Nous sommes face à une matière grise, hautement formée, dans les universités de Médine, de la Mecque, de Riyad, d’Al Azhar et d’autres universités occidentales en Europe et aux États-Unis. Une task force qui prépare une guerre idéologique contre les démocraties, qualifiées par des chercheurs de Harvard, de pays souffrant d’analphabétisme religieux généralisé et spirituellement incultes, et selon les islamistes radicaux.

L’intelligentsia incarnée par l’islam politique teste nos capacités de résilience face aux tentatives de déconstruction idéologique de nos valeurs politiques et sociétales. Elle s’intéresse, également, à notre capacité de réaction face à l’islamisation de la France, pour en faire un espace de polarisation politique de l’Europe occidentale.

Depuis les publications des caricatures de Mahomet, le regard haineux des islamistes se concentre sur nos vulnérabilités et sur l’opportunité que leur offre la laïcité par le maillage du territoire national par plus de 2600 mosquées et salles de prière, dont plus d’une centaine sont sous le contrôle des islamistes radicaux. Pour atteindre leurs objectifs, les prédicateurs radicaux analysent, par des voies détournées, la matrice globale de notre pays en utilisant tous les modes d’investigation, de prospective et de conceptualisation, dont la plus célèbre approche en matière de stratégie du marketing politique utilisée par les pays anglo-saxons pour détecter nos vulnérabilités, celles de notre droit, de nos institutions, de notre sédimentation sociologique, de notre matrice sociétale et, évidemment, de notre résilience politique. 

Il ressort une forme de classement de la France au premier rang des pays les plus hostiles à l’islam en général et aux musulmans en particulier, après les États-Unis et Israël. Dans leur rhétorique et leurs conférences, les islamistes radicaux parlent des quatre nations maudites « les ennemis d’Allah et de l’islam sont incarnés par la Francemassoniya, le grand Satan, le sionisme impur et le chiisme takfiriste ».

Historiquement, l’islam est une religion qui s’est métamorphosée en idéologie conquérante avec le concept du Califat. Une religion politique, politisée et politisable. La mort du prophète a laissé un vide juridique quant à sa succession. Ses compagnons se sont heurtés à une terrible équation : Comment transformer le statut prophétique en statut politique, et qui est légitime, en tant que profane, pour se succéder au Messager d’Allah ? Ainsi, trois Califes sur quatre ont été assassinés pour usurpation d’une fonction non reproductible.

Depuis cette séquence historique et jusqu’à nos jours, tous les pouvoirs ont été contestés, faute de légitimité. Des courants politico-théologiques se sont succédé les uns aux autres par la violence, par le takfirisme ou par la loi du sabre.

Ainsi, dans les pays arabo-musulmans, l’islam politique prospère en l’absence de régimes démocratiques et de dichotomie entre État et religion. En France, le vivre ensemble cède, de plus en plus, de la place au vivre entre soi et au communautarisme, au nom de la diversité, dans ses formes les plus corrosives. L’islam politique n’en pas demande pas autant.

Les Frères musulmans considèrent que leurs militants sont avant tous des électeurs et constituent un gisement électoral. Le double discours se manifeste par leurs icônes dans les banlieues sensibles qui défendent la possibilité de construire des listes électorales communautaires aux municipales pouvant conduire vers une démocratie électorale et non politique, vers un vivre ensemble constitué d’une mosaïque d’entre soi et vers une société selon le modèle anglo-saxon en utilisant habilement une sémantique élaborée pour hypnotiser la France, ré islamiser les Français issus de l’immigration et coopter les convertis.

L'auteur
Youssef CHIHEB est professeur-associé à l’Université Paris XIII Cité-Sorbonne. Il est également consultant en géopolitique du monde arabe pour France 24 (arabophone).

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