Il faut être fou ou très arriéré pour continuer de pénaliser l’amour. Et pour prétendre exercer une tutelle sur le corps d’une femme adulte. L’histoire de la jeune Hajar, 28 ans, jetée en prison pour des «crimes» qui relèvent de sa liberté individuelle (rapports sexuels hors-mariage, avortement), a un point positif, un seul, mais il est de taille. Elle rappelle combien le code pénal marocain est obsolète, liberticide, ridicule. La criminalisation du sexe et de l’avortement, qui sont des dispositions héritées de la charia islamique, ne sont pas compatibles avec les standards de notre époque.

Il faut être fou ou très arriéré pour continuer de pénaliser l’amour. Et pour prétendre exercer une tutelle sur le corps d’une femme adulte.

Samedi dernier, donc, une jeune femme de 28 ans se rend dans une clinique obstétrique, en compagnie de son amoureux. Elle en ressort quelques minutes plus tard (a-t-elle avorté ou simplement consulté pour saignements et douleurs au bas ventre? La justice tranchera) et, au lieu de se retrouver chez elle, elle est menottée et emmenée dans un hôpital où elle subit, malgré elle, expertise sur expertise, les jambes ouvertes et l’esprit perdu, devant un va-et-vient de policiers, de médecins et de badauds…

Et elle finit cette journée folle et traumatisante en prison, où elle croupit encore en attendant d’être jugée.

Racontez cette histoire à n’importe quelle citoyen du monde, il vous dira: «Mais vous êtes fous, votre pays est fou?».

Il ne vous demandera pas le pourquoi du comment, il ne cherchera pas anguille sous roche, il ne vous demandera pas comment elle s’appelle, si elle est islamiste ou laïque, journaliste ou femme de ménage, ou nièce de quelqu’un. Il ne vous demandera même pas si la police lui a tendu un piège.

Tout ce bazar est secondaire, dérisoire.
Peu importe l’identité de son père ou de ses oncles, le métier qu’elle exerce, son idéologie, les détails de sa vie privée, l’histoire de sa famille, que son amoureux ait demandé ou non sa main.

Il va vous regarder droit dans les yeux et hurler, pour vous réveiller: «Mais on s’en fout!».

Derrière toutes les contingences, réelles ou supposées, l’histoire de Hajar a une dimension universelle et irréductible. C’est d’abord l’histoire d’une jeune femme jetée en prison parce qu’elle aime un homme. Le reste, c’est du détail. 

C’est tout ce que nous avons besoin de savoir, pour le moment, de cette affaire. Ce qui importe aujourd’hui, c’est de libérer cette jeune femme.

Son crime, c’est d’avoir aimé et d’avoir disposé librement de son corps. Elle a raison de le faire, même si le code pénal dit le contraire.



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