Dernièrement, l’émission «Al Oâmk Almaghribi » a vu le passage de Abdellah Boussouf, secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger qui a défendu son point de vue comme responsable du CCME, sur un certain nombre de points importants relatifs au Conseil, aux droits politiques des MRE, aux politiques publiques en leur direction et à d’autres thèmes. L’émission s’est déroulée en arabe, mais le site a fait et publié également une synthèse en français sur chaque partie. 

Nous reproduisons ci-dessous la totalité de la partie consacrée à la participation politique des MRE , publiée par le site « Al Oâmk Almaghribi » en français sous le titre : « Boussouf appelle le gouvernement et le parlement à assumer leur responsabilité dans la participation politique des MRE » ( voir le lien à la fin de cette première partie) . Mais pour chacun des passages ( qui sont précédés par la référence : le site «Al Oâmk»), nous intercalons en italique nos remarques . Notre dialogue public que nous voulons franc , serein , constructif avec le secrétaire général du CCME et respectueux de la personne, se fera en 3 parties qui seront publiées successivement . Voici aujourd’hui la première. 

LE SITE « AL OÂMK» : 
Le secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’Etranger (CCME) Abdellah Boussouf, estime que le gouvernement et le parlement assument la responsabilité de priver les Marocains du monde de la participation politique. "C'est le gouvernement, dit - il, qui soumet les projets au Parlement, et les lois sont discutées et votées au sein de l'institution législative." 

NOS QUATRE REMARQUES 
Dans le cadre de notre dialogue avec le secrétaire général du CCME, nous voudrions montrer ici, preuves tangibles à l’appui, que les responsabilités dans la privation des Marocains de l’extérieur de la participation politique, incombent AUSSI au Conseil de la communauté marocaine à l’étranger . Ses responsables, à savoir la direction tripartite du Conseil (le président , le secrétaire général et l’ex-numéro 3 , «directeur général », ont tous leur part , volontaire et indéniable , dans le blocage et le maintien de l’exclusion des citoyens MRE de la jouissance effective pleine et entière de leurs droits politiques par rapport au Maroc que leur confère la Constitution. 

Ces trois responsables sont sortis de leur obligation de réserve en «militant » activement et publiquement de surcroît , pour une approche antidémocratique, dédaignable , négligeable et méprisable de la citoyenneté. Ils se sont posés comme un milieu réfractaire, des poches de résistance et des opposants farouches à cette participation. Ils ont, chacun à sa manière , mais collectivement solidaires, mené depuis la création du CCME, des campagnes et pris des initiatives multiples de décrédibilisation, de déconsidération et de délégitimation de la participation politique et de la représentation parlementaire des citoyens MRE au Maroc, à partir de circonscriptions électorales législatives de l'étranger. 

Ce trio dirigeant du CCME a considéré les Marocains résidant à l’étranger, non pas comme des citoyens à part entière, mais entièrement à part, des sous-citoyens, des citoyens incapables et mineurs politiques, manquant encore de maturité, perméables aux slogans réducteurs, à la surenchère politicienne, et mus foncièrement par des intérêts purement personnels et égoïstes... 

Exemples d’arrogance et de mépris 
Avant de revenir longuement sur ces aspects dans les deux prochaines éditions qui suivront, livrons ici quelques exemples parmi tant d’autres de l’expression de cette opposition viscérale à la représentation parlementaire à Rabat des citoyens MRE . 

Ainsi, lors d’une conférence donnée à la mi-novembre 2008 à New York dans le cadre d’une O.N.G. de Marocains aux USA, la revendication du droit à l’éligibilité parlementaire des citoyens marocains à l’étranger est considérée par le président du CCME comme une revendication «purement personnelle et égoïste», renvoyant aux «intérêts personnels de certains» (Propos tenus par le président du CCME, Driss El Yazami, dévoilés par une cassette diffusée fin novembre 2008 sur YouTube). 

