La «Dakira », de ce mardi 3 septembre, comprend deux textes : En premier lieu, il s’agit de l’interview donnée par Abdellah Boussouf, secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, parue en arabe dans l’hebdomadaire arabophone marocain « Al Ayam » du 13 juillet 2017. Sa traduction en français a été publiée le 26 juillet 2017 par le site Atlasinfo.Fr.

Cette interview du SG du CCME a fait l’objet d’une réponse d’Abdelkrim Belguendouz, universitaire à Rabat, chercheur en migration, publiée par WakeUpInfo le 18 juillet 2017. 

Ci-dessous,  l’interview de Abdellah Boussouf :
M. Abdellah Boussouf, Secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), a accordé un entretien à l’hebdomadaire arabophone Al Ayyam dans lequel il a abordé les problématiques liées à l’exercice du conseil et les dysfonctionnements au sein de cette institution, créée depuis près de 10 ans. Il expose, à partir de son expérience de responsable au CCME et à travers son vécu d’immigré pendant plus de 20 ans, les défis et enjeux qui s’imposent à la communauté marocaine à l’étranger. Atlasinfo a publié la traduction intégrale de cet entretien:

Le CCME est une institution créée pour les Marocains du monde, quelles sont ses principales missions ? 
Le Conseil est une institution consultative créée en décembre 2007, dont la mission est d’évaluer les politiques publiques et de présenter des avis sur l’évolution de ces dernières afin de les adapter aux attentes et aux besoins des Marocains du monde. Le CCME est aussi un espace de réflexion et de prospective sur l’avenir de la communauté marocaine à l’étranger, qui prend également la défense des catégories les plus défavorisées de cette population et en fait part au gouvernement.
Ainsi, le CCME n’a pas de prérogatives exécutives, c’est une institution consultative et de prospective mise à la disposition du pouvoir exécutif pour lui fournir des avis sur les nouvelles problématiques liées à la migration. Le gouvernement est de ce fait libre de prendre ces avis en considération ou de ne pas en tenir compte.
La dernière en date des correspondances a été faite au Chef du gouvernement, M. Saâdeddine El Othmani, dès la prise de ses fonctions, concernant plusieurs points liés aux attentes des Marocains du monde. Pour nous, cette correspondance a été reçue plutôt positivement, puisque quelques points ont été repris dans la déclaration gouvernementale, même si nous aspirions à une prise de conscience plus importante.

Même si votre mission consiste à présenter des avis consultatifs, nous avons fait le constat que leur nombre était très limité … 
Nous transmettons les avis à qui de droit et ne sommes pas obligés de les annoncer dans des communiqués de presse. Le CCME a présenté un nombre illimité d’avis même si l’exécutif n’interagit pas forcément.
Nous avons publié des études et des documents sur les sujets sensibles de la migration marocaine, comme la question religieuse que nous avons traitée en 2009 déjà. Depuis 2010, le conseil a travaillé sur les catégories fragiles de la migration : les mineurs non accompagnés, les retraités, les femmes … et présenté plusieurs avis là-dessus. Nous avons également travaillé sur l’évaluation des valeurs immobilières et l’avons évoqué au sein du comité ministériel, ça n’a pas eu de suite. En ce qui concerne les dossiers des Marocains du monde renvoyés en justice, nous avons appelé à accélérer le cours des procédures judiciaires et avons discuté de la nécessité de créer un système judiciaire spécial pour traiter leurs affaires, semblable au code la famille.
Nous devons être conscients que les Marocains résidant à l’étranger ne peuvent passuivre,au même titre que les citoyens résidant au Maroc, les procédures judiciaires normales, puisqu’ils ne passent au Maroc qu’une période courte et définie.
Revenons à la question sur le nombre des avis consultatifs que nous avons produit : les Marocains du monde jugent le conseil en référence à ce qui a été fait par rapport à leurs attentes, et nous les comprenons car nous avons pu réaliser, depuis la création du conseil, leurs besoins et leurs problèmes. Mais je dois encore rappeler que le CCME est une institution consultative, qui attend à son tour la prise en charge de ces problèmes par le gouvernement.

