La propagande négative et la désinformation engendrent, enracinent et réinventent la peur de la population marocaine et de même pour les migrants subsahariens. Elles cultivent la différence et le rejet et mènent vers des confrontations de plus en plus sanglantes et meurtrières. La propagande négative se construit sur des sujets qui suscitent de fortes émotions. Elle exploite trois angles d’attaque : la moralité, la concurrence économique, la différence culturelle et religieuse. 

Malgré les efforts notables de quelques journaux et magazines pour mettre en lumière le vécu des migrants subsahariens (ndlr : ce que l’on qualifie d’«illégaux») au Maroc, la propagande négative prédomine et conditionne l’information sur leur présence. Ainsi, il s’impose et de force, que l’on s’intéresse à cette propagande négative et à cette désinformation qui régulent la gestion de leur présence. Il va de soi que mettre en lumière cette manière d’agir aidera à la compréhension de ce mal-être qui s’installe et s’amplifie depuis des années. Un mal qui ronge de plus en plus deux populations en mal de cohabitation, forcée ou choisie, une cohabitation qui s’avère complètement défaillante et qui peine à générer un quelconque lien social, culturel ou humain. 

La propagande négative sur les migrants subsahariens construit sa logique sur des informations partielles, erronées et fabriquées. Elle embrigade la pensée et les agissements de la population marocaine. Elle communique d’une manière partielle sur les états de fait. Elle véhicule de fausses idées et cela, d’une manière réfléchie et consciente. Pour s’assurer de ce constat, il suffit d’interroger quelques Marocains et ainsi, se rendre compte de l’opacité qui règne sur la présence des migrants subsahariens comme réalité palpable, comme présence physique, humaine, économique et sociale. La majorité questionnée parle presque toute de leur peur, leur méfiance et leur rejet à différents degrés de cette population. Peu sont ceux qui ressentent de la compassion ou de la tolérance envers cette présence au Maroc. Leurs opinions sont forgées par la désinformation colportée par la majorité des réseaux sociaux, par des personnes, de bouche à oreille. Leurs dires deviennent presqu’un «rabâchage». 

Les différentes personnes sondées, dans le cadre de notre enquête, n’ont pu identifier la source de l’information diffusée ou sa fiabilité. Cela laisse mesurer aussi, la dureté de cette certitude implacable qui déshumanise cette population dont il est question. Donc, au moment où on s’attend plutôt à une forme d’empathie, on se retrouve sévèrement exposé à un sentiment de répulsion populaire qui s’amplifie. Si l’on se sent désarmé face à cette montée de rancune sociale, il est toutefois important, que l’on réalise combien cette propagande peut mettre les migrants subsahariens en porte- faux dans le contexte marocain actuel. 

La propagande négative concernant nos «hôtes» subsahariens opère selon des objectifs visés. Elle procède dans un premier temps à rendre la cible bien visible et repérable. Pour ce faire, elle réduit l’identité de sa cible à une «identité d’ensemble». Largement identifié. Elle privilégie dans sa démarche de déblatérer, la pluralité identitaire et d’appartenances des migrants pour les réduire à un groupe homogène global, leur attribuant une identité insolite. Ainsi, les Subsahariens sont représentés systématiquement et d’une manière répétitive, dans le discours marocain, comme une unité indivisible, avec une même appartenance, culture, statut social, situation économique et éthique et moralité. La substance de ce groupe se crée dans l’imaginaire social comme une morphologie ou une configuration primitive. Par cette dépersonnalisation du groupe, il perd sa dimension plurielle dans le discours. Les individus du groupe perdent aussi leurs qualités de personnes autonomes et à part entière. 

Le but de cette propagande négative est l’embrigadement de la population marocaine. Elle s’élabore selon un processus bien spéculé. Dans un premier temps, elle inonde la population marocaine par des informations sur la présence de ce groupe étranger. Elle fait propager des informations partielles, fausses ou exagérées. Elle procède à une mise en relation des faits pénibles, déplaisantes qui désavantagent le public cible. Elle vise d’abord à déshumaniser le groupe, à susciter la haine envers lui. Elle use de l’intox (pour faire le buzz) sur les réseaux sociaux. Elle use aussi d’un ensemble d’adjectifs dégradant de sa personne, sa race, ses croyances. Elle utilise un langage bien «astiqué» pour le réduire à l’état animalier. Elle lui attribue un agir ensemble qui va à l’encontre des intérêts de la population du pays d’accueil. Son but principal est de provoquer le dégoût et le rejet de sa personne. Elle fait en sorte que ce «portrait» taillé des migrants subsahariens soit révélé d’une manière détournée sans source identifiée. 

Et ainsi créer un obstacle à toute relation ou cohabitation possible avec lui. Le groupe visé devient ainsi, en extrême visibilité, un adversaire légitime. Par la mise en scène du groupe hostile, la propagande négative procède à la formation de l’esprit partisan chez le groupe cible et chez la population de la société d’accueil. La propagande négative fabrique sciemment un probable conflit qui se révèle de plus en plus dans le contexte marocain. Elle le légitime par la désignation des migrants subsahariens comme adversaire responsable, par la mise en doute de leur qualité morale et religieuse. La propagande attaque, toute personne qui ne se conforme pas ou n’adhère pas à sa logique. Assez souvent, elle se réfère au sacré, au religieux pour maintenir son emprise sur la population. 

La propagande négative enflamme les groupes antagonistes, voire les violentes psychologiquement. Elle fait sentir d’une manière quasi-permanente la présence des Subsahariens comme un danger, une menace. Pour ce faire, elle met l’accent sur des aspects qui sont susceptibles de causer une réaction immédiate chez les deux populations marocaines et subsahariennes et peuvent même les pousser à une confrontation. D’abord, elle porte atteinte à l’intégrité morale et physique des Subsahariens. Elle leur prête un ensemble de qualités et de comportements négatifs comme la criminalité, la déviance, la débauche, l’immoralité qui désignent «la personne migrante en soi» en tant que tel. Ensuite, elle porte atteinte à leur dimension socioéconomique, par l’extrapolation sur les buts de leur présence dans la société marocaine. Ainsi, elle les représente comme des envahisseurs, des concurrents économiquement pauvres, ceux qui viennent dépouiller la population de ses biens et de ses richesses, de «son pain». Enfin, elle les déconsidère ou les disqualifie de leur dimension religieuse, surtout ceux de confession chrétienne. 

La désinformation ravive le fanatisme national religieux et la discrimination culturelle raciale ou de couleur. La population menacée dans ses intérêts et son «prétendu confort» se radicalise et prêche l’éloignement, l’expulsion, le refoulement ou l’emprisonnement du groupe cible pour rétablir l’ordre social. La population acquiert les fondements de la propagande négative, devient agressive, insultante et agresse d’une manière directe ou indirecte les migrants. Le groupe cible, «les migrants subsahariens», se sent dans l’insécurité. En danger, il se regroupe pour se protéger et réduit sa liberté de circulation et de mouvement. Cette propagande négative sur les migrants subsahariens gagne du terrain, capte plus de Marocains et prend actuellement, la forme un discours politico-social sécuritaire. 

Hakima Laala Hamdane, 

sociologue, enseignante

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