C’est le lieu de procéder ici au décryptage et à la critique du langage para-officiel sur la communauté marocaine à l’étranger, notion qui a été dévoyée et sa signification diluée et récupérée au point de perdre tout son sens. Insistons pour dire que nous utilisons la notion de communauté marocaine à l’étranger au singulier, dans le cadre d’une approche inclusive et interronégative. 

Nous récusons la notion de communautés marocaines à l’étranger au pluriel, mise en avant notamment par les dirigeants du Ccme, notion qui renvoie plus à la division et à l’absence de forme d’unité quelconque. Bien entendu, le monde de l’émigration marocaine ne peut se limiter à une image globalisante, à un bloc monolithique et ne peut donner lieu à un traitement standardisé. Le monde des citoyens marocains à l’étranger est pluriel, c’est la diversité de situation et de profils à travers le monde, la variété des besoins, la complexité des enjeux, des problèmes, des attentes, des solutions. On ne peut en effet tout ramener à l’unité d’une réponse simple et univoque. Mais ce qui unit les citoyens marocains à l’étranger, au-delà de leurs particularités et spécificités au niveau des pays d’accueil, c’est leur marocanité, leur sentiment d’appartenance au Maroc. 

Ceux qui acceptent mal la critique et la remise en cause, diront peut être que notre analyse est pessimiste. A ceux là, nous répondrons que nos développements comportent, selon le mot de Gramsci, l’optimisme de la volonté et le pessimisme de la raison. Une analyse cesserait-elle d’être objective dés qu’elle est engagée, dés qu’elle ne succombe pas aux accommodements ? Parler le langage de la vérité, sans fard ni maquillage de la réalité, n’est nullement synonyme d’entreprise destructrice. 

Encore une fois, mettre cela en avant par l’argumentaire, la démonstration et l’analyse, n’est ni ruer dans les brancards, manifester un dépit ou une amertume, ni avoir une réaction impulsive, ni se ranger parmi les maximalistes, mais constitue un devoir de le montrer et de le dire pour faire avancer le dossier de la communauté marocaine établie hors du territoire national. Toutefois, un impératif préalable doit être présent. Avant de faire appel à l’éthique de conviction, il s’agit de mettre en pratique l’éthique de responsabilité, à savoir : s’informer largement, informer, rendre compte objectivement des faits étudiés, maîtriser le sujet, sauvegarder l’honnêteté dans la démarche. 

A cette étape de la réflexion menée, le lecteur pourra constater que l’évaluation du bilan de l’action du Ccme à laquelle on est arrivée, n’est pas un procès d’intention, mais part des faits établis qui ont été affrontés, d’une pratique suivie par ses responsables et d’une démarche qu’ils ont déroulée Il s’agit d’un bilan désastreux du trio dirigeant du Conseil de la communauté marocaine à l’etranger, dont la « marque de fabrique » est l’exclusion politique des citoyens marocains à l’étranger. Les résultats obtenus ont été évalués à l’aune des critères de bonne gouvernance et en fonction également des objectifs assignés à cette institution et à ses cahiers de charge. 

La lecture distante de cette période de plus de six ans, nous a permis de mettre en cause des schématisations et des simplifications, de déconstruire la méthodologie adoptée et de constater, preuves à l’appui, que la mission essentielle de l’institution, celle de formuler d’une part des avis consultatifs pour réformer les politiques publiques liées au domaine migratoire et au dossier multidirectionnel de la communauté marocaine à l’étranger et d’élaborer d’autre part des rapports stratégiques, n’a pas été assurée. L’obligation de résultat et de réussite, n’est pas respectée. Par conséquent, le devoir d’inventaire doit être assuré. 

Ce n’est pas uniquement l’inaction dans les domaines essentiels qui est en cause. Il y a aussi la volonté de ne pas jouer la transparence, d’induire au contraire en erreur par des études tronquées et des sondages biaisés, pour déconsidérer et délégitimer certaines attentes et revendications et pour imposer également une vision qui ne correspond nullement à ce que pensent réellement les milieux concernés. 

