4.4. Le Plan d’Action spécial pour le Maroc 
Quatre ponts seront développés ici : 
  • L’environnement migratoire et ses enseignements. 
  • Les statistiques espagnoles. 
  • Les données statistiques marocaines. 
  • Quelques leçons à tirer. 

4.4.1. L’environnement migratoire et ses enseignements 
Le Plan d'Action spécial pour le Maroc a été précédé en 1999 d'un rapport intitulé "Le grand foyer de l'émigration du Maghreb actuel et potentiel" (El principal foco de emigracion del Magreb actual y potencial) élaboré par l'Espagne sur le Maroc. Selon ce document, le Maroc est un gros fournisseur d'immigrés. Il constitue le principal foyer sud méditerranéen d'émigration et de transit d'un grand nombre de demandeurs d'asile et de migrants, africains notamment, en direction du territoire des Etats membres de l'Union Européenne. 

C'est dans ce contexte qu'une délégation du Groupe de Haut Niveau Asile-Migration s'est rendue au Maroc du 2 au 4 juin 1999 pour une mission d'information durant laquelle elle a rencontré à titre informel six membres du gouvernement marocain: Affaires Etrangères et Coopération, Intérieur, Justice, Emploi et Affaires Sociales, Droits de l'Homme, Relations avec le Parlement. Du côté européen, il y a lieu de relever la présence de l'Allemagne (présidente en exercice de l'Union Européenne), de la Finlande (future présidente), de l'Espagne en tant que pays coordinateur, de la France, de la Commission européenne (Direction Justice-Intérieur) et du Secrétariat Général du Conseil. 

On ne peut nier bien sûr l'existence de l'émigration clandestine vers l'Europe à partir du Maroc, composée non seulement de Marocains, mais aussi de Maghrébins et surtout de Subsahariens. Mais il faut relever que le Plan d'Action ne fournit pas de statistiques sur les départs illégaux du Maroc vers l'Espagne. 

Cependant, bien que selon les sources, les statistiques soient à géométrie très variable, on peut avoir un ordre de grandeur des tentatives d'émigration clandestine par un autre biais. 

4.4.2. Les statistiques espagnoles 
Précisons au préalable que, pour l'Espagne, l'immigration illégale en provenance du Maroc a pris une autre tournure depuis l'adhésion de l'Espagne, en 1991, aux Accords de Schengen et depuis 1'instauration du visa qui s'en est suivi, en particulier pour les ressortissants des Etats maghrébins. Délivré au compte goutte, le visa joue bien entendu un rôle fondamental de filtre, servant au contrôle et à la maîtrise des flux migratoires. Constituant une marque de défiance à l'égard d'un pays ou d'une nationalité dans sa globalité, le visa permet un tri sélectif en éliminant les indésirables ou bien ceux contre qui est porté un simple soupçon. Ainsi, la frontière est ressentie et activée chez soi bien avant la frontière réelle du pays de destination (Voir Elspeth Guild. "La politique des visas: Schengen et les contrôles à distance" in Colloque: Frontière et zones d'attente, une liberté de circulation sous contrôle, organisé par l'A.N.A.F .E, Paris, 19 et 20 octobre 2001). 

Ce n'est pas un hasard si l'apparition des premières pateras en provenance des côtes marocaines coïncide avec l'établissement obligatoire du visa pour les ressortissants marocains qui accédaient auparavant au territoire espagnol, sans recourir à cette formalité. Voici d'ailleurs les statistiques espagnoles concernant les personnes arrêtées avec ces embarcations de fortune qui étaient consacrées à la pêche côtière et au transport sur la côte andalouse et qui, avec l'intensification du trafic humain, se sont modernisées en s'équipant de moteurs ou bien ont été remplacées par des zodiacs pneumatiques beaucoup plus rapides. 


Source : D.G de Politica Interior. Chiffres reproduits par Bernabe Lpez Garcia, « les Maghrébins ‘sans papiers’ en Espagne et le processus de régularisation de 2000 après la nouvelle loi sur les étrangers », Communication au Colloque: Citoyenneté et Nouvelles Mobilités; le cas des sans-papiers, IFRI, Paris, 14 avril 2000. 

