Le Marocain est un être pluriel, communautaire, quantitatif, extraverti, "ultrasocial". Il ne se conçoit lui-même que dans l'appartenance, voire l'allégeance au groupe (tribu, ville, quartier, famille...etc.)

En ces temps de "quarantaine", il étouffe intérieurement. On a pu voir les foules braver le confinement pour s'en aller se frotter les uns aux autres. 

Le marocain est terrifié à l'idée d'être seul. C'est un "nous" déguisé en "je". 

"Tu NOUS manques", "NOUS NOUS sommes régalés", "NOUS ne sommes pas le genre"...etc. autant de formulations linguistiques qui renseignent sur un mental qui a élu le pluriel, le "global" pour expression individuelle.

Le paraître est probablement le principal emblème de sous-développement dans notre bel Extrême-Couchant.

On préfère vendre ses meubles pour acheter le mouton de l'Aïd Al Adha; on peut s'endetter pour une décennie afin de financer un mariage princier; on peut intenter le plus long procès contre quiconque ayant écorné notre image dans le quartier…etc.

Le "m'as-tu-vu" gouverne l'imaginaire marocain : Les 4x4, les salons kilométriques interdits aux enfants, mais exhibés aux invités qui subissent ainsi "la crevaison des yeux", la prière du vendredi où l'on distribue un orphelin dirham à chaque mendiant à la sortie de la mosquée...tout cela participe de l'élection du "m'as-tu-vu" pour raison d'être ici-bas.

En vérité, ce comportement est quasiment consubstantiel à un mental où la vie pour soi est lamentablement sacrifiée au profit du regard de l'autre.

Au point que l'être se confond avec le paraître, le moi avec le regard de l'autre.

Pour se déplacer à une administration, on mobilise un ou plusieurs amis qui investissent ainsi le bureau d'un préposé. Pour un tribunal ou un commissariat, c'est pire ! Aucune confiance en soi tant cette peur de type chtonien colonise encore les entrailles de l'individu.

Virus ou pas virus, pandémie ou pas, l'émergence d'un individu libre et responsable n'est pas pour demain !

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste



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