Avez-vous des mécanismes de pression pour que les avis que vous produisez puissent être pris en compte ? 
Juridiquement, le CCME n’a aucun outil de pression, nous ne pouvons que sensibiliser ou attirer l’attention des responsables de l’exécutif et je peux vous assurer que nous accomplissons cette mission. Je me suis moi-même, en tant que Secrétaire général du conseil, transformé en un journaliste des questions migratoires, en plus des correspondances et des actions officielles afin de constituer des éléments de pression. Cependant, nous ne pouvons pas obliger le gouvernement à agir puisqu’il jouit d’une légitimité électorale législative ou le ministre est responsable devant le Parlement, au sein duquel l’exercice gouvernemental est évalué.
En bref, la fonction consultative du CCME a été définie par Dahir, c’est pour cela que nous ne pouvons imposer à l’exécutif d’appliquer nos recommandations qui n’ont aucun caractère obligatoire.

Coordonnez-vous vos actions avec celles du Ministère délégué chargé des Marocains Résidant à l'Étranger et des Affaires de la Migration ? 
Il n’y avait pas de coordination avec le gouvernement précédent, donc il n’y a avait pas d’interaction avec les activités du conseil. En ce qui concerne le gouvernement actuel, je ne peux pas me prononcer puisque sa nomination est récente, mais on reste en général optimiste, puisqu’une partie de nos demandes a été formulée dans la déclaration gouvernementale suite à notre correspondance avec le Chef du gouvernement dès sa nomination par Sa Majesté le Roi. Le CCME a, au lendemain de la déclaration gouvernementale, écrit une lettre à M. Saâadeddine El Othmani pour le remercier d’avoir pris en considération notre correspondance, tout en rappelant que le conseil se tient à la disposition entière du gouvernement afin de préparer des propositions de lois concernant la communauté marocaine à l’étranger.
En ce qui concerne le ministère délégué chargé des Marocains Résidant à l'Étranger et des Affaires de la Migration, on peut dire que la coordination est en cours de discussion et que nous souhaitons que les échanges soient plus significatifs que par le passé, en tenant compte des attentes et besoins des Marocains du monde.

Parmi les questions les plus débattues, celles de la participation politique et de la représentativité des Marocains du monde. Qu’avez-vous fait pour concrétiser cette promesse constitutionnelle ? 
C’est une problématique importante à laquelle le conseil a alloué un intérêt particulier en formulant des recommandations écrites et en publiant un livre qui résume les activités du groupe de travail du CCME « Citoyenneté et participation politique », avec des suggestions pour concrétiser la participation politique des Marocains du monde. Cette dernière ne se limite pas uniquement aux deux chambres du parlement, mais s’étend, comme le stipule la Constitution, aux institutions de gouvernance. D’ailleurs, Sa Majesté le Roi a demandé au gouvernement, dans son discours en 2015, d’accélérer les processus d’intégration des Marocains du monde dans les institutions de gouvernance et de démocratie participative.
Il est clair que la participation politique dans les deux Chambres du parlement nécessite une nouvelle loi, et comme on le sait, les projets de lois sont du ressort du gouvernement. Le gouvernement sortant a ignoré cette question tout au long des cinq années de son mandat, malgré les propositions faites par les partis de la majorité et de l’opposition.
De notre point de vue, la représentativité des Marocains du monde doit commencer dans les institutions de gouvernance, pour passer dans une deuxième étape à la Chambre des Conseillers, comme c’est une chambre « sectorielle », ou patronat, syndicats et autres organisations sont représentés, ce qui nous invite à nous demander quelles sont les raisons qui empêchent la communauté marocaine à l’étranger d’y être représentée ? Nous avons invité auparavant le Chef du gouvernement sortant à prendre en considération notre vision de la participation politique des Marocains du monde mais en vain, même le ministère chargé des Marocains Résidant à l'Étranger et des Affaires de la migration n’a jamais abordé le sujet.