En bref, la politique de l’excuse, mettant en avant à chaque fois les problèmes techniques, matériels et logistiques pour s’opposer à l’effectivité des droits politiques des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc, n’est pas une vraie politique. La politique du faux et du mensonge l’est encore moins. Et pourtant, c’est la ligne de conduite des dirigeants du Ccme ! On peut dés lors faire aux dirigeants du Ccme un procès en amateurisme, un procès en indécision, voir en incompétence. 

Ce faisant, l’action menée par la direction tripartite du Ccme ne contribue en rien à faire mûrir la réflexion et créer les conditions propices pour une implication politique pleine et entière des Marocaines résidant à l’étranger. Bien au contraire, l’idée même de participation politique est combattue à l’extrême pour la faire mourir. 

Un nouveau cycle nécessaire 
Lors de la rencontre-débat organisée à Paris le 21 décembre 2013 par « Maroc-Développement », Driss Ajbali, membre dirigeant du CCME affirmait d’un air railleur, à l’intention de ceux qui critiquent la politique du Conseil et ses résultats médiocres, que le traitement de la question de la participation et représentations politique des Marocains du monde « a fini par appauvrir complètement la réflexion sur le dossier migratoire marocain ». (Voir vidéo Maglor). S’il s’agit d’un méa-culpa ou de l’auto-dérision au nom du trio dirigeant du Conseil et au vu du contenu et de la démarche du livre d’octobre 2013 du Ccme, il ne pouvait pas mieux dire ! Car lorsque la politique est fondée sur du faux et que les analyses menées pour justifier ces pratiques sont l’expression de mensonges, la réflexion ne peut être qu’appauvrie et même le débat avec les dirigeants du Conseil ne peut être productif, dans la mesure où il n’est pas bâti sur l’authenticité et la sincérité de leur coté. 

Par ailleurs, si introduire la dimension politique appauvrit l’analyse migratoire, pourquoi celle-ci n’a-t-elle pas été enrichie et valorisée par les dirigeants du Conseil, en présentant des avis consultatifs sur toutes les autres dimensions aussi essentiels du dossier migratoire : volets éducatif, culturel, économique, social, cultuel, volets concernant les jeunes, les femmes, la première génération… Et où est l’enrichissement de l’analyse, due aux dirigeants du Conseil, par la présentation obligatoire d’un rapport stratégique tous les deux ans ? 

Toujours est-il qu’au plan de la citoyenneté et de la participation politique, les questions ont été si mal posées jusqu’ici par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, le débat faussé ou dénaturé, que tout ce qui peut contribuer à ouvrir autrement le débat qui a été mal engagé, à sortir des clichés éculés et des idées reçues, ne peut être que bénéfique. 

Mettre fin à l’inadmissible 
Au total, après plus de six années d’existence du Ccme, on est au bout d’une forme de gestion qui nécessite un nouveau cycle avec un changement de cap. Comment le Ccme en tant qu’organe de bonne gouvernance, peut-il contribuer à la bonne gouvernance dans le domaine migratoire, si la gestion de l’institution elle- même ne répond pas à ce critère ? En d’autres termes, si la régulation n’est pas assurée à l’échelle interne, comment peut- on assurer la gouvernance à l’échelle globale ? C’est là un des enjeux de la nouvelle loi à adopter d’urgence pour instaurer le Ccme constitutionnalisé en vertu de l’article 163 de la Constitution rénovée. 

Puisque le Conseil national des droits de l’homme (Cndh) réussit globalement dans son action, à travers notamment ses dernières suggestions et recommandations liées à la situation des immigrés et des refugiés au Maroc, pourquoi son président, qui cumule la présidence du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, n’écrit-il pas une lettre au président du Ccme pour le sensibiliser à la nécessité de produire des avis consultatifs en matière de communauté marocaine à l’étranger et lui fait part des bonnes pratiques accumulées par le Cndh !? 