Bien entendu, l'immigration clandestine reste très difficile à quantifier. On ne connaît pas les chiffres de ceux qui ont pu entrer illégalement en Espagne par pateras ou par un autre moyen (camion, bateaux ...) en déjouant la vigilance des forces de sécurité. 

Un autre indicateur intéressant est le nombre de reconductions opérées par les autorités espagnoles aux frontières du pays. Pour les Marocains, ce chiffre était en 1997 de 22.230. Sur ce total, 17.302 ne sont pas arrivés à traverser le Détroit, car reconduits à partir des deux villes occupées par l'Espagne: Ceuta (10.163) et Melilla (7.139). En 1999, 23.840 personnes ont été rapatriées vers leur pays d'origine. La plupart sont des Marocains (18.000), parmi lesquels 8.950 ont été refusés aux postes frontaliers de Ceuta et de Melilla. 

4.4.3. Les données statistiques marocaines 
D'après les statistiques publiées pour la première fois début juillet 1999 (donc quelques semaines après la visite du Groupe de Haut Niveau) par le ministère marocain de l'Intérieur, dans une circulaire adressée aux gouverneurs et walis, les services de sécurité marocains ont procédé en 1997 à l'interpellation de 13.184 personnes en situation irrégulière, appréhendées au cours de leurs tentatives d'émigration clandestine par divers procédés vers l'Europe. 

Le même document rapporte qu'en 1998 et dans les mêmes conditions que précédemment, le nombre de personnes arrêtées lors de leurs tentatives de départ clandestin, est passé à 17.178, soit une augmentation de 30% par rapport à l'année précédente. Ces statistiques ne concernent pas uniquement les Marocains, mais d'autres nationalités. 

Pour compléter ce tableau, signalons d'autres références. D'après les chiffres fournis par l'Ambassadeur du Maroc à Madrid lors d'une conférence de presse tenue le 4 septembre 2001, les forces de sécurité marocaines ont procédé en 1999 à l'arrestation de 19.037 personnes, et en l'an 2000 à l'arrestation de 25.613 candidats à l'émigration. Pour les huit premiers mois de 2001, la police marocaine a arrêté 20.995 personnes en flagrant délit d'émigration clandestine, dont 11.716 de nationalité marocaine et 9.282 étrangers (Statistiques publiées dans la presse marocaine du 6 septembre 2001. Voir par exemple le journal Al Maghrib). 

D'autres sources du ministère marocain de l'Intérieur permettent de préciser les chiffres concernant les subsahariens. L'augmentation fulgurante du nombre d'interceptés africains subsahariens entre 1995 et 2000 permet d'en saisir la percée: de 444 en 1995, le chiffre est passé à 549 en 1996, 1.500 en 1997, 4.500 en 1998, 8.500 en 1999, pour approcher les 10.000 en l'an 2000- toutes nationalités africaines subsahariennes confondues- et 9.282 pour les 8 premiers mois de 2001. 

4.4.4. Au-delà des chiffres, quelques leçons tirées de l'histoire et de la géographie 
Bien entendu, l'émigration clandestine à partir du Maroc est une réalité incontournable qu'il ne faut pas nier ou occulter, y compris dans ses aspects dramatiques. Mais cette réalité est amplifiée outre mesure, elle est exagérée à dessein. Il y a une manipulation de l'opinion publique qui alimente une psychose de l'invasion, l'obsession du déferlement, de l'envahissement, de la ruée des "sudistes" vers l'Espagne. 

Manipulation et instrumentalisation 
En Espagne, cette instrumentalisation sert des besoins internes, essentiellement électoralistes, la majorité actuelle et le gouvernement dont il est issu se servant de l'idéologie sécuritaire et de l'entretien de la peur et de l'inquiétude pour conforter leur pouvoir. Ne constate-t-on pas, dans les sondages d'opinion, qu'après l'E.T.A. et l'insécurité provoquée par ses attentats, la question de l'immigration est le second sujet de préoccupation des Espagnols avec ce qu'il véhicule comme image de risque, de danger, d'instabilité et d'insécurité ? 

