Pour eux peut-être, être guide c'est d'abord être beau, et ce type-là est très beau, comme sont très beaux ses amis. Et ensuite savoir porter le chèche du pur arabe de souche sahraouie. Et c'est largement suffisant à voir la belle gente de chez nous qui s'agglutine joyeusement autour d'eux. Euh... de chez nous... je veux dire... euh... de chez nous ici... quoi?... vous avez compris ?

Un ami du Maroc m'a envoyé un lien auquel je n'ai pas eu accès (sans doute l'auteur a dû me bloquer pour ne pas accéder à sa page). Alors il m'a envoyé cette capture d'écran.
Comme on peut le voir, c'est fort injurieux à l'encontre de ma petite personne. En général je me fiche de ces gens qui opposent l'insulte à la critique. Et au Maroc, en l'absence de débat susceptible de forger une opinion publique, c'est fréquent. Les médias marocains sont infestés de ces stupidités que se renvoient mutuellement les uns à l'encontre des autres. Et inversement. Et pour des siècles et des siècles.... 
Et quand de temps en temps une flammèche m'atteint, parce que je l'ai cherchée par mes provocations, je ne m'en formalise guère. Une fois que j'ai dit ce que j'ai à dire, je ne réponds jamais. Je ne réponds jamais à certains articles odieux de certaines presses marocaines qui me traitent de renégat, de vendu, d'impie, d'apostat, d'athée, etc. Je ne demande jamais un droit de réponse, dont la plus grande partie de la presse marocaine, à quelques exceptions près, ignore même la signification.
Je me fiche de ce qu'ils disent ou ne disent pas de moi, ma vie et mes pensées ne dépendent nullement d'eux, ni de leur absence de morale journalistique. Il m'arrive même de confirmer telle allégation à certains de leurs lecteurs qui m'écrivent tout inquiets. C'est ma façon de retourner la bêtise à leurs auteurs. Comme par exemple quand une certaine presse marocaine me traite d'Algérien ( la pire insulte à leurs yeux, la meilleure manière de me mettre hors d'état de nuire). Je m'amuse alors à confirmer leur allégation, que je prends comme un honneur (après tout, ne m'étais-je pas occupé d'un jumelage entre la ville de Belfort et la ville algérienne de Skikda, où la population m'avait adopté comme un des leurs).

La pire accusation m'était venue d'un média du pouvoir royal. Il y a quelques années, une jeune militante, marxiste et syndicaliste, avait écopé de deux ans de prison pour avoir tenu tête aux sauvages policiers qui martyrisaient des femmes en manifestation pacifique. C'était à Tanger et c'était contre l'odieux traitement qui leur était – qui leur est toujours fait par des multinationales (dont des françaises) dans la zone franche de Tanger. Franche de toute limite à l'exploitation inhumaine. Cette jeune militante (Wafaa Charaf, que je ne connaissais nullement) avait joué un rôle important dans la grève. Et pour avoir suivi son procès par presse interposée, elle n'avait pas froid aux yeux. Elle portait sur ses jeunes épaules l'honneur de tout un peuple, lequel souvent s'oublie à se laisser souiller...
Je m'étais mobilisé comme tant d'autres pour la soutenir, soutenir sa famille et ses camarades. Notamment en lui envoyant - en prison - des cartes postales et des livres toutes les semaines. Et en appelant mes amis et mes réseaux à en faire autant. Et alors beaucoup de personnes, de par le monde, s'étaient mises à lui écrire...
Si bien que le pouvoir royal avait dû enrager. Et si bien qu'un de ses "journalistes" avait publié un article infect et abject dans un journal royal tout ce qu'il y a de royalement officiel. Ce journaliste donc y affirmait, sans sourciller, que si je faisais tant de tapages, depuis mon "hôtel 5 étoiles en Suisse, payé par les services secrets algériens et libyens" (sic), si je faisais tout ça, c'est seulement parce que j'ai une vue sur cette demoiselle, et qu'elle était clandestinement ma fiancée.
Si ce n'était l'honneur de cette jeune fille, je me serais amusé à confirmer ses dires. Lui et les siens en seraient devenus fous. Et leurs lecteurs aussi, et ç'aurait été bien fait pour eux tous.
Malgré tout, je n'ai pas écrit le moindre mot de protestation, alors même que je pouvais aisément en publier dans des journaux d'opposition.
On ne peut pas passer son temps à lutter contre la bêtise la plus abjecte. Sinon on passe 15 siècles à ne faire que ça, à sans cesse reculer et reculer et reculer encore. Et le meilleur est celui qui recule le mieux, comme de nos jours ces intégristes qui soufflent le chaud et le froid sur des sociétés et des pouvoirs à bout de souffle.