Cette conception méprisable de la citoyenneté développée par le président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, trouvera même des émules à ce moment-là, ainsi que lors de l’élaboration du projet de constitution de 2011 et à bien d’autres occasions, parmi les autres dirigeants du Conseil. Ainsi, le jour même du séminaire international organisée à Casablanca par ce conseil le 18 et 19 juin 2011, le secrétaire général du CCME , Abdellah Boussouf, répondait à ceux (comme l’auteur de ces lignes), qui interprétaient l’article 17 du projet de constitution comme donnant la possibilité d’être éligible à la Chambre des Représentants,à partir des pays de résidence, sous réserve du contenu de la loi électorale qui devait suivre, que cette interprétation était de la «pure surenchère politicienne » (!) . 

La récidive a été entreprise également notamment dans la préface du secrétaire général du Conseil au livre en arabe du CCME d’octobre 2013 : « la question de la participation politique des Marocains du monde, renvoie à de multiples problématiques et défis ; cette question a été le plus souvent posée en termes simplistes à travers des slogans réducteurs qui s’interdisent de prendre en considération la complexité de ces problématiques (édition en arabe, p,7). 

De même , à l’opposé de l’approche démocratique, Driss Ajbali, directeur-coordinateur général (à l’époque) du CCME, déployait dans l’hebdomadaire casablancais «Actuel» numéro 99 du 17 au 24 juin 2011, le plaidoyer antidémocratique, arrogant et méprisant suivant. Pour lui, la représentativité dans l’une des deux chambres du parlement est loin d’être évidente. Les partisans de cette représentation «sont très peu nombreux et s’accrochent religieusement au discours royal de 2005» (!!!), comme s’il ne fallait pas garder au discours royal toute son honorabilité , sa respectabilité et sa crédibilité. 

Pour Ajbali, précise la revue qui cite les propos de l’auteur, « la participation politique ne peut être résumée en un mandat parlementaire. Et tous ceux qui veulent devenir députés aujourd’hui, ont le même profil : ils ont échoué dans leur projet de vie et d’intégration dans les pays de résidence. Ils veulent se notabiliser sur le dos des Marocains » (!!!) 

Sans autre commentaire de notre part ! 

Des arguments avariés et éculés 
D’autres arguments inconsistants et fallacieux vont des difficultés matérielles, techniques, juridiques et politiques, voir l’impossibilité d’organiser des élections législatives à l’étranger, en passant par l’absence de demande démocratique des citoyens MRE, l’antinomie avec l’intégration des MRE dans les pays d’accueil, le risque de favoriser l’extrême droite dans ces pays, etc.. 

Un condensé de cet « argumentaire » destiné à discréditer et dévaloriser la participation politique des citoyens MRE par rapport au Maroc, se trouve notamment dans le livre publié par le CCME en arabe et en français en octobre 2013 sous le titre : « la question de la participation politique et de la représentation parlementaire des Marocains du monde». 

Ce livre n’est nullement «un avis consultatif » comme ceci est propagé institutionnnellement, notamment par le secrétaire général du CCME dans ses multiples sorties médiatiques , mais il constitue un véritable plaidoyer contre cette participation et représentation. Il reflète fondamentalement le point de vue de la direction du Conseil qui a tout fait en termes d’entraves, d’obstacles et de verrous pour que le groupe de travail interne du Conseil relatif à la participation et représentation politiques des Marocains du Monde, ne fasse pas de manière ouverte, démocratique et inclusive son travail pour l’élaboration de manière objective, d’un avis consultatif en la matière , destiné au Roi. 

Ceci avait été en effet demandé par le Souverain, le 21 décembre 2007, lors de l’audience royale de nomination de Driss El Yazami et Abdellah Boussouf, respectivement président et secrétaire général du CCME, avec administrativement et matériellement le grade respectif de ministre et de secrétaire d’Etat . Les postes leur sont toujours attribués plus de 12 ans après, en dépit des résultats très médiocres du Conseil et des multiples dysfonctionnements qu’il connaît. 