La manipulation de la question migratoire est également le fait des groupes de pression espagnols qui défendent certains intérêts. Cette perception négative porte ainsi l'empreinte de divers lobbies et représente une conséquence indirecte de plusieurs contentieux. Il y a le lobby agricole qui se manifeste régulièrement à propos des exportations marocaines à destination de l'Europe qui sont saccagées et dilapidées sur le territoire espagnol. Signalons aussi l'épineux dossier des "présides" encore occupés par l'Espagne, en l'occurrence Sebta, Melilla et ses îles, la position ambiguë de l'Espagne au sujet de l'affaire du Sahara et de l'intégrité territoriale du Maroc, l'impasse des négociations Maroc­ Union Européenne qui ont abouti au non renouvellement de l'accord de pêche. 

La question migratoire est régulièrement agitée et utilisée comme prétexte pour soutirer des fonds à l’Union Européenne en guise de compensation et de rétribution pour le rôle de gendarme que joue l'Espagne sur les frontières sud de l'Europe. 

De manière générale, du côté espagnol, l'immigration irrégulière en provenance de la rive sud est présentée comme un choix délibéré et affiché de la part du Maroc, une opération plus ou moins planifiée, ou encore une volonté manifeste de nuire, corroborée par le fait que le Maroc ne fait rien pour surveiller ses frontières, ses autorités sécuritaires pratiquant même une politique laxiste, voire de connivence avec les mafias de l'émigration. 

Arguments espagnols non crédibles 
Cette analyse présente au moins deux défauts majeurs. En premier lieu, comment l'Espagne peut-elle exiger du Maroc qu'il mette un terme aux départs clandestins, alors qu'elle est incapable elle-même, en dépit de la mise en place d'un dispositif sophistiqué de surveillance avec l'aide de l'Union Européenne, de démanteler les maillons forts de cette mafia de négriers qui agissent en majorité à partir de son territoire même? 

Rappelons en effet, qu'après l'annonce pour le seul week-end du 18 au 20 août 2001 de l'interception par la Guardia Civil de près de 800 personnes en provenance du Maroc par pateras, le ministère espagnol des Affaires Etrangères a convoqué le 22 août 2001 le chargé d'affaires de l'ambassade du Maroc à Madrid pour lui signifier qu'aux yeux de Madrid, Rabat "n'en fait pas assez" pour stopper le flux migratoire. La veille, Josef Piqué, le ministre espagnol des Affaires Etrangères, avait déclaré à la presse que l'arrivée massive de pateras était "insoutenable", précisant que "nous devons exiger du Maroc un plus grand engagement et il serait important qu'il affiche une plus grande volonté de coopération dans ce domaine". 

Répliquant au gouvernement de Madrid, le secrétaire d'Etat marocain aux Affaires Etrangères et à la Coopération, Taïeb Fassi Fîhri, a également reçu le 22 août 2001 le chargé d'affaires de l'ambassade d'Espagne à Rabat pour lui signifier que "l'approche espagnole de l'immigration clandestine, est réductrice et ne reflète pas la complexité de ce dossier où les responsabilités sont largement partagées et où les acteurs et les intérêts en cause, sont autant espagnols que marocains (Voir la presse marocaine du 23 et 24 août 200l). 

Le communiqué rendu public à cette occasion par le ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération, précise par ailleurs que le Secrétaire d'Etat a souligné qu'entre le 1er janvier 2000 et le 30 juin 2001, les seuls services de la Gendarmerie Royale et de la Sûreté Nationale ont arrêté et refoulé plus de 15.000 ressortissants africains et asiatiques qui tentaient de rejoindre l'Europe à partir du Maroc. Durant cette période, les forces de sécurité ont intercepté plus de 20.000 Marocains candidats à l'émigration illégale. Pour Rabat, « en assumant cette charge et cet effort de police au quotidien, le Maroc fait face à ses responsabilités, mais il le fait aussi au bénéfice de l'Espagne et des autres pays de l'Union Européenne » (Ibid). 

