Des personnes de la rive sud de la Méditerranée veulent émigrer vers la rive nord, d'autres choisissent de faire le chemin inverse pour s'installer ou se réinstaller et investir. Avant d'être des investisseurs, ceux-ci sont avant tout des hommes et des femmes avec un itinéraire culturel qui mérite le détour. 

Au-delà des raisons économiques, lorsque l'opportunité de rester en Occident est offerte, la décision de rentrer n'est pas prise sur un coup de tête. On ne les remarque pas spécialement ces investisseurs d'un nouveau genre, qui sont de plus en plus nombreux à franchir le pas du chemin vers le sud. Pour Hicham Senhaji, chef d'entreprise, qui a passé treize ans à l'étranger, entre la France et les USA, rentrer au pays permet à ses enfants de grandir et de « se sentir Marocains » à côté de sa famille installée au Maroc. La motivation suffit-elle ? Quand on part tôt à l'étranger, le rêve du retour est toujours présent dans un petit coin de son cœur. L'envie de retrouver des valeurs essentielles, qu'on suppose en retrait en Occident, comme le respect des anciens, l'hospitalité et la convivialité, est très forte. Mohamed Khatiri, chef d'entreprise a lui grandi en France, ses parents y sont toujours. En rejoignant son frère Majid, qui a franchi le pas avant lui, pour s'installer à Casablanca, il a pu retrouver les senteurs et l'ambiance culturelle que les enfants de migrants se remémorent en accompagnant leurs parents en vacances au bled. Cela lui a permis d'être sensible à son entourage et de s'investir dans des actions de solidarité pour concrétiser les valeurs d'entraide. Mohamed Aïaï, chef d'entreprise à Kenitra, a décidé de rentrer après des études en Suisse et une expérience professionnelle au Canada. Ce qui lui a donné l’idée et l’envie de ce retour ? Un discours royal relatif à la gestion déconcentrée de l'investissement, en 2002. Pour lui, l'intégration culturelle ne constituait pas d'obstacle majeur. Le choix du cœur était prépondérant. Ce sentiment de fort attachement, que l'on trouve chez ceux qui s'installent au Maroc, se conjugue sans heurts avec l'affection sincère qu'il peuvent avoir pour un autre pays, du fait pour certains de leur binationalité. Un tableau idyllique ? Pas toujours Le rêve, en s'installant ailleurs, même pour y investir, peut être marqué par la déception. il est vrai que l'on traite avant tout avec l'Homme, donc avec des aléas d'ordre culturel et individuel. Les difficultés rencontrées dans les démarches d'investisseurs peuvent être une source d'incompréhension, de stress, voire de conflit. Les mêmes remarques reviennent souvent, c'est-à-dire une mentalité de l'attentisme, un manque de sérieux dans les engagements pris, le clientélisme, une certaine indifférence part rapport à l'intérêt public et une amitié superficielle. Cette situation fait que ceux qui viennent de l'étranger, même avec des efforts sincères pour s'adapter, se retrouvent souvent entre eux car ils se sententG G compris et retrouvent les mêmes valeurs. Faut-il généraliser pour autant ? Sûrement pas, mais quel gâchis de voir des gens voulant accompagner le développement du Maroc, armés de fortes convictions, d'envie de s'investir et ayant un bagage culturel qui peut apporter beaucoup, n'être finalement perçus que comme des portefeuilles. Il ne faut pas se leurrer, certains de ceux qui viennent s'installer repartent après l'échec de leur intégration. Pour autant, idéaliser cet apport culturel n'est pas non plus une juste position. Il faudrait plutôt le considérer comme une valeur ajoutée, surtout dans un pays d'ouverture et de rencontres comme le Maroc. C'est cette ère de démocratisation, cet élan de développement et cette tolérance légendaire ancrée au Maroc qui doivent inciter à adopter une mentalité saine, altruiste et citoyenne et à considérer à sa juste valeur l'apport économique et culturel des Marocains d'ailleurs.

You're going to the souk!
Après huit ans en France, cinq ans aux USA, un Master en poche et une expérience professionnelle à New York, Hicham Senhaji décide de rentrer au Maroc et de créer son entreprise, Voxatel, spécialisée dans les nouvelles technologies. Par attachement au pays, à la famille et à l’idée de voir grandir ses enfants au Maroc, l'envie de revenir ne l'a jamais quitté. Son ancien patron à New York, sachant qu'il partait s'installer au Maroc lui demande, pour le dissuader de franchir le pas, s'il allait rentrer au souk : « You're going to the souk ! ». A ceux qui voudraient s'installer et investir, Hicham Senhaji conseille une forte motivation, un capital de départ qui doit être bien géré et la compétence du domaine d'investissement. Surtout ne pas abandonner les bonnes méthodes de gestion acquises à l'étranger. Le défi étant de s'intégrer dans une nouvelle culture du business tout en restant toujours soi.

Il faut miser sur soi
Mohamed Aïaï a décidé de rentrer pour investir au Maroc. Il crée SOR-Énergie, spécialisée dans le service et le conseil en ressources énergétiques. Après un périple en Suisse, un diplôme d'ingénieur en poche et un passage par le Canada où il a fait ses premières armes en matière de création d'entreprise, il décide d'investir le secteur de l'électricité et des nouvelles énergies. Il est confronté, comme la plupart des investisseurs, aux lourdeurs administratives et au manque sur le terrain de compétences dans les domaines de pointe. Pour lui, les gens doivent « comprendre les enjeux du changement que connaît le Maroc ». Chacun doit prendre des initiatives osées pour accompagner le développement du pays, estime-t-il. A tous ceux qui souhaitent investir au Maroc, il conseille d'avoir des idées claires sur le projet, des convictions fortes et de se donner le temps pour réussir. Mohamed Aïaï affirme qu’il faut croire dans l'avenir du Maroc et ne pas le considérer juste comme une opportunité de business. Pour cela, il faut aussi apprendre à « miser sur soi ».


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