Dans l’édition de la veille de WakeUpInfo, nous avons reproduit l’intégralité de l’importante Déclaration finale clôturant les travaux de la 8ème Conférence Ministérielle du «Dialogue 5+5 » sur la Migration et le Développement , tenue à Marrakech les 1er et 2 mars 2020, sous la présidence de Nasser Bourita, ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger. Quelle lecture peut-on faire de cette Déclaration finale par rapport aux politiques migratoires marocaines elles-mêmes ? C’est l’objet de l’édition de ce jour. 

Nos observations et commentaires
Nos remarques et observations concernent les points suivants de la Déclaration finale , en identifiant les mesures concrètes qui nous paraissent à prendre concernant le Maroc dans le domaine migratoire au sens large, c’est à dire les divers aspects internationaux de la migration pour le Maroc. 

- Points 2 et 14 : 
L’ Union du Maghreb Arabe a assisté à cette réunion en tant que simple observateur. Mais elle aurait dû jouer en amont un rôle fondamental en concevant une vision commune en matière de migration, comme le fait l ‘UE pour les 5 pays de la rive Nord de la Méditerranée Occidentale , membres du «Dialogue 5+5». Si bien que l’on peut parler non pas des 5+5, mais des 5+1+1+1+1+1...Pourtant, en dépit même de l’inertie politique de l’UMA, faute de la réunion des cinq Chefs d’Etat des pays de l’Union, rien n’empêche le Secrétariat général de l’UMA, domicilié à Rabat, de mener une réflexion approfondie sur la thématique concernée et qu’elle en fasse profiter les 5 pays membres. Or même ce secrétariat n’utilise pas la marge de manœuvre dont il dispose au plan des études et de la réflexion pour l’action . 

- Point 18 : 
Il est souligné ici «l’importance de la mise en place de politiques nationales globales et intégrées en matière migratoires ». Si le Maroc dispose d’une stratégie nationale en matière d’immigration et d’asile, pourquoi le gouvernement n’a pas encore élaboré une véritable stratégie nationale globale, cohérente et intégré en matière de Marocains résidant à l’étranger ? 

Rappelons ici l’interpellation solennelle du gouvernement par le discours du Trône du 30 juillet 2015 qui nous paraît encore valable en mars 2020 : « Nous réitérons notre appel pour élaborer une stratégie intégrée fondée sur la synergie entre les institutions nationales ayant compétence en matière de migration pour rendre ces institutions plus efficientes au service des Marocains du monde ». 

- Point 19 : 
Ici l’ensemble des signataires de la Déclaration finale «rappellent l’importance d’élaborer et renforcer des législations nationales adaptées dans le domaine des migrations, d’asile et de lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants ». Si le Maroc applique déjà depuis le 17 septembre 2016 la loi 27-14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains, pourquoi alors , dans le cadre de la «Nouvelle Politique Migratoire du Maroc » , initiée par le Roi en septembre 2013, le gouvernement n’a pas encore soumis au parlement , ni le projet de loi sur l’asile , ni le projet de loi de refonte en profondeur de la loi 02-03 sur l’entrée et le séjour des étrangers au Royaume du Maroc, à l’émigration et l’immigration irrégulières ? 

- Points 20 et 21 : 
Ici l’affirmation est faite de «la nécessité de s’appuyer sur des données précises et des analyses fiables pour enseigner des politiques migratoires efficientes et définir des stratégies concertées et ciblées, faisant de la migration une opportunité pour le développement». Par ailleurs , en saluant la mise en place par l’Union Africaine de l’Observatoire Africain des Migrations basé à Rabat,les ministres du «Dialogue 5+5 » expriment leur disposition à apporter à l’OAM «le soutien approprié pour mener à bien sa mission et appuyer le contact régulier entre celui-ci et les observatoires nationaux , régionaux et internationaux ». 

Encore faut-il qu’on ait au Maroc un véritable observatoire national fonctionnel et efficient dans le domaine migratoire, embrassant tous les aspects et volets ( immigration étrangère au Maroc et Marocains résidant à l’étranger. Qui plus est, devrait être à la hauteur des ambitions du Maroc relatives à l’Observatoire Africain des Migrations et à l’opérationnalisation de l’Agenda Africain sur la Migration , qui est un apport majeur du Royaume du Maroc à l’UA. 

Cet observatoire national de toutes les formes de migrations internationales concernant le Maroc , devrait inclure non seulement les étrangers au Maroc et l’immigration étrangère vers le Maroc, mais également l’émigration vers l’extérieur ( aussi bien celle des étrangers que celle des Marocains) et la communauté marocaine à l’étranger. Tout comme il devrait impliquer les chercheurs dans une optique multidisciplinaire compte tenu des aspects multidimensionnels des migrations , les syndicats représentatifs ou présents sur le terrain, la société civile , avec notamment un agenda national de la recherche en migration sur tous les aspects précités . 

- Point 23 : 
La coopération active relative à la «nécessité de renforcer les capacités institutionnelles des instances étatiques » en matière de migration au sens large , implique de notre point de vue, la mise à niveau de tous les leviers d’action relatifs à la migration, dont la restructuration, dynamisation et démocratisation de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, l’opérationnalisation de l’article 163 de la Constitution relatif au CCME qui connaît de multiples dysfonctionnements , la refonte de Banque Al Amal , de la CNSS s’agissant des droits sociaux des migrants , du Conseil européen des oulémas marocains concernant l’encadrement religieux des MRE.  

- Points 25, 29 , 37 et 39 : 
Au delà des vœux pieux, les 5 pays de l’UE devraient réellement faciliter la circulation des personnes , sans la conditionner à la réadmission des «sudistes». Tout comme ils devraient traiter concrètement les causes profondes du fait migratoire entre les pays d’origine, de transit et d’accueil , assurer un traitement équitable aux migrants en situation régulière dans les pays d’accueil en préservant leur dignité et en assurant le respect des droits humains, notamment en matière de lutte contre toutes les formes de discriminations , le racisme et l’islamophobie 

- Point 42 : 
Si les dix ministres se sont mis d’accord pour mettre en œuvre, sur une base volontaire, les mesures prévues par «la Feuille de route vers une opérationnalisation des conclusions de la 8ème Conférence Ministérielle de Marrakech du Dialogue 5+5 sur la Migration et le Développement » , il revient à notre sens, s’agissant du Maroc, au chef du gouvernement, Saâd Eddine Elothmani, qui préside la commission interministérielle chargée des affaires des MRE et des affaires de la migration, de faciliter la concrétisation en particulier des aspects que nous avons identifiés, en cohérence avec la signature du Maroc des conclusions et de la Feuille de route de Marrakech du 2 mars 2020 . 

Rabat, le 6 mars 2020 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 





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