Interview du Roi Mohammed VI 
D'autres arguments ont été développés au plus haut sommet de l'Etat marocain. Reprenons le passage qui leur ont été consacrés dans l'interview accordée au journal "Le Figaro" en date du 4 septembre 2001 par SM le Roi Mohammed VI, à la suite de certaines accusations officielles espagnoles qui ont atteint leur paroxysme fin août 2001, par la convocation de l'Ambassadeur du Maroc à Madrid par le ministère espagnol des Affaires Etrangères: 
« Question du journaliste : Autre grand contentieux diplomatique: vos difficultés avec l'Espagne. Madrid reproche au Maroc de ne pas lutter avec assez de rigueur contre l'émigration sauvage vers les côtes espagnoles. L'Espagne proteste d'autant plus que, sur la frontière sud de l'Union Européenne, elle est en quelque sorte le gardien des accords de Schengen.

Réponse du Souverain: Au Maroc, nous n'avons jamais occulté le problème de l'émigration. C'est un problème réel. Ce que nous n'acceptons pas, c'est que Madrid dise que toutes les difficultés de l'Espagne viennent du Maroc. Qu'il y ait des mafias au Maroc qui vivent de l'émigration clandestine et du trafic du drogue, c'est vrai. Mais en Espagne, il y a aussi des mafias et elles sont plus riches qu'au Maroc. Les bateaux qui embarquent les clandestins viennent d'Espagne. Ils coûtent très chers et ils sont équipés de moteurs hyperpuissants qui rendent ces bateaux plus rapides que les vedettes de notre marine. Quant aux trafiquants de drogue marocains, ils ont des passeports espagnols et des comptes bancaires en Europe. Ce n'est pas nous qui leur avons accordé la double nationalité. Disons que la responsabilité est partagée. Mais du côté du Maroc, c'est beaucoup par manque de moyens ». 
L’amnésie de Madrid 
L'analyse présentée de manière générale par l'Espagne concernant la question migratoire la liant au Maroc, comporte à notre sens un second défaut majeur. Elle occulte une partie de son histoire qui n'est pas très lointaine. On oublie en effet qu'au lendemain de la guerre civile, dans les décennies cinquante et soixante, l'Espagne était encore un pays exportateur de main-d'œuvre vers le "nord européen" essentiellement, comme l'atteste l'existence aujourd'hui encore de quelques 2,5 millions de ressortissants espagnols résidant à l'étranger. 

Cette situation de pays émetteur de force de travail n'était pas la résultante d'une volonté affichée de nuire aux pays importateurs de main- d'œuvre (essentiellement d'autres pays européens tels que la France, la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne), mais d'une part, la conséquence d'une situation économique et sociale déterminée en Espagne, et d'autre part, de la volonté délibérée du patronat des pays du Nord de disposer d'une main-d'œuvre à bon marché, taillable et corvéable à merci, permettant d'exercer une pression vers le bas sur le niveau général des salaires et d'assurer la flexibilité ainsi que la souplesse du système économique en jouant le rôle de bouc émissaire bien commode en temps de crise. 

Georges Pompidou, alors Premier Ministre, le déclarait de manière cynique devant l'Assemblée Nationale française en 1963: "l'immigration est un moyen de créer une certaine détente sur le marché du travail et de résister à la pression sociale". 

Rappelons également un autre aveu étonnant. Il s'agit d'une déclaration faite au journal financier français "Les Echos" du 29 mars 1966 par Jean Marcel Jeannenay, alors ministre du Travail et des Affaires Sociales du Général De Gaulle, à propos de l’immigration clandestine en provenance des pays ibériques: « L'immigration clandestine elle-même n'est pas inutile, car si l'on s'en tenait à l'application stricte des accords et règlements internationaux, nous (la France) manquerions peut-être de main-d'œuvre ». 