Dans ce domaine, le secrétaire général du Ccme a déjà la réponse toute faite. Dans une interview réalisée à Dakar et diffusée par l’agence MAP le 20 septembre 2013, Abdellah Boussouf déclare ce qui suit, à propos de «l’action» du Ccme et de l’apport supplémentaire qu’il pourrait fournir pour contribuer à l’exécution de la politique royale décidée dans le domaine migratoire : 
«Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, en tant qu’institution consultative en matière des questions migratoires, en vertu du Dahir portant sa création, reste disposé à poursuivre sa contribution dans ce chantier national important en mettant son expertise, ses efforts et le réseau de ses partenaires, à la disposition du gouvernement, en plus de la mise à profit des expériences et des acquis des Marocains du monde accumulés dans les pays d’accueil, qui constitueront sans nul doute une valeur ajoutée dans la mise en œuvre de cette nouvelle politique». 
Mais au vu de l’analyse du bilan du Conseil de la communauté marocaine à l’etranger, entreprise dans nos développements plus haut, les propos précédents, largement médiatisés, ont-ils une quelconque crédibilité ? En effet, encore une fois et encore, pourquoi après plus de six ans d’exercice, le Conseil n’a-t-il présenté aucun avis consultatif ? Où sont l’expertise acquise et la valeur ajoutée, lorsqu’on constate qu’aucun des rapports stratégiques n’a pu être fourni, qui aurait pu aider maintenant à l’établissement d’une stratégie globale dans le domaine migratoire, couvrant aussi la dimension Mre !? 

Partant du diagnostic élaboré dans la présente contribution au débat public pour l’action,on accueillera avec plus de circonspection encore et de scepticisme d’autres déclarations d’auto-satisfaction. C’est ainsi que lors d’une émission sur la radio marocaine «Luxe Radio» diffusée le 20 juin 2013 sur le thème: la migration et la réadmission, Driss Ajbali, présenté comme « membre dirigeant du Ccme», glissait l’idée selon laquelle le Ccme est un «modèle» pour les pays de la région: « les Algériens et les Tunisiens nous ont demandé de venir les aider à construire leur « Ccme » et nous allons leur livrer notre ingénierie » (!!!), c’est-à-dire, si les mots qui ont été utilisés ont un sens, le résultat d’une activité scientifique et rigoureuse de conceptualisation et réalisation du produit Ccme sous tous ses aspects, et sa gestion ultérieure sur la base d’une méthodologie imparable, ne souffrant aucune controverse…. Si le volet maghrébin des politiques migratoires nationales est incontournable, les cinq pays du Maghreb ont besoin d’échanger les bonnes pratiques, pas les mauvaises. 

En fait, au niveau de la Tunisie, une méthodologie démocratique et participative très ouverte a été suivie pour la préparation d’un projet de loi instituant un Haut Conseil des Tunisiens à l’Etranger. Déposé auprès du gouvernement tunisien le 31 décembre 2013 pour être ensuite soumis à l’Assemblée Nationale constituante après sa validation, le texte prévoit l’architecture et les mécanismes suivants de création de ce Haut Conseil : 
  • un échelon local, avec la mise en place de 128 conseillers locaux élus au suffrage direct au sein de 29 circonscriptions consulaires. Ce maillage d’élus au suffrage universel direct, expression de la démocratie locale, rapproche le dispositif tunisien des pays européens ayant une forte communauté nationale à l’étranger (Espagne, France, Italie, Portugal). 
  • un échelon central avec la création d’un HCTE composé de conseillers locaux élus par leurs pairs au sein de la zone géographique regroupant, avec cohérence, les circonscriptions consulaires d’une même région. 
Dans ce cas, c’est plutôt le « membre dirigeant du Ccme » qui doit apprendre de cette méthodologie démocratique et non pas l’inverse… A moins de se limiter à profiter de son expérience pour savoir surtout ce qu’il ne faut pas faire. Mais ceci suppose une réelle autocritique que les dirigeants du Conseil de la communauté marocaine à l’etranger ne sont pas prêts à entreprendre. 