Pouvez-vous nous détailler plus votre vision de la participation politique et de la représentativité de la communauté marocaine à l’étranger ? 
Premièrement, il faut accélérer le processus d’intégration des Marocains du monde dans les conseils de gouvernance qui ne nécessitent pas une nouvelle loi, comme le Conseil supérieur de l’enseignement, l’Instance centrale de prévention de la corruption, le Conseil de la concurrence et le Conseil économique, social et environnemental. Après cette étape, l’on peut entamer la représentativité au sein de la Chambre des Conseillers avec l’appui des associations marocaines dans les pays d’accueil qui pourront créer des conseils régionaux selon le découpage consulaire, ou seront élus les grands électeurs.
Si le patronat élit ses grands électeurs pour les représenter au Parlement, la communauté marocaine à l’étranger peut suivre ce modèle par le biais des associationsqui la représentent. Si cetteétape est réalisée, on aura atteint deux objectifs : restructurer le tissu associatif fragmenté et mal organisé et contribuer à créer des conseils consulaires à même d’accompagner le travail des consulats, dans le cadre d’une politique de proximité. Quand la communauté marocaine à l’étranger aura ses représentants dans la deuxième Chambre, l’on pourra ensuite procéder graduellement à la maturation des conditions de leur représentativité à la première Chambre, comme l’a demandé Sa Majesté le Roi dans son discours.
Pour ceux qui en veulent au CCMEde ne pas avoir concrétisé la participation politique des Marocains du monde dans les institutions législatives, je leur dis qu’ils le font sûrement par ignorance.
Evoquons une autre question d’une importance extrême : nous demandons depuis bien longtemps une loi organique pour le conseil, sachant que nous sommes, nous-mêmes, les premières personnes endommagées du non renouvellement de ses structures, qui se trouvent aujourd’hui dans un état d’inertie, puisque le président du CCME est aussi responsable d’une autre institution et a cessé d’exercer ses missions au sein du conseil. Je travaille, en tant que Secrétaire général, dans le cadre qui m’a été défini par loi et je ne peux pas, de ce fait, communiquer avec certaines institutions car je n’y suis pas habilité.

Du point de vue juridique, ou se manifestent les problèmes du CCME ? 
Il faut revoir expressément la situation juridique du Conseil et je suis, personnellement, des plus endommagés de cette situation. Nous ne pouvons poursuivre dans ces conditions jusqu’à l’infini. Il faut mettre fin à cette situation en nommant de nouveaux responsables, sachant que l’Etat a tout le pouvoir pour le faire. Nous avons déjà présenté un projet de loi dans ce sens, mais comme vous le savez, nous n’avons la possibilité de le soumettre ni au parlement, ni au Secrétariat général du gouvernement, ni au Conseil des ministres.

A qui avez-vous présenté ce projet de loi ? 
Nous l’avons présenté au gouvernement et aux partis politiques, c’est tout ce que nous pouvons faire.