Par conséquent, pas d'amnésie. Comme pour ce qui était le cas de l'Espagne et sans occulter les carences passées et même actuelles des pouvoirs publics marocains en matière de politique économique et sociale et notamment en matière d'emploi, le Maroc continue d'être de fait un pays exportateur de main-d'œuvre (de manière irrégulière essentiellement) non pas pour nuire à ses voisins nord-méditerranéens, mais par nécessité socioéconomique. 

Le Maroc est un pays de transit par contrainte géographique pour beaucoup de subsahariens désireux d'atteindre, très souvent au péril de leur vie, les pays de la rive nord de la Méditerranée, perçus comme espaces d'opportunité, de travail et d'amélioration de leurs conditions de vie et ce, malgré les politiques musclées de contrôle menées par les pays de J'Union Européenne, l’exigence du visa n'étant qu'un élément dissuasif parmi d'autres. 

Emigration contrainte d’Afrique subsaharienne 
Les émigrations clandestines africaines vers l'Europe via le Maroc, pays le plus proche géographiquement de l'Espagne, qui n'est séparé dans la partie la plus rapprochée du Détroit de Gibraltar que par moins de 14 km et qui dispose au nord du Maroc de deux villes occupées (Sebta et Melilla), ne sont pas "choisies". Ceux et celles des subsahariens et notamment les moins nantis qui quittent leur pays pour en traverser d'autres et affronter dans un second temps l'épreuve très périlleuse du désert du Sahara, ne le font pas par choix. C'est pour eux, à la limite, une question de vie ou de mort. 

Certes, l'intensification des migrations clandestines africaines subsahariennes via le Maroc est à attribuer à l'attraction d'un meilleur niveau de vie au Nord de la Méditerranée. Mais ce sont fondamentalement des causes internes au sud du Sahara qui sont à l'origine de cette émigration. Ce flux est l'une des conséquences humaines des divers changements que l'Afrique au sud du Sahara a connu durant les deux dernières décennies et qui peuvent se ramener à trois éléments essentiels: 
  • Une paupérisation grandissante de la population qui reste très prolifique, avec ses effets en matière de santé et de chômage; 
  • Une dégradation vertigineuse de l'environnement avec une raréfaction des ressources naturelles, en premier lieu de l'eau, source vitale par excellence; 
  • Et surtout des guerres inter-étatiques ainsi que des guerres civi1es, des troubles politiques ou inter-ethniques de plus en plus fréquents qui perdurent, engendrant le plus souvent un effondrement de l'ordre public, social et de l'économie et créant de larges mouvements de réfugiés. 
L'émigration vers l'Afrique du nord, en particulier le Maroc, dans l'attente de la traversée de la Méditerranée, est conçue très souvent comme une quête de paix, un mouvement de refuge, une recherche pour la survie. 

N'oublions pas aussi que l'immigration dite clandestine répond le plus souvent à une demande de main-d'œuvre illégale des économies européennes, compte tenu du poids de l'économie informelle ou souterraine, comme c'est le cas pour le secteur de l'agriculture en Espagne, pays qui est pourtant l'un des plus offensifs sur le plan politique à l'égard de l'immigration clandestine. 

Ajoutons à cela le fait que, si la tendance a été inversée en Espagne, Je pays devenant importateur de main-d'œuvre, c'est qu'il a connu des mutations structurelles et bénéficié de circonstances favorables (adhésion à l'Union Européenne, investissements européens, transition démocratique réussie) alors que le Maroc, en dépit de certains progrès réalisés en matière de droits de l'homme notamment, pâtit encore du sous-développement, du chômage, de relations asymétriques avec l'Union Européenne, de la frilosité des investissements européens. 

Par conséquent, ce contexte historique et régional doit être pris en compte pour nuancer les analyses. Il ne faut pas verser dans le manichéisme selon lequel le Maroc serait coupable d'émigration et de transit vers l'Europe, et devrait donc être puni en se voyant imposer un certain nombre de mesures et un rôle spécifique pour protéger l’Union Européenne contre cette « invasion » et ce ‘’raz de marée’’. 

Rabat, novembre 2001 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 

DEMAIN : IV- Le Maroc vaste « zone d’attente » Suite 2 : Des mesures fondamentalement sécuritaires. 





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