ?

Non, à part le tourisme, je pense à l'Italie en particulier. En revanche, en Chine, il y a un manque d’hygiène. Sur les marchés, on vous vend des serpents, des rats, des chiens, des chats, des araignées, des chauves-souris, etc. J'ai vu les vendeurs arracher la tête des serpents vivants (et venimeux) pour le donner aux clients. C'est sûr que c’est un terrain propice pour une propagation de virus. Comme les Chinois voyagent beaucoup, ils auraient transporté le virus vers toute l’Europe. Mais ce virus aurait très bien pu partir d’ailleurs. On sait qu'il était en Italie dès le mois d'octobre 2019. De toute façon, on n’a toujours pas une explication sur l’apparition de ce virus. Il y a beaucoup de controverses au sujet du Covid-19. Curieusement, en France, la chloroquine (dont parle le Pr Raoult) a été classée sur les listes des substances vénéneuses par la ministre de la Santé en décembre dernier ! Mais elle sera prescrite maintenant pour les malades touchés par le virus. Hélas, le seul fabricant français habilité à produire de la chloroquine est en redressement judiciaire. L’usine est la propriété du fonds d'investissement américain KKR, dont le PDG avait d'ailleurs financé la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron.

Des néo-prophètes, comme Jacques Attali, promettent un monde meilleur. Ils disent que la santé et l’écologie réussiront là où le commerce a échoué... Qu’en pensez-vous ?

Jacques Attali est comme la CIA. Les deux parlent de pandémies depuis des années. Dans ses interviews, Attali a parlé d’une pandémie mondiale, disant qu'elle permettrait l’avènement d’un gouvernement mondial, dont la capitale serait… Jérusalem bien sûr ! Et, incroyable, l'ancien Premier ministre anglais Gordon Brown a demandé jeudi dernier la mise en place d'un gouvernement mondial temporaire pour faire face à la pandémie ! Il faut profiter des circonstances.

Cette crise sanitaire du coronavirus ne serait qu'un prétexte pour justifier la mise en place d’un gouvernement mondial...

C’est déjà fait : ici, en France, nous sommes en dictature, c’est une dictature soft, douce, certes, mais c’est une dictature. Vous ne pouvez même pas sortir de chez vous juste pour respirer l'air frais sans disposer d'un papier écrit. C'est fou !

Le FMI aura-t-il un rôle important à jouer ?

Le FMI n’est que le bras armé des Etats-Unis qui s'en sert pour mettre les autres pays en esclavage. Demandez aux dirigeants qui se trouvent en Amérique du Sud, des pays comme le Guatemala, la Colombie, l’Argentine, le Paraguay ou le Venezuela… Surtout le Venezuela.

Voici deux jours, il s'est passé quelque chose d'inédit. Donald Trump a promis 15 millions de dollars pour l'arrestation du président vénézuélien Maduro !

Vraiment, c’est du grand n’importe quoi. De toute façon n’oubliez pas que les Américains ont déclaré que l’Amérique du Sud leur appartenait et ont interdit aux autres gouvernements d’y toucher (les Français au Mexique en ont fait les frais). Washington veut le Venezuela parce qu’il y a du pétrole, la même chose pour l’Iran. Vous savez, il y a un très bon film qui explique tout ça, basé sur les mémoires de Rober Baer qui a travaillé à la CIA pendant trente ans comme chef de station. Le film s’intitule « Syriana », et vous verrez que ce sont les multinationales du pétrole américaines qui dictent la politique étrangère des Etats-Unis.

Vous avez été au Liban dernièrement, un mot sur votre reportage ?

On va s’amuser. Beaucoup d’Algériens, entre autres, qui ont ouvert des comptes discrets dans les banques libanaises vont pleurer ou sont déjà en train de pleurer. Ils vont être «rasés» de près. Avec quatre lames...

Et dans des banques espagnoles aussi...

Exactement, je pense particulièrement à la banque Santander qui est une banque zombie. Le plus spectaculaire dans tout ça est que la crise économique était déjà là, et violente, mais là ça va être puissance mille, un feu d'artifice de faillites.

Les oligarchies américaines sont-elles prêtes à assumer les conséquences ?

Je ne sais pas, mais ce que je peux vous dire c’est qu’elles ont scié la branche sur laquelle elles étaient assises, parce qu'avec les trillions de fausse monnaie qu'imprime la Fed en ce moment à la vitesse supersonique, eh bien cela va détériorer de facto le dollar et les gens vont chercher une monnaie alternative.

Quelles sont vos prévisions quant aux prochaines semaines ?

La France est immobilisée, il y a peut-être deux personnes sur dix qui vont travailler, vous imaginez les conséquences sociales, et pour les PME ? Je pense que l’Union européenne va voler en éclats... car elle a montré qu'en réalité elle n'existait pas. Le mot «union» est totalement usurpé.

Il y aura un chômage massif ?

On l’a déjà : 4 millions d’Américains se sont inscrits au chômage cette semaine, en France, 0,7 million sont en chômage technique, idem en Espagne, Allemagne, Italie, etc. Il y aura un carnage économique.

Qu'en est-il de la relation euro-américaine ?

Tout ce que je peux vous dire, c’est que là, les cartes politiques vont être rebattues. Des gouvernements risquent d'être renversés. Ça va être tout à fait extraordinaire à observer, du point de vue de journalistes. On vit une époque absolument stupéfiante.

Pour finir, quelques conseils aux lecteurs ?

Pensez à lire mon ouvrage consacré à la République de Weimar et Hitler. Ce n’est pas une biographie, c’est un livre qui s’intitule «Adolf Hitler ou la vengeance de la planche à billets». Ce livre vous montre que l’Histoire a été réécrite, on vous dit que Hitler à pris l’Europe parce qu’il détestait les juifs, c’est entièrement faux, Hitler n’aurait jamais pu être élu maire d’un village de 300 habitants si les trois plus grandes banques allemandes n’avaient pas fait faillite en 1931, dont la fameuse banque Crédit Anstalt des frères Rothschild, aux côtés de la Dresdner Bank et de la Danat Bank.

En l'espace de 10 ans, les Allemands ont été ruinés DEUX FOIS : d'abord par l'hyperinflation de Weimar dans les années 20, et ensuite après que l'économie soit repartie à fond, par ces 3 banques qui ont explosé d'un coup en 1931... Ce fut la goutte, ou plutôt les trois gouttes qui ont fait déborder le vase ! Alors par dégoût et ras-le-bol, les Allemands ont voté Hitler en masse pour mettre de l’ordre, une fois pour toutes.

Une conclusion pour nos lecteurs ?

Beaucoup de lecteurs algériens m’écrivent car ils suivent ma revue de presse sur quotidien.com tous les lundis matin. Je les en remercie vivement et leur transmets mes amitiés en leur demandant aussi de prendre ce virus très au sérieux.

(*) Pierre Jovanovic est un journaliste économique français et directeur des éditions Le Jardin des livres. Il est l’auteur du best-seller Blythe Masters : La banquière de la JP Morgan à l'origine de la crise mondiale.



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