Toujours est-il que plus de six années auparavant, l’actuel membre dirigeant du Ccme. qui était au sein du Conseil consultatif des droits de l’homme (Ccdh), chargé comme consultant (avec Driss El Yazami) d’organiser les consultations avec les Mre et les partis politiques marocains pour préparer l’avis consultatif du Ccdh au Roi concernant le Ccme, déclarait que le traitement du dossier du Ccme par le Ccdh est une «success story», un gage de crédibilité, qu’il est à prendre comme modèle de référence et d’inspiration dans le Maroc d’aujourd’hui et «devrait être appliqué sur d’autres secteurs majeurs pour le pays» (interview de Driss Ajbali, «Aujourd’hui le Maroc», 25 décembre 2007). 

Un enjeu capital 
En définitive, l’enjeu est trop grave et capital et mériterait une volonté politique très forte. Il s’agit de ne pas réduire les Marocains résidant à l’étranger à une simple variable économique et financière en bafouant leurs droits citoyens, mais de leur permettre de participer activement et pleinement à l’œuvre globale d’édification multidimensionnelle de l’avenir du Maroc, fondée sur la citoyenneté, l’égalité, la liberté et la justice sociale. Pour ce qui est du devenir des liens entre les générations de Marocains nés à l’étranger et le Maroc, s’agit-il de maintenir et de renforcer ces liens d’appartenance, ou au contraire de les distendre, voir même de les faire supprimer irrémédiablement? 

La ligne suivie jusqu’ici par les dirigeants du Ccme et percevant les citoyens marocains à l’étranger en termes de «dangerosité », tient de la seconde option. Pour nous, ceci n’est nullement le choix de l’Etat marocain, au plus haut niveau. Les divers discours royaux depuis le nouveau règne, en matière de communauté marocaine résidant à l’étranger, le montrent sans l’ombre d’une ambiguïté quelconque, constituant par ailleurs l’expression d’une conviction démocratique bien ancrée. 

Ce n’est pas un hasard si, en particulier, les discours royaux du 6 novembre 2005, 6 novembre 2006 et 6 novembre 2007, prononcés à l’occasion de l’anniversaire de la Marche Verte, ont tous consacré leur deuxième partie à la question stratégique de la communauté marocaine établie hors des frontières nationales, au même titre que le dossier de l’intégrité territoriale du Maroc, considérée comme la priorité numéro un à l’échelle nationale. 

Dans cet esprit, on aurait souhaité que le discours royal du 6 novembre 2013 et avant cette date, celui de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire (vendredi 11 octobre 2013), qui étaient attendus avec grand intérêt, compte tenu des initiatives royales remarquables déjà prises à propos du volet immigration étrangère au Maroc, ouvrent ainsi la voie à des réformes aussi audacieuses concernant cette fois-ci les Marocains résidant à l’étranger. 

Dés lors, en matière de gouvernance migratoire (qui concerne également la dimension émigration du Maroc vers l’étranger et communauté marocaine à l’étranger) et en tenant compte de l’expérience, la situation qui prévaut, n’implique t-elle pas l’exploration d’autres voies, que celles suivies jusqu’à présent par les responsables gouvernementaux marocains de la gestion du dossier ? 

Il s’agit notamment de procéder à des choix structurants et stratégiques renvoyant fondamentalement à déterminer la nature des rapports et des liens entre les Marocains résidant à l’étranger et l’Etat marocain, et à ne plus se cantonner à favoriser la citoyenneté économique et financière en incitant les Marocains résidant à l’étranger à participer à travers leurs devises et/ou apport technique en terme de compétence au seul développement économique et social du Maroc, en négligeant leur participation en tant qu’acteurs citoyens à part entière, au développement démocratique du pays. 

De même, se limiter à privilégier le rôle des bi-nationaux en tant que simples passerelles pour le renforcement du partenariat et de la coopération entre le Maroc et les pays d’accueil, sans les impliquer politiquement au Maroc et sans les faire participer à son processus démocratique, renvoie à une conception tronquée et amputée de la citoyenneté. 

