A l’approche des élections législatives de 2021, le RNI multiplie les rencontres avec ses sympathisants dans des pays d’Europe et d’Amérique. Selon le politologue Aziz Chahir, cette campagne avant l’heure est un ballon d’essai pour préparer la révision du code électoral puis l’adoption des décrets d’application qui autoriseront les MRE à accomplir leur devoir électoral. En fonction de ses résultats, la 13èmerégion sera autorisée à voter ou pas.

Deux ans avant le rendez-vous de 2021, les Marocains résidents à l’étranger ne sont toujours pas autorisés à se porter candidat ou à élire directement (sans procuration) leurs représentants alors que l’article 17 de la Constitution énonce pourtant clairement «qu’ils jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d'être électeurs et éligibles (…) en se portant candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales, régionales et nationales.»

Pour cela, il faudra d'abord réviser, après consensus gouvernemental et parlementaire, le code électoral puis élaborer des décrets d’application qui fixent les critères spécifiques d'éligibilité et déterminent les conditions et les modalités de l'exercice effectif du droit de vote et de candidature à partir des pays de résidence.

Le RNI en éclaireur 
Cela n’a pas empêché le RNI de mettre sa machine électorale en branle en Allemagne et au Canada pour mobiliser un maximum de sympathisants et les convaincre in fine de voter pour lui en 2021.

Sollicité par Médias24, le politologue Aziz Chahir voit dans cette mobilisation partisane le lancement d'un ballon d'essai pour initier une éventuelle mise en oeuvre de l’article 17 de la Constitution avant le prochain scrutin législatif.

"Le Chef du gouvernement a récemment précisé que le vote des MRE ne sera pas abordé tant que cette question n'aura pas été inscrite dans le code électoral.

"Ce n'est donc qu'après sa révision que les ministères de tutelle (affaires étrangères, MRE, Intérieur) pourront élaborer les décrets d’application pour concrétiser le vote des MRE avec les dispositions logistiques et sécuritaires qui s'imposent.

"Pour cela, ils pourront s'appuyer sur l'expérience passée de 1984 à 1993 où les MRE qui étaient au nombre de 2,3 millions avaient 6 députés qui les représentaient pour les 5 circonscriptions (Europe du nord, France Nord, France Sud, Belgique , Moyen-Orient et reste du monde) où ils étaient installés.

"Si en 1993, le défunt Hassan II a annulé la représentation des MRE, le discours royal de 2006 a rouvert le débat sur leur éligibilité qui a ensuite été inscrite dans la Constitution de 2011.

"Sachant qu'on ne part pas de zéro, le RNI est donc parti en éclaireur pour baliser le terrain et éventuellement s’assurer que d’ici deux ans, les MRE puissent jouir de leurs droits en se faisant représenter.
Nécessaire révision du code électoral

"Aujourd’hui, le débat refait surface mais il faudra d’abord qu’il y ait une révision du code électoral avec des dispositions dédiées aux MRE (nouvelle carte électorale avec la création d'une 13ème région, mode de scrutin propre au vote des MRE...).

"Cela suppose donc que la majorité gouvernementale arrive à trouver un consensus sur les nouvelles conditions de représentativité et d'éligibilité des MRE qui seront élaborées par le ministère de l'Intérieur assisté d'une commission tripartite (MAE-MRE-MI).

"En dernier lieu, le parlement devra valider le contenu de la révision du code électoral avant que les ministères de tutelle (MAE et MRE) ne mettent en oeuvre des décrets d'application spécifiques au vote des MRE (organisation, financement, contrôle ...) qui demanderont 1 à 3 mois d'ingénierie juridique. 

"Si le RNI se déplace à l’étranger, c’est que le moment est venu de lancer la machine et de faire aboutir l’article constitutionnel qui traine depuis 8 ans et depuis plusieurs scrutins (2011 et 2016).

"En réalité, il n’est pas le seul car le PAM s’est déjà rendu aux USA pour la même raison et d’autres partis comme le PJD, l’Istiqlal et l’USFP disposent aussi de bases-arrières en Europe et en Amériques.

"C’est une décision qui sera lourde à appliquer car elle demande une logistique très coûteuse dans les consulats sans compter qu’il va falloir sécuriser le vote des candidats pour éviter des infiltrations de groupes extrémistes et des manipulations.
Le vote des MRE, effectif en 2021?

"Selon moi, la révision du code électoral puis la mise en oeuvre des décrets d’application dépendront des résultats de l’opération du RNI.

"Ce n’est qu’en fonction des informations collectées que les MRE jouiront ou pas de leurs droits d’ici 2021 car même si les sondages sont interdits, on s'informe sur les tendances car le risque d’une vague PJD n’est pas à écarter.

"Si l’électorat MRE est jugé sûr et ne présente pas le risque de vote islamiste, la mise en oeuvre de leur vote est possible avant 2021 mais dans ce cas, le PJD fera tout pour la retarder car elle ne sera pas dans son intérêt", conclut le politologue qui ajoute que l’on devrait être fixé à partir de 2020 voire début 2021.

Précisons que malgré notre insistance, plusieurs membres du RNI ou du PJD n’ont pas accepté de s’exprimer sur la mise en œuvre du vote des MRE car "la campagne est loin d’avoir commencé".

En outre, le ministre délégué auprès des Affaires étrangères chargé des Marocains résidant à l’étranger et des affaires de la migration qui sera justement associé à la préparation des décrets d’application, est resté injoignable.




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