Loin des problèmes du CCME, quels sont les principaux défis et problématiques à relever par la communauté marocaine à l’étranger ? 
Il y a des défis à l’échelle mondiale qui s’imposent à la communauté marocaine à l’étranger, comme celui du terrorisme, qui cible principalement les jeunes. C’est pour cela que nous devons nous atteler sur l’encadrement religieux de cette catégorie à travers la mise en valeur du modèle marocain qui se définit par le juste milieu, la tempérance, le respect de l’autre et le vivre-ensemble. Ceci ne peut se réaliser sans la formation de cadres religieux capables d’interagir avec les jeunes dans les langues des pays d’accueil, munis de savoir dans les sciences humaines, l’histoire de la pensée occidentale et les institutions occidentales, à même de formuler un discours islamique en phase avec les questions contemporaines dans les sociétés d’accueil, à savoir la modernité, l’égalité des sexes …
Le deuxième défi à relever est celui de la culture que nous exportons à la communauté marocaine à l’étranger, vouée à l’évolution et à l’adaptation, pour que le Marocain, ou qu’il soit, puisse avoir les outils qui lui permettent une citoyenneté complète dans le pays d’accueil, sans pour autant se déraciner du pays d’origine. Dans ce cadre, nous avons présenté un ensemble de recommandations comme, par exemple, la création d’agences culturelles, afin de promouvoir la culture marocaine à l’étranger.
Le troisième défi est lié à notre capacité à refléter la vraie image du Maroc, à travers la promotion des grands chantiers que le Royaume a entrepris que ce soit sur le plan démocratique, économique ou sur plan humain, de la justice, des droits de l’homme, des droits des minorités… Mais laissez-moi vous dire que le vrai problème est que plusieurs institutions travaillent sur l’image du Maroc à l’étranger sans la moindre coordination, ce qui nous mène à penser au principe de rationalisation des enveloppes budgétaires allouées à chaque institution. Pour remédier à cela, nous avons recommandé la création d’une agence qui rassemble tous les intervenants, affiliée au Ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale, comme l’Institut français, l’Institut Cervantès, le Centre culturel allemand Goethe-Institutou l'Institut de formation et d'enseignement de la langue chinoise « Confucius ».
Il y a aussi une demande urgente de répondre aux besoins administratifs de la communauté marocaine à l’étranger. Les services administratifs doivent se développer pour pouvoir servir les Marocains du monde, qui ne peuvent pas passer leurs vacances annuelles dans les halls des tribunaux et des administrations publiques.
Le secteur bancaire doit également se développer puisque les banques réalisent des bénéfices extraordinaires grâce aux transferts d’argent des Marocains de l’étranger, sans pour autant investir économiquement dans les régions d’origine de ces derniers. Si l’on prend l’exemple de la région du Rif, qui connait des tensions depuis quelques temps, on réalise que les bénéfices en devises enregistrées grâce aux transferts des Marocains du monde n’ont pas motivé les banques à jouer un rôle dans le développement local.

Comment le CCME est-il présent dans les pays d’accueil ? 
Nous engageons des opérations d’écoute et de suivi, et nous nous apprêtons actuellement à organiser un atelier mobile à partir du mois de septembre dans plusieurs villes européennes, dont l’objectif est d’écouter les jeunes. Nous sommes conscients que l’intégration des Marocains du monde dans les sociétés d’accueil reste un des défis majeurs. Les questions à se poser sont comment élaborer des politiques publiques qui ne se confrontent pas aux orientations de l’intégration ? Comment activer les conventions que le Maroc a signées avec plusieurs pays afin de faciliter l’intégration des Marocains du monde dans les sociétés d’accueil ?
Nous aspirons, dans le cadre de la régionalisation avancée, à ce que la communauté marocaine à l’étranger puisse devenir un levier de développement dans les régions d’origine. Pour cela, il faudra simplifier les procédures et encourager les investissements et il y a, dans ce cadre, plusieurs expériences de pays développés desquelles l’on peut s’inspirer.Nous avons l’assurance que l’apport des Marocains du monde aux grands chantiers lancés par le Royaume sera décisif et aura une valeur ajoutée certaine puisqu’ils vivent dans des pays démocratiques, c’est bien pour cela que nous demandons d’activer leur intégration dans les conseils de gouvernance.
Pour ce qui est des transferts, on pense qu’il faudra engager un grand débat avec tous les partenaires impliqués et je suis convaincu que la communauté marocaine à l’étranger est un acteur principal de l’économie marocaine car si le tourisme constitue la première source de devises, nous ne devons pas oublier que la moitié de ces devises est transférée par les Marocains du monde. Même l’agriculture, qui constitue la deuxième source, paye une partie de ses dépenses en devises, on pense à l’énergie, aux engrais, à l’expertise, au marketing …
Notons aussi un paramètre important : les rentrées d’argent des Marocains du monde sont régulières car si l’agriculture dépend des changements climatiques, et si le tourisme dépend des offres, des difficultés des marchés et des guerres, les transferts de devises des Marocains de l’étranger restent stables. Rappelons dans ce cadre un fait marquant : pendant la crise financière qui a ravagé l’Europe en 2008, les Marocains du monde ont maintenu les transferts financiers au même niveau. Leur sacrifice pour les leurs et pour leur pays malgré la crise a d’ailleurs été salué par le discours de Sa Majesté le Roi, à l’occasion de la fête du trône en 2008.
Pour toutes ces raisons, les Marocains du monde ont le droit de toucher les retombées concrètes de leurs transferts financiers, à chaque fois qu’ils rentrent à leur pays. J’appelle donc, du haut de cette tribune, les banques à se munir de l’esprit de citoyenneté et à y voir plus que des bénéfices financiers.
Je voudrais tant que l’on puisse engager des discussions et des débats avec tous les acteurs de la société car l’Etat ne peut pas, à lui seul, faire face à toutes les problématiques. 
ICI la réponse d’Abdelkrim Belguendouz 
Dans sa dernière livraison n° 767 datée du 13 au 19 juillet 2017, l’hebdomadaire arabophone marocain «Al Ayam» a consacré un dossier aux Marocains résidant à l’étranger et à la politique du Maroc en la matière. Dans ce cadre, une interview avec Abdellah Boussouf, secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, a été publiée . (Dakira1)

