Asmaa Azizi, doctorante au Celsa, Université Paris IV Sorbonne, a participé au projet de cartographie du web de la diaspora marocaine dans le monde, en 2011. Aujourd'hui, elle s'intéresse à la problématique de la pratique politique transnationale à travers les blogs. Elle nous a détaillé les liens entre le web marocain et celui de la diaspora à travers les blogs politiques. 

Yabiladi : Quel était le fondement du projet de E-diaspora ?

Asmaa Azizi : Le projet e-diaspora est parti de la remise en question de la thèse de la double absence du migrant développée par Abdelmalek Sayad. Le migrant serait à la fois absent de son pays d'origine, de fait physiquement, et serait également absent de son pays d'accueil. Puisqu'étranger, il n'a pas tous les droits civiques des nationaux, il n'est qu'un citoyen de seconde zone. Selon la thèse de Dana Diminescu qui est à l'origine du projet, le migrant est réellement présent dans les deux pays grâce aux nouvelles technologies, à internet. Il maintient activement les liens avec son pays d'origine grâce à des médias comme Skype, Facebook, ... Nous avons donc étudié avec Dana et Matthieu Renault les liens entrants et sortant des sites et blog des Marocains de la diaspora du monde entier sans distinction, pour établir une cartographie (voir photos) des liens "virtuels" de cette diaspora.

Quelles ont été les conclusions de cette cartographie des 'connexions' de la diaspora marocaine ?

Nous avons constaté qu'il y avait une petite blogosphère dont les membres étaient intensément connectés entre eux, d'une part et d'autre part un ensemble de sites institutionnels comme ceux du CCME, du ministère des MRE... Les deux ensembles étaient largement déconnectés. [Dans cet ensemble, Yabiladi.com lui même ressortait avec Bladi.net, comme un site bridge qui faisait le pont entre les deux ensembles, selon Matthieu Renault] En parallèle, on a pu constaté, même si ce n'était pas réellement l'objet de notre recherche, que les liens entre la blogosphère de la diaspora et celle située au Maroc étaient intenses.

Quels sont les rapports entre la blogosphère marocaine et celle de la diaspora ?

Dans nos projets ont parle souvent de web du migrant, mais la frontière avec le web marocain est très poreuse. Les citations entre blogs sont nombreuses. Les uns viennent commenter les publications des autres... Il y a des liens importants et une complémentarité. Les blogs politiques des migrants constituent un espace de liberté d'expression pour le discours d'opposition vis à vis du pouvoir en place au Maroc. Non que les médias et blogs marocains ne soient jamais critiques, mais les blogs à l'étranger sont très visités et médiatisés par la presse internationale. Ils offrent une visibilité internationale à cette opposition politique

Comment expliquer l'intérêt conservé pour la politique marocaine nationale par certains migrants ?

Des études ont montré que lorsqu'un migrant est bien intégré, qu'il devient un modèle de réussite, il conserve souvent un lien fort avec son pays d'origine. Tous les bloggeurs marocains en Europe de l'ouest que j'ai rencontré m'ont affirmé que leur intérêt pour la politique marocaine est né avec leur départ. Les migrants ont une position d'objectivité. Ils voient les systèmes des deux pays et en viennent rapidement à faire des comparaisons. Au début, il s'agissait plutôt de blogs généraux qui ont basculé dans la politique et l'opposition à la faveur du Mouvement du 20 février.

In fine vous avez quitté le projet e-diaspora. Que lui reprochiez-vous ?

Je pense que cette théorie qui explique les liens de la diaspora seulement par l'émergence des nouvelles technologies est illusoire, car elle fait table rase du passé ; comme si tous ces liens et la médiatisation de la pratique politique des migrants n'existaient pas auparavant. Par la suite, en m'intéressant aux blogs politiques au sein de la diaspora, j'ai découvert qu'ils étaient le prolongement de journaux, de publications diverses publiées dès les années 30, en France, par les immigrés marocains avec le soutien des syndicats et d'intellectuels de gauche. Il est certain qu'internet a accéléré le phénomène, rendu les échanges, les publications plus aisées, mais il n'a pas bouleversé les pratiques.





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