Longtemps je me suis considéré Chinois. Et si certes, ni mes yeux ni ma peau ni ma langue ni mon passeport ne ressemblent à ceux d'un vrai Chinois, cela ne m’a pas empêché, en tant que citoyen du monde, de porter et de promouvoir, un temps soit peu, les symboles d’une civilisation que j'ai tant admiré, en l’occurrence la civilisation chinoise. 
Et croyez moi mes amis, cela ne m'a pas été du tout facile de décider de cesser d'être Chinois. Car depuis que j'ai ouvert les yeux, et les oreilles, sur ce monde, on n'a jamais cessé de façonner mon esprit dans la perspective de faire de moi un fidèle admirateur de cette grande nation qu’est la Chine, à un tel point que j’ai fini par aimer ce pays par le cœur et l’esprit. Ainsi à l'école comme à la maison, enseignants et parents n'arrêtèrent jamais un instant, durant ma formation et mon éducation, de me toujours peindre la Chine, à raison d’ailleurs, comme le pays de toutes les merveilles du monde. Jamais on ne ratait une occasion pour me citer le peuple Chinois en exemple, à chaque fois qu'il était question d’exemplarité en termes de sagesse, de respect, d'intelligence, de sobriété, de courage, de fierté, et j’en passe. Ainsi la longue et glorieuse histoire de la Chine nous est, à nous tous, si familière qu'il est impossible de ne pas se sentir coupable à l’idée de vouloir renier aux Chinois le fait qu’ils sont les seuls à avoir construit l’unique muraille au monde visible depuis l'espace, que se sont eux qui ont inventé la première machine à imprimer, qu'ils ont la meilleures médecine traditionnelle, qu’ils sont les maîtres de la route de la soie, qu’ils ont développé l'une des plus anciennes et plus complexes calligraphies au monde, et qu’ils continue de nos jours, de développer et d’améliorer une quantité d’inventions, de plus en plus utile à l’humanité toute entière et, que tout cela, ils l’ont fait avec une modestie qui rivalise avec la piété des hommes et des femmes les plus religieusement impliqués. Ainsi, face à la grandeur de ce pays, comment peut-on résister à l'envie d’être Chinois ? Et, une fois considéré comme tel, qui d'entre nous est capable de prendre ensuite la décision de cesser de l’être? C'est une question que je vous pose à vous tous qui êtes tombés amoureux de ce pays qui s'appelle la Chine, jusqu'à désirer le visiter, ou y aller travailler ou faire des études, à défaut d'en acquérir la nationalité ? C'est donc un choix très difficile de décider de prendre ses distances vis-à-vis de cette nation. Vous y conviendrez. En effet, qu'on soit Marocain, Sénégalais, Français ou même Canadien, on ne peut pas, du jour au lendemain, décider de cesser d'être Chinois, au delà des considérations très personnelles, qui peuvent être d'ordre politique, religieux, philosophique, … C’est pourquoi toute ma vie, la Chine fût pour moi un grand pays, à qui j'ai toujours souhaité plus de rayonnement et une forte présence sur la scène internationale. 

Et puis un jour, brusquement, est tombé sur nos têtes le Covid19. Un virus très puissant et mortel, contre lequel certains pays ont même déclaré la guerre et déployé des armés. Or il se trouve que ce virus qui, jusqu'à ce jour, a fait des centaines de milliers de victimes, est originaire de la Chine où il a d'abord anéanti des milliers de vies. Mais la question n'est pas de reprocher à ce pays d'avoir créé ce virus ni de l'avoir propagé, d'une manière ou d'une autre. Mon but n’est point de cogiter là-dessus. Cela nous éloignerait du sujet. Car personne n'est aujourd'hui capable de trancher sur cette problématique. Par contre, mon intention est de vous expliquer pourquoi j’ai cessé d’être Chinois. Voici les faits. Dès que l’Italie fut touchée de plein fouet par la crise sanitaire on a commencé à parler sérieusement du danger du corona virus. On commença par lui donner un nom avant de prendre de mettre en place des stratégies et des mesures historiques contre le fléau. 

Cependant, plus dangereux encore, c’est cette campagne médiatique, autour de la pandémie, largement mondialisée par les réseaux sociaux et les médias professionnels. On comprendrait bien que ces derniers aient voulu faire leur travail. Mais je trouve que les médias populaires ont provoqué le développement inquiétant d’un trafic transfrontaliers, tout comme la propagation du coronavirus d’ailleurs, d’une quantité impressionnante d'informations. Certes beaucoup de ces informations ne sont que de pures Fake news, mais d'autres, comme les enregistrements vidéos de scènes intimes et particulières, les podcasts de journaux télévisés ou radiophoniques ainsi que des films, anciens ou récents, de conférences et interviews, demeurent au contraire, authentiques et vérifiables. C’est ainsi, que tout comme vous, j’ai reçu et regardé ou lu une quantité de nouvelles dont trois sont derrière ma décision de cesser d’être Chinois. La première est portée par la vidéo d’un homme, qui serait un citoyen chinois, se filmant en train de manger des rats vivants. La seconde information a été véhiculée à travers un reportage spécial coronavirus, diffusé vers la mi-mars, par la Chaine qatarie Al Jazeera, et où des témoins ont ouvertement mis en cause le laxisme des autorités de leur pays. Enfin, la troisième information répandait la nouvelle que les musulmans de Chine étaient abandonnés à leur sort, face au covid19. Dans ces trois cas de figure, il m’étai impossible de continuer à me revendiquer de ce pays que j’ai tant vénéré et ce, eut importe si cette grande puissance économique et militaire, parviendra un jour, à faire le poids face à d’autres puissances de ce monde et les convaincre à mieux gérer notre univers. Aussi ne puis-je plus continuer à admirer un peuple qui n'hésite pas à mettre sur ses plats de cuisine du chien, du chat, du serpent, du rat vivant et je ne sais quelle autre créature immangeable, et ce, peu importe ce que ce que ce même peuple a pu produit, créé et inventé, hier comme aujourd'hui. Entre la Chine et moi il n’y aura plus d’amour. 

Aujourd'hui, en fin d'après midi, j'ai appris de la bouche d'un animateur de radio très suivi, que, '' de sources sûres les autorités chinoises venaient d'interdire la consommation de la viande des chats et des chiens.'' C'est une sûrement bonne nouvelle, peut-être pas nécessairement bonne ni heureuse pour les millions de chinois concernés, - mais pour moi, c’est trop tard, cette information ne me fera pas changer d'avis. 

Ait Melloul, 3 avril 2020

Moulay Abdellah Belghiti
Professeur de français
Université IBN ZOHR, à Agadir





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