Une recherche permanente de perte de temps pour la satisfaction des attentes citoyennes légitimes des MRE.

Dans cette intervention, le SG du CCME, a abordé notamment le problème lancinant de la participation politique et de la représentation parlementaire par rapport au Maroc des Marocains établis à l’étranger. En suivant de près les réponses d’Abdellah Boussouf, on retiendra de son message les éléments suivants. 
Le secrétaire général du CCME estime que la représentation de la Jaliya doit commencer d’abord dans les institutions de bonne gouvernance. Dans une seconde étape et selon une démarche évolutive on aura la représentation à la Chambre des Conseillers, et dans une troisième étape, toujours selon la démarche graduelle, la participation à la deuxième chambre du parlement, créera les conditions propices pour une représentation des MRE à la Chambre des députés, en application précise t-il, de la vision royale qui a été développée dans le discours où Sa Majesté a parlé des conditions qui doivent mûrir pour cette participation. 
Cette nouvelle « recette » ou plutôt recette remaniée avec un nouvel emballage du secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, une nouvelle forme de présentation, nous paraît démagogique et toujours trompeuse, aller à contre courant de la Constitution et antidémocratique. 

Un principe immuable d'(in)action : toujours reporter à plus tard !!! 

L’approche du SG du CCME est démagogique et toujours trompeuse par ce qu’au fond, sous prétexte de ne pas se précipiter mais de bien réfléchir le temps suffisant, de présenter des propositions concrètes, dans le cadre d’un agenda pragmatique, réaliste démocratique, elle repousse en fait aux calendes grecques la résolution du problème de la participation et de la représentation politique par rapport au Maroc des citoyens marocains établis à l’étranger. Ce qui est recherché par cette position, c’est encore de gagner du temps, de remettre toujours à plus tard ce qui devait être réalisé il y’a très longtemps déjà, et qui a été repoussé sur la base d’arguments fallacieux, alors qu’en réalité, c’est la peur des résultats des urnes, qui viendrait remettre en cause l’équilibre parlementaire interne, qui a été à l’origine. Ce qui est voulu, c’est tout simplement de refuser de reconnaître que c’est enfin le moment de passer à l’action pour réaliser ici, l’effectivité des droits politiques pleins et entiers, sans amputation aucune, des citoyens marocains vivant à l’étranger. 
Or le temps qui passe est du temp perdu. Chercher toujours en ce domaine démocratique et citoyen à gagner du temps, c’est d’abord s’exonérer à peu de frais de ses responsabilités de fournir des réponses claires, sans équivoque et ambiguïté. C’est ensuite ne pas prendre la mesure de l’acuité, de la gravité et du caractère urgent du problème à résoudre. Le temps des responsables du CCME (aussi bien «monsieur les deux présidents» qui continue à cumuler la présidence du CNDH et celle du CCME, que le secrétaire général de ce dernier Conseil), c’est le temps de l'(in)action, entendue ici non pas au sens d’une appartenance à l’exécutif, mais en se plaçant bien dans le cadre d’une instance consultative, qui a le devoir de s’exprimer objectivement par des avis consultatifs fondés et bien informés, de prendre ses responsabilités en défendant réellement la protection et l’élargissement des droits des citoyens MRE, y compris par rapport au Maroc, et non pas en allant contre le progrès et contre le sens de l’histoire. 
Le temps politique du CCME ou Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, c’est l’attente infinie de la CCME ou communauté des citoyens marocains établis à l’étranger. Le temps politique de la CCME est antinomique avec la gestion intemporelle du CCME. 

