Dans une interview, en date du 21 octobre 2011, la députée PJDiste Nezha El Ouafi a répondu aux questions de Aujourdhui.ma.

ALM : Que pensez-vous du vote par procuration ?

Nezha El Ouafi : L’article 72 de la loi organique instituant le vote par procuration est un point qui a attisé la colère des MRE. La Coalition des associations des MRE a publié dans ce sens un mémorandum à l’adresse du Conseil constitutionnel contre les dispositions de cet article. Malheureusement, l’arrêt du Conseil constitutionnel concernant la loi organique n’a vu en cet article aucune contradiction avec la Constitution. Ainsi le vote par procuration a été consacré comme une exception pour l’ensemble des Marocains de la métropole et une règle pour les MRE. Ce qui est à notre sens contraire à la logique de l’étape délicate et décisive que vit le Maroc. 

Que reprochez-vous à la loi organique sur la Chambre des représentants ?

La loi organique sur la Chambre des représentants n’est pas venue avec des dispositions spéciales et une nouvelle vision pour la gestion du dossier des Marocains résidant à l’étranger. Ainsi aucun représentant des MRE ne siègera au prochain Parlement, alors que ce dernier débattra, entre autres programmes, du budget, du bilan, d’institutions qui traitent du sort des MRE, tels le ministère des MRE, le Conseil consultatif des MRE et le ministère des affaires étrangères. Ceci cantonne ces institutions à une approche traditionnelle se limitant à répondre aux besoins culturels et communicationnels des émigrés. Elles omettent la valeur ajoutée des MRE, leurs apports en aptitudes et savoir-faire intellectuels et professionnels. On ignore ainsi des générations de Marocains qu’il faut au contraire intégrer et impliquer dans le développement du pays, dans le cadre notamment du chantier de la régionalisation avancée et pour un véritable entretien des liens des MRE avec leurs racines. Ceci s’oppose à l’esprit de la nouvelle Constitution appelant à une approche participative, mobilisant toutes les composantes de la société, notamment les MRE. 

Que proposez-vous comme mesure pour une meilleure représentativité des MRE?

Il faut l’établissement de circonscriptions à l’étranger pour qu’il y ait des représentants des MRE dans les institutions législatives nationales. Un pays comme la Tunisie prévoit cela pour ses expatriés. Aussi, le Maroc permet aux résidents étrangers de voter lors des échéances de leurs pays d’origine, alors que nos citoyens à l’étranger votent par procuration. Ceci dans un contexte où l’on voit par exemple des gens comme le député Thierry Mariani vouloir interdire à travers une pétition le vote aux étrangers lors des élections municipales. 

Remarques du Pr Abdelkrim Belguendouz, universitaire à Rabat et chercheur en migration
(18 octobre 2019)
1) Rappelons que cette interview de la députée du PJD, Madame Nezha El Ouafi date de la veille des premières élections législatives organisées début novembre 2011, en application des dispositions de la nouvelle constitution profondément remaniée par référendum du 1er juillet 2011 auquel avaient participé par vote direct les citoyens marocains à l’étranger à partir notamment de leurs pays de résidence . Son parti, le PJD, était encore dans l’opposition. Son secrétaire général à l’époque , Abdelilah Benkirane avait, dans une déclaration au «Courrier de l’Atlas» datée du 10 novembre 2011, fustigé cette procédure de vote pour les Marocains établis à l’étranger en disant : « le vote par procuration est une insulte. Une façon de dire que les MRE étaient bons quand il s’agissait de faire passer le référendum et que maintenant qu’il s’agit de législatives, ils ne servent plus à rien » .
2) Or une fois au gouvernement qu’il dirigeait , le secrétaire général du PJD, chef du gouvernement a maintenu cette procédure inique et désastreuse à l’égard des MRE lors des élections législatives du 7 octobre 2016. Au même moment, des candidat(e)s du PJD à ces législatives faisaient campagne pour que les MRE votent pour eux (elles) par procuration.. il en est de même des campagnes de sensibilisation menées dans cet esprit auprès des MRE par des responsables du PJD, notamment en France .
3) L’essentiel maintenant est de chercher des solutions pour l’avenir, Or dans l’interview précitée, la solution préconisée nous paraît toujours valable pour la représentation des MRE à la Chambre des Représentants : «il faut l’établissement de circonscriptions à l’étranger » . Précisons que pour la Chambre des Conseillers dont la représentation se fait par vote indirecte, la représentation des MRE nécessite préalablement une réforme de la Constitution pour ajouter un collège MRE pour la composition de la Chambre
4) Par conséquent et s’agissant notamment des droits politiques des citoyens marocains établis à l’étranger , la nouvelle ministre déléguée, chargée des Marocains résidant à l’étranger sait ce qu’il ne faut pas faire et ce qu’il faut faire . Elle n’a nullement besoin d’être encore sensibilisée ou prendre du temps pour s’approprier ce dossier . Ces droits politiques des citoyens MRE, elle les a défendus par conviction avec ardeur au parlement et sur la scène publique, Elle sait donc ce qu’il faut faire. Tout comme elle peut le faire, étant maintenant membre du gouvernement, chargée précisément du secteur MRE . Mais il y’a une autre condition maintenant : il faut le vouloir. . La volonté politique est incontournable . S’agissant des droits politiques. dès MRE, c’est sur l’existence de cette volonté et courage politiques que la mission peut réussir, ce que nous souhaitons vivement, dans l’intérêt de nos compatriotes établis à l’étranger et de la nation marocaine toute entière.

Rabat, le 18 octobre 2019
Abdelkrim Belguendouz Universitaire à Rabat, chercheur en migration


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