Bien entendu, des aspects bilatéraux avec les pays d’immigration sont à prendre en considération. Mais avant d’être des «citoyens du monde», les Marocains résidant à l’étranger se doivent d’être, pour les responsables des institutions marocaines, d’abord des citoyens du Maroc. En d’autres termes, la double appartenance est une richesse qu’il faut prendre en considération, mais ceci ne doit pas se faire aux dépens de l’appartenance marocaine considérée comme inexistante ou subalterne. Ce n’est pas faire preuve de chauvinisme, de nationalisme étroit ou d’absence d’ouverture d’esprit, que de souligner avec force qu’en ce qui concerne le Maroc, la communauté marocaine à l’étranger; tout en étant ouverte bien entendu à son environnement immédiat dans les pays d’accueil, est d’abord et fondamentalement une question nationale et non un problème purement franco-français, néerlando-hollandais, canado-canadien, ou euro-européen, au point d’abandonner dans la pratique à ces parties, le sort des Marocains résidant à l’étranger. 

Vision stratégique 
Rappelons à ce propos l’enjeu crucial et stratégique relevé magistralement il y a plus de 28 ans par feu Hassan II qui déclarait le 29 novembre 1985 à Paris, devant des membres de la communauté marocaine résidant à l’étranger, en présence du président de la République François Mitterrand : 
« En bien restez Marocains, restez Marocains, parce que toujours dans la paix et la concorde, moi-même ou ceux qui me succéderont, pourront avoir un jour besoin de refaire une Marche Verte. Et bien, je veux qu’au nom de tous les Marocains vivant à l’étranger, pas seulement en France ou à Paris, vous me fassiez le serment que tous les jeunes Marocains qui seront nées en terre étrangère seront dédiés, dés leurs berceaux, aux marches que l’histoire leur interposera. Si telle est votre réponse, je peux dormir tranquille ». 
Dans la lignée hassanienne, et à l’occasion du 59ème anniversaire de la « Révolution du Roi et du Peuple », dont les citoyens marocains à l’étranger font partie intégrante, le Roi Mohammed VI a pris l’engagement solennel le 20 août 2012, d’impliquer étroitement les jeunes Marocains à l’étranger qui sont nos « compatriotes » « à la construction du Maroc de demain ». Ceci veut dire que la nationalité marocaine - qui ne se perd pas- n’est pas seulement une question juridique, mais qu’elle a une dimension politique et une portée sociétale et stratégique. Ce n’est pas une simple écriture sur un passeport ou sur une carte d’identité, mais elle renvoie notamment à un ensemble de valeurs qui doivent être cultivées, entretenues et intériorisées pour se construire, être perpétuées et maintenir les liens fondamentaux avec le pays. 

La nationalité suppose notamment que tous les devoirs mais également tous les droits des citoyens marocains à l’étranger soient reconnus et puisent être exercés par rapport au Maroc, y compris le droit de vote et d’éligibilité parlementaire, sans appréhension quelconque des résultats des urnes. On n’organise pas des élections uniquement lorsqu’on est sûrs à l’avance des résultats et qu’on maîtrise la situation ! Cette vision est à bannir ! 

Mieux vaut tard que jamais 
S’il n’est jamais trop tard pour bien faire, relevons le fait qu’en matière organisationnelle de son action en ce domaine, le Conseil de gouvernement tenu à Rabat en date 19 septembre 2013, s’est enfin doté d’un outil de travail indispensable, en adoptant le décret instituant une commission interministérielle présidée par le Chef du gouvernement, chargée des affaires des Marocains du Monde, dont le but notamment est de coordonner l’action, de proposer des mesures alternatives, de moderniser les politiques gouvernementales relatives à la communauté marocaine résidant à l’étranger et d’élaborer des rapports globaux ou thématiques propres aux Marocains résidant à l’étranger. 

