Ont-ils ri ou pleuré, par exemple, quand le nain n’arrive pas à atteindre la poignée de la porte au moment où il tente d’échapper à une mort certaine?

Nous sommes comme revenus à cette époque bénie, où tout le monde parlait d’un même film. Ils y sont tous allés, ils l’ont tous vu, alors ils ont quelque chose à dire, à partager.

«Joker» appartient à cette race de films que l’on croyait disparus. Comme «Titanic» ou «Avatar» qui ont fait pleurer toute la planète, les petits et les grands.

Mais il y a à boire et à manger, comme on dit. Nous sommes devant un film qui, en plus de nous régaler visuellement, essaie de nous dire quelque chose. Quelle est cette chose et quelle peut être sa place dans le monde que l’on vit aujourd’hui?

Je serai personnellement curieux de savoir ce que ce film a provoqué, comme sentiments, chez le public marocain. Qu’ont-ils donc pensé de ce déferlement extraordinaire de violence, de cette représentation terrible du monde du spectacle, de ce clown fou et malheureux qui tue parce que la vie l’a rendu mauvais ? Ont-ils ri ou pleuré, par exemple, quand le nain n’arrive pas à atteindre la poignée de la porte au moment où il tente d’échapper à une mort certaine? Pourquoi se sont-ils rués en masse pour faire de «Joker» le plus gros succès américain en salles depuis très, très longtemps? Qu’ont-ils tant aimé?

Le marketing et la promotion expliquent-ils à eux seuls ce triomphe public? Y a-t-il aussi quelque chose qui a touché le public marocain, comme les autres publics dans le monde?

Il est inutile de parler ici de la qualité artistique ou technique de ce film, remarquablement réalisé et joué. Il y a mieux à faire. Penchons-nous sur le propos du film.

«Joker» défend une idée qui peut plaire à tous les publics du monde. Il nous dit, en substance: on ne naît pas mauvais ou méchant, on le devient. Cette idée est bien sûr avérée, universelle. Mais elle est dangereuse aussi.

Le personnage principal a beau être un serial killer, fou et impitoyable, il est d’abord victime. De quoi? De la société, du système. Alors il tue. Et il devient l’icone de tous les opprimés et les rejetés de cette même société, de ce même système. Ce n’est plus un monstre mais un homme perdu, et qui ne l’est pas dans l’époque folle que l’on vit aujourd’hui?

Cette idée contestable et dérangeante colle bien à l’air du temps, finalement. Nous vivons une époque paranoïaque où les gens tuent parce que, croit-on, le système les a tués auparavant. 

Dans les années 1990, le plus gros succès du cinéma mondial s’appelait «Forrest Gump», qui nous racontait comment un simple d’esprit pouvait changer la face du monde, à coup de hasards et d’incidents heureux. C’était dans l’air du temps, de son temps. Une époque naïve, voire romantique, qui est venue s’intercaler entre la fin de la guerre froide et l’irruption du terrorisme religieux.

Forrest Gump n’aurait aucun sens aujourd’hui. Comme notre Joker n’aurait eu aucun impact il y a vingt ans.



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