Il y a bien longtemps, alors que je pétillais plus haut que mon verre et pétais plus haut que mon postérieur, je m'étonnais constamment à la vue des Européens qui ont élu la solitude pour compagnie. 

Alors que je venais d'immigrer à Paris, je ne pouvais admettre que des femmes et des hommes puissent tout au plus fréquenter des chiens et des chats en lieu et place de leurs contemporains de l'espèce humaine. 

Les années et les décennies passant, j'ai fini par comprendre que rien de tout cela n'est guère simple et que l'apprentissage de la solitude constitue un art de vivre à part entière. En effet, solitude n'est point esseulement, tout comme, dans la galaxie soufie, "tajrid" n'est pas "tafrid". 

La solitude est singularité quand l'esseulement est isolement. 

Sans creuser davantage ces concepts, j'en viens à l'essentiel de mon propos. J'ai aujourd'hui compris que la pensée complexifiée ne supporte nullement l'attroupement et le brouhaha moutonnier. Elle exige un sens profond de la solitude qui est le propre de toute libre-pensée. 

Les plus grands personnages politiques occidentaux savaient pratiquer cette solitude nourricière. De Gaulle, Churchill, Mitterrand et d'autres grands ténors de la politique mondiale savaient se retirer dans des quant-à-soi où la lecture, la musique, l'écriture ou simplement les longues marches abreuvaient les neurones de puissance.

A cet égard, je n’ose évoquer a fortiori les esprits supérieurs de la philosophie, des arts et de la pensée qui n’ont pu éclore qu’à la faveur du silence et du quant-à-soi.

Alors que la solitude est le berceau de la singularité, comment peut-on, un jour, espérer lécher les murs de l'excellence au milieu du vacarme et des appétences ridicules qui ont envahi notre monde post-modernitaire ?

D’autant que le clan, la tribu, la communauté, le "nous" constituent encore autant de tombes de cette même excellence. Ici la peur de soi-même guette. Plus que la mort elle-même, on redoute le miroir.

L'affrontement de soi n'est d'ailleurs pas chose aisée pour le commun des imaginaires pétris de certitudes.

J’ai longtemps privilégié les copinages tonitruants, les franches rigolades et même les beuveries bon enfant. Aujourd’hui, ni mes articulations, ni ma tension artérielle, ni mes profondes désillusions ne tolèrent les fréquentations inutiles et les palabres stériles. Là est ma sérénité.
Je sais que la vie est belle, mais je n’en suis cependant que le triste greffier ! 

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste
10 septembre 2019



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