Dans le cadre de cette nécessaire politique globale, cohérente et intégrée, la dimension politique et démocratique, liée à la pleine citoyenneté des Marocains résidant à l’étranger, devrait avoir toute sa place. Sera-t-elle enfin inscrite dans l’agenda gouvernemental, jusqu’ici défaillant ? 

Encore faut-il après ses déclarations négatives faites le 8 mai 2013 à la Chambre des Conseillers et le 29 juillet 2013 à la Chambre des Représentants, remettant en cause la participation politique des Mre, que le chef du gouvernement lui même se rappelle qu’avec la nouvelle Constitution, il y a eu le renforcement du statut de l’ancien Premier ministre qui est devenu chef d’un pouvoir exécutif effectif, et pleinement responsable du gouvernement, de l’administration publique, de la conduite et de la mise en œuvre du programme gouvernemental. Le Chef du gouvernement devrait se souvenir également des engagements pris par le Partie de la justice et du développement (Pjd) lorsqu’il était dans l’opposition, qu’il se remémore les conseils qu’il donnait en tant que secrétaire général de ce parti, aux citoyens marocains à l’étranger, à travers son interview parue sur le site du Courier de l’Atlas le 10 novembre 2011 (soit à quelques jours seulement des législatives anticipées du 25 novembre 2011) concernant leur droit au vote et à la représentation parlementaire au Maroc ainsi que dans la même logique, à avoir un Ccme représentatif et démocratique: «je leur dis de continuer à se battre, il ne faut pas lâcher, c’est leur droit». 

Dans cet esprit, les revendications prioritaires énoncées dans la Déclaration finale de la rencontre-débat « Cri d’Al Jaliya » (Strasbourg, 8 décembre 2013) organisée par le Collectif des Marocains d’Europe, sont les suivantes : 
  1. Opérationnaliser les dispositions constitutionnelles concernant les Marocains résidant à l’étranger, en particulier les articles 16, 17, 18, 163 de la Constitution et activer l’élaboration des lois liées à ces domaines. 
  2. Permettre réellement aux émigrés marocains de jouir pleinement et sans amputation aucune de leur citoyenneté intégrale par rapport au Maroc. 
  3. Associer et impliquer les citoyennes et les citoyens marocains à l’étranger dans tout dialogue pour la préparation des lois qui les concernent. 
  4. L’attention est attirée sur les risques de contrôle politique du tissu associatif de l’émigration, de remise en cause de sa nécessaire indépendance et autonomie et sur les tentatives de sa marginalisation et exclusion. 
  5. Organiser un Dialogue national sur la communauté marocaine résidant à l’étranger, avec l’implication étroite centrale, démocratique et plurielle de la Jaliya. 
  6. Reconnaissance effective par les pouvoirs publics marocains des associations crédibles et actives au sein de l’émigration. 
  7. Concrétiser la participation politique et la représentation parlementaire des citoyens marocains à l’étranger par rapport au Maroc, à partir des pays de résidence, comme un droit citoyen et légitime ». 
Quelques jours auparavant, la Rencontre nationale de la société civile tenue à Bouznika du 29 novembre au 1er décembre 2013, a relevé notamment la nécessité de : « demander à l’Etat marocain d’associer politiquement de manière sérieuse le tissu associatif des MRE à la préparation des politiques publiques et des lois organiques concernant les citoyens marocains à l’étranger ». 

De même, dans les recommandations du «Cri d’Aljalya» version 2, tenue à Triviso en Italie le 8 février 2014, on relève la nécessité d’introduire dans le prochain code électoral marocain des articles spécifiques concernant les modalités de vote et d’éligibilité des citoyens marocains à l’étranger lors des prochaines élections législatives, à partir des pays de résidence. Tout comme la prochaine loi organique de la Chambre des Représentants doit déterminer également le nombre de sièges dédiés aux Marocains résidant à l’étranger dans cette chambre. 

Enfin la toute dernière proposition de loi de l’Usfp de députation des citoyens marocains à l’étranger fait avancer sérieusement de manière concrète le débat en la matière. 