Le communiqué du Cabinet Royal du 21 décembre 2007 , souligne notamment ceci : « À cette occasion, Sa Majesté le Roi a rappelé les larges attributions consultatives que le Souverain a conféré audit Conseil pour permettre aux membres de la communauté marocaine à l’étranger, où qu’ils se trouvent, d’exercer la plénitude des droits attachés à leur citoyenneté. Par ailleurs , Sa Majesté le Roi a insisté sur le devoir qui incombe au Conseil de s’attacher, en plus de l’exercice de ses attributions, à approfondir la réflexion sur l’action à mener et à œuvrer de manière impartiale, en toute responsabilité et avec la sagesse, la clairvoyance et l’ouverture d’esprit requises , en vue de soumettre à la Haute Appréciation Royale, des recommandations sur les garanties nécessaires à assurer pour que le prochain conseil choisi gagne en représentativité, ainsi que sur les conditions à réunir pour garantir une présence réelle, globale et graduelle des citoyens marocains à l’étranger , au sein de toutes les institutions nationales et de tous les secteurs d’activité du pays» . 

Le Mémorandum des «cinq » au président du CCME 
Les freins et obstacles mis au fonctionnement normal du groupe de travail, afin de formuler 2 avis consultatifs, l’un sur le prochain Conseil, l’autre sur la participation politique et représentation parlementaire dés citoyens MRE , ont entraîné notamment l’envoi au président du CCME , fin juillet 2009, d’un mémorandum au vitriol par le groupe des «cinq »( ce mémorandum est publié dans l’édition de ce samedi par WakeUpInfo dans la rubrique «Dakira») . 

Ce document montre que les raisons de la non préparation de projets d’avis consultatifs par ce groupe de travail, sont dues essentiellement à la gestion calamiteuse et très autoritaire de la présidence du CCME, à l’opposition viscérale de sa direction tripartite à la participation politique par rapport au Maroc des citoyens marocains établis à l’étranger. 

Le premier des reproches essentiels à la présidence du CCME, qui avait sur ce point comme en d’autres, l’appui inconditionnel des deux autres membres de la direction du Conseil, est le suivant : « persistance non compréhensible de la présidence du CCME dans l’ignorance concernant le droit des citoyens marocains établis à l’étranger à la participation politique, comme condition de leur exercice de la citoyenneté pleine et entière par rapport au Maroc, et refus d’inscrire cette question dans les sondages d’opinion concernant leurs attentes et aspirations, alors que celles-ci ont été prises en considération dans les discours royaux et dans le dahir portant création du CCME » . 

Une deuxième critique de fond figurant dans le mémorandum urgent est la suivante : « non-respect par la présidence du CCME de l’autonomie de fonctionnement du groupe de travail et imposition au groupe du conseiller du Président. Ce conseiller a manifesté dès le début et notamment lors du séminaire international organisé par le CCME les trois et 4 mars 2009, ainsi que lors de la discussion liée à la préparation des documents concernant les futures consultations, une attitude très rigide, un parti-pris personnel flagrant et l’absence d’ouverture d’esprit, refusant toute idée de participation politique des citoyens marocains à l’étranger à partir des circonscriptions législatives de l’étranger. Cette démarche est en porte-à-faux avec l’avis des membres du groupe de travail, en totale contradiction avec les attentes de la communauté marocaine à l’étranger et s’appuie sur une lecture erronée du discours royal ». 

Précisons ici que le président du CCME a été entouré notamment d’un conseiller spécial, professeur de sciences politiques, ex-membre du groupe de travail de l’ex-CCDH qui a préparé le projet d’avis consultatif concernant la création du CCME, ex-membre de l’Instance Équité Réconciliation (IER) .Tout comme ce conseiller a été nommé le 10 mars 2011, membre de la commission consultative de réforme de la constitution (comme on le verra dans la deuxième partie de cet article qui paraîtra demain dans WakeUpInfo) . Le second conseiller qui l’a remplacé suite à son décès, a poursuivi la réflexion et l’action, selon la même méthodologie et la même posture. 

