Bien sûr, cette phrase n’est pas la mienne. D’ailleurs, je ne pourrais jamais me le permettre, n’ayant aucune raison valable de m’adresser d’une manière aussi cavalière à ce grand bonhomme pour lequel je n’ai qu’affection et estime. Comme vous le savez sans aucun doute, ce titre est inspiré de cette célèbre injonction (“Taisez-vous, El Kabbach !”) attribuée à Georges Marchais, l’inénarrable ex-Secrétaire Général du Parti communiste Français, et qui, en fait, a été inventée par l’inimitable Thierry Le Luron qui l’avait très astucieusement insérée dans un sketch d’anthologie.

Jean Pierre El Kabbach s’en était tellement émue qu’il l’avait choisie, beaucoup plus tard, comme titre pour un de ses ouvrages. Quant à moi, si j’ai décidé de l’emprunter à mon tour, c’est parce que malgré son caractère imaginaire, sa violence est telle qu’elle fait toujours, et à ce jour, hérisser les poils de tout démocrate qui se respecte. 

Bien entendu, cette formule est venue à mon esprit aussitôt que j’ai appris la démission du patron de la CGEM, suite à sa déclaration pour le moins intempestive – j’aime beaucoup ce mot qui vaut son pesant de sens et de son – et qui a fait réveiller les vieux démons de la langue de bois et du politiquement correct.
En vérité, ce n’est pas la démission très hâtive et très réactive de Monsieur Mezouar qui m’a surpris, mais le communiqué désormais historique publié par notre Ministère des Affaires Étrangères sur cette affaire et diffusé plusieurs fois à la radio et à la télé, à des heures de grande écoute.

Aussi bien la forme que le fonds, et aussi bien les mots que le ton, étaient d’une violence politique inouïe et inédite. Appréciez vous-mêmes : « M. Salaheddine Mezouar, président de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), a cru devoir commenter la situation interne en Algérie lors d’une conférence internationale tenue à Marrakech”… »Le gouvernement de Sa Majesté le Roi dénonce cette démarche irresponsable, maladroite et irréfléchie…”.
A mon avis, dans le cas d’une personnalité de haut rang comme M. Mezouar, plus violent et plus insultant que cela, tu meurs ! .

Dois-je rappeler que M. Mezouar a été plusieurs fois ministre, et non des moindres. Il a même été – le comble ! – à la tête du ministère des Affaires étrangères; sans parler de ses différentes autres fonctions précédentes dont notamment la Présidence du RNI – Rassemblement National des Indépendants.

C’est ce qu’on appelle, en politique et ailleurs, “une exécution publique”. 
Je n’ai pas décidé, comme ça, spontanément, de prendre sa défense. Je pense qu’il est assez grand pour se défendre tout seul, du moins s’il en a envie. Et puis, je suis sûr qu’il assume les responsabilités qui sont les siennes, et les siennes seul. 
En fait, ce qui m’a poussé à réagir c’est, d’une part, comme je viens de l’écrire, la rapidité violence de la réaction gouvernementale, par l’intermédiaire d’un de ses successeurs, et d’autre part, l’interprétation qui pourrait être donnée à cette gronderie en public par le commun mortels, et surtout, par d’autres “institutionnels”.

Vraiment, je ne voudrais pas être à la place du futur Président ou de la future Présidente de la CGEM. Je sais que je n’ai aucune chance de l’être, mais, franchement, au point où en sont les choses, je ne le regrette pas. J’en suis d’autant plus heureux que, comme vous me connaissez, plus on me dit de la fermer, et plus je l’ouvre encore plus grande.Plus sérieusement, je pense que ce qui vient d’arriver à M. Mezouar n’arrange pas du tout notre image ni, à l’intérieur, ni à l’extérieur.

De plus, elle plombe l’atmosphère qui n’était déjà pas très gaie. Je suis sûr que, désormais, chacun des “hauts responsables” de notre pays, et plus globalement les membres de nos classes politique et économique, va se sentir obligé de bien réfléchir avant de l’ouvrir, et peut-être, après réflexion, va préférer ne rien dire de peur de se faire tirer les oreilles, ou autre chose d’encore plus sensible, par les pères fouettards affectés à cette mission. 

Quant à moi, comme je pense que j’en ai déjà trop dit, je vais m’en arrêter là. 
Je vous souhaite un très bon week-end silencieux et serein, et je vous donne rendez-vous à la semaine prochaine pour un autre Vendredi, tout est dit.

PS qui n’a rien avoir : si jamais, entre temps, je suis amené, à l’insu de mon plein gré, à démissionner, vous en serez sûrement informés par un communiqué spécial, par la voie des médias publics et privés. 



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