Du 21 au 24 novembre 2001, s’est tenu à Rome le quatrième Séminaire International de Recherche du Dialogue Méditerranée co-parrainé par le Centre d’Etudes Stratégiques de l’Université Mohammed V de Rabat, et organisé en coopération avec le Centre des Hautes Etudes de Défense de Rome, sur le thème : « Quel nouvel agenda de sécurité en Méditerranée ? ». 

Intitulée « la dimension migratoire maroco-hispano-européenne : quelle coopération ? », l’étude suivante rentre dans ce cadre. Elle est due à Abdelkrim Belguendouz en tant que professeur de sciences économiques à la Faculté de Droit de Rabat-Agdal, chercheur en migration et membre du Centre d’Etudes Stratégiques relevant de la Faculté de droit de Rabat-Agdal. 

Compte tenu de son volume, cette étude qui est tirée des actes du séminaire édités en 2002, sous le titre « Shaping a new security agenda for future regional co-operation in the mediterranean région. 4th Mediterranean Dialogue International Research Seminar » (pp141-176), sera reproduite par Wake Up Info en sept éditions. La première, celle de ce jour, s’attelle à « dépassionner le débat ». 

Le thème de la migration entre le Maroc d'une part, l'Espagne et l'Union Européenne d'autre part, est une question de grande importance et une préoccupation majeure. C'est un thème délicat, multidimensionnel et épineux, faisant l'objet le plus souvent d'amalgame et de confusion. Pour être appréhendé objectivement, il nécessite non pas des incantations ou des lamentations, mais du recul et beaucoup de nuances, de discernement et de vigilance intellectuelle pour ne pas constituer une pierre d'achoppement dans les relations entre les deux rives de la Méditerranée, au point d'hypothéquer l'avenir et de créer des tensions inter-étatiques difficiles à surmonter. 

C’est ainsi que fin octobre 2001, l'Ambassadeur du Maroc en Espagne a été rappelé pour consultation à Rabat. Cette mesure liée à l'ensemble du contentieux avec Madrid, dont celui du dossier migratoire, est l'une des plus graves dans l'échelle de l'expression diplomatique d'un différend entre deux pays souverains. Cette mesure avait été précédée fin août 2001 par la convocation de l'Ambassadeur du Maroc à Madrid par le ministère espagnol des Affaires Etrangères pour des questions liées directement à l'immigration clandestine. 

1. Dépassionner le débat 
Devenant obsédant et prenant une place envahissante dans la presse, le discours sur la migration est le plus souvent de circonstance, épidermique, choisissant pour s'exprimer les médias les plus rapides. En plus des images de cadavres jetés sur les côtes ibériques provenant du naufrage de pateras que transmettent quotidiennement les chaînes de télévision espagnoles en direction de l'opinion publique, il est désormais impossible d'ouvrir un journal au Maroc ou en Espagne et de manière plus générale en Europe, sans y trouver une ou plusieurs dépêches ou articles sur les migrants et les migrations entre les deux rives de la Méditerranée en général, traitant de la question le plus souvent avec un accent polémique, des accusation stériles et un esprit diffamatoire, créant des effets négatifs et déstabilisants. 

Le dossier est en effet très sensible, voire même explosif, renvoyant lui-même à d'autres litiges ou contentieux qu'il s'agît de décrypter en tenant compte d'un certain impact du rôle des perceptions externes. De ce fait, le dossier doit être discuté de manière froide et dépassionnée avec le plus possible de rigueur et de sérénité, le débat public devant être nourri de faits objectifs et non pas donner lieu à l'exploitation ou à la manipulation médiatique à partir d'éléments surdimensionnés, de préjugés, de raccourcis, d'analyses sommaires ou de jugements réducteurs. Il s'agit sur ce point de privilégier la réflexion, la pondération, pour réviser totalement les approches respectives, examiner le passif relationnel avec un esprit positif en dissipant les zones d'ombre, les confusions et les ambiguïtés qui persistent, ainsi que les images erronées, l'objectif étant, en bref, de favoriser la compréhension mutuelle en désamorçant les incompréhensions de part et d'autre. 

Dans cette quête d'ouverture d'esprit et dans le cadre de ce séminaire international sur le nouvel agenda de sécurité et la coopération régionale en Méditerranée, nous souhaiterions contribuer à l'espace de réflexion et d'échange qui nous réunit, en interpellant nos partenaires du Dialogue Méditerranéen sur la question de savoir comment l'Espagne en particulier et l'Europe en général, perçoivent le Maroc en tant que pays d'émigration et de transit vers l'Union Européenne. Est-ce en termes de coopération ou bien comme un pays menaçant et dangereux, soumis à la suspicion, à la défiance et au soupçon? Est-ce en termes d'interdépendance positive ou bien en termes d'interdépendance négative et de capacité de nuisance ? Est-ce en termes de partenariat égalitaire et équilibré ou bien comme gardien des frontières extérieures de l'Europe, dans le cadre du contrôle à distance ou de la sécurisation à distance, conçue par 1'Union Européenne pour sa protection contre des populations à risque migratoire ? 

La question nous interpelle bien entendu également au Maroc, à la fois au niveau de l'université et du monde de la recherche, de la société civile comme au niveau des pouvoirs publics. Tout comme la problématique intéresse au premier chef les communautés migrantes respectives vivant des deux côtés de la Méditerranée: plus de deux millions de Marocains en Europe, 33.000 ressortissants de l'Union Européenne établis au Maroc, dont plus de 4.000 Espagnols. A cela, il faut bien entendu ajouter les Africains subsahariens qui transitent par le Maroc et ceux qui ont rejoint l'Espagne de manière irrégulière, à partir du Maroc. Nous reviendrons là-dessus. 

Rabat, novembre 2001 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 

DEMAIN : II- Une question de perception. 

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