Démission du CCME de Abdou Menebhi 
Les choses étant restées en l’état, toutes ces entraves et blocages entrepris par la direction tripartite du Conseil, ont entraîné également la démission fracassante en février 2013 du militant associatif Abdou Menebhi ( EMCEMO, Amsterdam), du poste de rapporteur de la commission citoyenneté et même du CCME (voir dans l’édition de demain dimanche de WakeUpInfo, rubrique «Dakira», sa longue lettre ouverte de démission) . 

Depuis lors, reniant leur positions antérieures et leur engagement militant dans le cadre de la plateforme «Daba 2012», qui était non seulement un espace de débat pour faire avancer le dossier politique MRE, en prévision des législatives 2012 ( devancées finalement en 2011) , mais également et indirectement, un mouvement d’opposition à la direction du CCME, réfractaire à la pleine citoyenneté des MRE, d’autres membres de la commission défendent maintenant , bec et ongles, les responsables du Conseil, en affirmant que ces derniers ne se sont jamais opposés à cette participation politique !!! 

Se référer ici à l’émission du 15 janvier 2020 de Radio 2M , en partenariat avec Yabiladi et animée par Mohamed Ezzouak, consacrée à la question de la participation politique des MRE (le lien de cette émission est fourni par WakeUp Info dans l’édition de ce jour samedi, dans le cadre de la rubrique «Dakira » consacrée au Mémorandum des «Cinq» envoyé au président du CCME) . 

Pour une politique du vrai 
Insistons pour dire que les droits politiques par rapport au Maroc, à reconnaître dans les faits aux citoyens marocains à l’étranger, ne sont pas de la surenchère politicienne , une revendication démesurée ou disproportionnée, un slogan simpliste ou réducteur, un « luxe» injustifié, mais constituent une demande démocratique légitime et des revendications citoyennes respectables à prendre en considération et à traiter avec dignité. 

Ceci nécessite une politique du vrai,du sérieux et non pas une démarche mensongère comme celle consistant à dire, au niveau de la Direction de la coopération, des études et de la coordination sectorielle, relevant actuellement du ministère délégué chargé des Marocains résidant à l’étranger, que l’on a une véritable stratégie nationale globale, cohérente et intégrée en matière de MRE, publiée d’ailleurs sur le site officiel du département, alors qu’il s’agit ici d’une véritable imposture . 

Ainsi, concernant les attentes citoyennes et politiques des Marocains résidant à l’étranger par rapport au Maroc , partant des fondements de cette « stratégie » constituée prétendument notamment par les dispositions de la Constitution rénovée de 2011, notamment l’article 17, au lieu de proposer des formules concrètes du passage à l’acte, la «stratégie» se contente de prévoir les deux mesures «stratégiques» suivantes, comme si on ne savait pas encore quelles sont les préoccupations politiques des citoyens MRE appelés ici MDM ou Marocains du monde par rapport au Maroc et comme si la Constitution , travers une interprétation démocratique de l’article 17, n’avait pas déjà tranché le problème. 

En effet, la soit-disant stratégie est encore à la « poursuite de la réflexion dans l’optique de permettre la participation des MDM à la vie politique marocaine

*Organisation de séminaires-débats autour des préoccupations politiques des MDM 
*Mise en place d’une plate-forme de recueil des attentes et propositions des MDM »(!!!) 

Ainsi, une table ronde bien élargie sur la participation politique des MRE a été organisée par ce ministère le 2 août 2017 à Rabat, mais l’enseignement principal tiré plus tard de la rencontre et utilisé comme argument par le gouvernement , face aux parlementaires qui le critiquent pour l’absence de représentation parlementaire des citoyens MRE , est le fait que ce genre de table ronde «suscite des polémiques», montre la diversité de points de vue de MRE, que «les Marocains du monde ne sont pas d’accord entre eux» sur beaucoup d’aspects concernant cette question, qu’il y a un grand fossé qui les sépare....pour ne pas passer à l’acte !!! 


Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration

Demain 2e Partie


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