Je découvre donc les joies du confinement. Comme un lion en cage. Je fais partie de ceux qui, jusqu’au dernier moment, ont tenté de maintenir un semblant de «normalité». Je me suis rendu à mon lieu de travail jusqu’à ce qu’on me dise que ça ne sera plus possible et que l’on me renvoie littéralement chez moi. 

J’ai fréquenté les cafés, les restaurants, jusqu’au moment où ils ont commencé à baisser les rideaux. Je me suis mêlé à des amis, et à des inconnus, jusqu’à ce que la police reçoive l’ordre de nous disperser.

Je ne suis ni inconscient, ni irresponsable. Je n’ai pas moins peur que n’importe qui. Et, plus que tout, j’aime ma femme que j’étais sur le point de rendre folle à cause de toutes mes prises de risque stupides, voire dangereuses pour moi et pour elle.

J’ai fait tout cela avec la rage du désespoir, comme si j’allais mourir demain, comme si le monde que je connais et que j’aime allait cesser d’exister. Je me suis accroché, je me suis débattu.

Chaque jour qui arrivait devenait une marche de plus vers l’inconnu, la grande peur. Le virus avançait et mon espace de liberté se rétrécissait.

J’ai abandonné, l’une après l’autre, mes habitudes, j’effaçais mes codes, mes repères, mes rendez-vous, mes priorités. Il y a encore deux semaines, je me suis refusé à aller voir mes vieux parents. Je pouvais être un danger pour et eux pour moi. «Tu les verras demain ou après demain, dès que ça ira mieux». Mais les jours passèrent et j’avais l’impression qu’ils les éloignaient davantage de moi. Aujourd’hui, et je ne sais pas pour combien de temps, je dois apprendre à vivre sans eux et eux sans moi.

Je découvre donc les joies du confinement. Comme un lion en cage.

J’apprends à m’approvisionner, à rationner mon alimentation, à mettre de l’ordre dans mes affaires, et bientôt peut-être à passer la serpillière, à faire la cuisine.

Je me sens petit, faible, impuissant, démuni, mais poussé à faire la guerre. Pas seulement contre ce virus, qui peut frapper les riches et les pauvres. C’est une guerre que je dois mener contre ma propre vanité, mon égoïsme, ma dispersion, mon formatage bidon qui vient de voler en éclats.

C’est une guerre nécessaire, et peut-être salutaire. Cette précipitation des événements, qui sont allés crescendo, je l’ai ressentie comme une claque. Une bonne claque. 

Mais j’ai de la chance. C’est une leçon d’humilité, et peut-être aussi de discipline, que je n’attendais plus.

Les Marocains sont difficiles, et moi aussi. Mais on s’adaptera, et on s’en sortira. Peut-être aussi qu’on apprendra, plus tard, à faire attention les uns aux autres. Pas le choix, de toute façon.

(PS. Une pensée très forte aux médecins, aux infirmiers, aux policiers, aux derniers commerçants, et à tous ceux qui prennent des risques pour servir les confinés que nous sommes).





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