Et si je relève ce dernier torchon jeté sur une page facebook comme on jette un mégot par terre, ce n'est pas parce que ce pauvre type m'y traite de menteur. Ni qu'il me dénie ma qualité d'écrivain, ou mon passé militant connu de tous au Maroc et en France. Encore moins qu'il me considère comme un faux marocain etc. 
De tout cela je n'ai que faire. je pourrais même confirmer ses dires, ça lui ferait du bien à lui et ça ne m'enlèverait rien à moi. Non pas non plus à cause de ce qu'il pense – pour autant qu'on puisse appeler cela pensée.
Non, si je réagis, c'est uniquement parce qu'il insinue quelque chose de malsain à l'encontre d'une jeune femme marocaine avec qui j'avais échangé une petite heure. Et pour cause, elle est professeur de philosophie dans ma petite ville natale, loin très loin du désert où l'on se retrouvait. Et il le sait, cet homme qui se targue fièrement d'être un vrai marocain de pure souche sahraouie. Le mot vrai est pour ma gueule, pour ma gueule de bâtard franco-maroco-algéro-palestino-je-ne-sais-quoi-d'autre. C'est qu'il est lui aussi assigné à éprouver la plus grande fierté d'appartenir, lui et ses amis, à cette espèce très-très courante au Maroc. Celle des mâles virils qui ne supportent pas, mais alors pas le moins du monde, qu'une jeune femme marocaine puisse s'attabler seule sur une terrasse de bistrot, qu'on dirait que c'est exclusivement réservé à lui et aux mâles de son espèce. J'ai souligné en bleu dans son texte l'allusion honteuse, qui consiste à associer petite marocaine (allusion à la pédophilie) à coq et à obsédé. Tout y est. Quelle honte, quand on sait que la jeune femme attendait ses amis, et que dans cette attente, je devrais dire dans cette belle attente, elle m'avait relaté le dernier cours de philo qu'elle avait donné aux lycéennes et lycées de ma vallée natale. Et que j'avais été heureux de savoir qu'elle leur avait parlé du plus grand de tous les hommes et de tous les temps, Platon. Et accessoirement de Nietzsche. Et pendant qu'elle discourait studieusement de ces concepts qui ont structuré la pensée humaine, l'autre beau viril et ses non moins beaux acolytes la prenaient pour une pute.
Exactement comme ils prennent toutes ces femmes européennes qui leur viennent de si loin pour un peu de musique et pour peut-être beaucoup d'autres choses. 
D'ailleurs, dès que j'avais échangé avec l'une d'elles, une européenne de leur bande, l'un d'eux m'avait menacé mi-figue-mi raisin (mais beaucoup plus figue que raisin), il m'a dit tout de go qu'il me réglerait mon compte. J'en avais ri à gorge déployée. Mais un autre, plus malin, s'était hâté d'avertir la malheureuse de mon peu de moralité, en affirmant qu'il me connaissait parfaitement (d'où ? On ne s'est jamais vus, lui et moi), et qu'il savait tout aussi parfaitement que j'étais marié. Ou du moins que je n'étais pas divorcé (pas encore?). C'était si joli que j'aurais aimé le confirmer à cette jolie dame que de tels propos ont soudain inquiétée. C'était si joli, venant de ces hommes sans morale, qu'on ne verrait jamais à un tel festival avec leurs épouses. Épouses reléguées et confinées chez elles, comme le veut allah-le-très-très-grand, lequel allah qui a dû, bon gré mal gré, se conformer scrupuleusement aux traditions patriarcales qui ont mis en faillite l'espèce humaine. Sinon ils en auraient sûrement choisi un autre. Et toc ! 

En fait, à bien y réfléchir, cet homme a en partie raison de dire que je n'étais pas un vrai marocain. C'est que j'ai commis une faute que les purs marocains, comme lui et ses amis, ne commettent jamais : ils se disent guides, ils jouent aux guides. Mais il ne faut jamais le dire à haute voix, et encore moins l'écrire dans Mediapart.
Sûrement ils n'ont ni l'autorisation d'être guides, et encore moins une formation adéquate. Pour eux peut-être, être guide c'est d'abord être beau, et ce type-là est très beau, comme sont très beaux ses amis. Et ensuite savoir porter le chèche du pur arabe de souche sahraouie.
Et c'est largement suffisant, pour preuve toute cette belle gente de chez nous qui s'agglutine joyeusement autour d'eux. Euh... de chez nous?... euh...je veux dire... euh... de chez nous ici, quoi... vous avez compris ?

PS : les gribouillages sur le post sont de moi:
- Le rouge pour le mal qu'il fait à la langue de molière
- Le bleu pour souligner ses pensées malsaines

Mustapha Kharmoudi
Besançon, novembre 2019


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