Le nouveau titulaire du département des Mre et des affaires de la migration, le Rniste Anis Birou, tiendra t-il compte de ces données fondamentales en termes politiques ? 

Au vu de sa présentation au parlement du projet de budget 2014 pour son département et des travaux dans les deux commissions spécialisées des deux chambres, l’engagement ferme du ministre n’a pas encore été pris, dans la mesure par exemple où la préparation du projet de loi concernant le Ccme, pourtant prévu dans le Plan législatif du gouvernement entre 2013-2014, sous la coordination de ce ministère avec la constitution d’une commission nationale, ne figure nullement dans le plan d’action du département au titre de 2014 ! 

De manière plus générale, la refondation de la politique du gouvernement marocain envers les Marocains(es) à l’étranger est une nécessité, afin d’adapter la politique gouvernementale aux évolutions et mutations que connait l’immigration marocaine à l’étranger, aux aspirations et attentes pressantes des Marocain(es) à l’étranger et à l’émergence de nouvelles catégories sociales de Marocain(e)s à l’étranger, l’objectif étant que les Marocains à l’étranger vivent leur citoyenneté de manière pleine et entière et non pas tronquée, diminuée ou discriminée et participent sur un pied d’égalité à la construction du Maroc. 

Dans cet esprit, la question de la participation politique et de la représentation parlementaire des Marocains du monde reste entièrement posée avec une grande acquitté. Le diagnostic établi dans le présent livre au travers notamment la mise en lumière de l’action de blocage, de parasitage et de tromperie intellectuelle menée dans ce domaine par les dirigeants du Ccme et de l’attitude de tergiversation du gouvernement Benkirane (I et II), amène à entrevoir la solution du problème au niveau de la ferme volonté politique de l’Etat, en terme d’arbitrage royal, qui permettrait de recadrer l’action publique en la matière. Cette souhaitable initiative de la plus haute autorité du pays, viendrait compléter l’initiative royale audacieuse consistant à mettre en place une nouvelle politique migratoire humaniste en direction des étrangers au Maroc. 

Les suggestions et propositions émises en matière de participation et de représentation politique des MRE, au fur et à mesure de l’avancement de notre analyse et dans des publications antérieures, constituent des éléments d’alternative. Le lecteur pressé, qui privilégie le chapitre de conclusion, est prié de se référer aux chapitres précédents. 

Enfin, la résolution du problème nécessitant une grande persévérance et une obstination dans l’effort collectif, montrer ce qu’il ne faut pas faire en décryptant notamment la pratique et la politique actuelles des dirigeants du Ccme en la matière, fait partie intégrante de cette démarche citoyenne constructive, ouverte sur l’avenir. 

Rabat, le 10 février 2014 

Plan 

Avant-propos 
Préliminaires : ouvrons le débat 
  1. Cahier de charges et fuite des dirigeants du Ccme de leurs responsabilités 
  2. Raisons spécifiques à chaque groupe de travail 
  3. Premier reproche à la direction du Ccme 
  4. Un premier reproche qui dure encore en 2014 
  5. Deux autres critiques de fond à l’égard de la direction du Ccme 
  6. Instrumentalisation et manipulation du séminaire international de mars 2009 
  7. Contacts sélectifs des parlementaires 
  8. Quatrième critique de fond au président du Ccme 
  9. «Daba 2012 pour tous» et l’horizon 2016 
  10. L’expérience 1984-1992 de députation des Mre 
  11. Impasses révélatrices et apologie complaisante 
  12. L’activité entravée du groupe de travail sur la citoyenneté et la participation politique 
  13. Leçons politiques de l’expérience du Ccme 
  14. Éliminer l’épouvantail sécuritaire et surmonter la crainte du verdict électoral 
  15. Revoir la philosophie générale de la proposition de loi du Pam concernant le Ccme 16- En guise de conclusion générale 
Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur et spécialiste en migration

DEMAIN : Edition de l’intégralité du livre 









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