À contre courant de la Constitution 

La démarche du responsable du CCME exprimée dans «Al Ayyam», est à contre courant des dispositions et de l’esprit de la Constitution avancée de 2011, qui a consacré quatre articles très importants aux citoyens marocains établis hors des frontières nationales (articles 16, 17, 18, 163) liés entre eux dans une approche globale et cohérente, mais dont l’opérationnalisation n’est nullement liée à une nécessaire démarche évolutive et graduelle dans le temps. 
Bien entendu, un certain nombre de lois constituent parfois un préalable, nécessitant le passage par une phase législative. Mais l’opérationnalisation de l’article 17 de la Constitution (droit à la députation des citoyens marocains établis à l’étranger), n’est en rien tributaire de l’opérationnalisation à priori de l’article 18 de la Constitution, relatif à la démocratie participative des MRE, par le biais de leur participation aux institutions de bonne gouvernance créés par la Constitution ou par la loi. 
De même, la présence des MRE à la Chambre des Représentants, n’est nullement conditionnée par la participation préalable dans le temps de ces derniers à la Chambre des Conseillers. De surcroît, cette dernière forme de représentation, n’est nullement par ailleurs prévue par la Constitution, dans la mesure où l’article 63 n’a nullement envisagé l’existence d’un collège MRE, entrant dans la composition de la deuxième chambre. 

Une interprétation non mûrie du discours royal du 17 juin 2011 par le SG du CCME 

Enfin, la démarche du SG du CCME fait dévier un des discours du Roi de son sens véritable et en donne une interprétation antidémocratique et régressive, légitimant de ce fait l’option graduelle ou évolutive retenue par le CCME. Les références et la date précises de ce discours royal ne sont pas précisées dans l’interview en question, mais il s’agit du discours royal du 17 juin 2011, utilisé à bien d’autres moments par le responsable du Conseil pour légitimer les positions du CCME contre l’effectivité des droits politiques par rapport au Maroc des citoyens marocains établis à l’étranger. 
Revenons ici au discours royal du 17 juin 2011, prononcé à la veille du référendum constitutionnel du 1er juillet auquel allaient participer les MRE. Ce discours dit ceci :» Pour ce qui concerne nos citoyens résidant à l’étranger, ils disposeront d’une représentation parlementaire dés que la formule démocratique y afférent aura mûri, étant entendu qu’ils jouissent du droit de voter et de se porter candidats dans les deux chambres du parlement». 
Précisons d’abord que cette double représentation parlementaire des citoyens marocains établis à l’étranger n’a pas été acquise, dans la mesure où, seule la représentation à la Chambre des députés a été prévue par l’article 17 de la Constitution. Par contre, en dépit de l’insistance de nombreux partis politiques auprès de la commission nationale de révision de la Constitution, dont le Parti de l’Istiqlal jusqu’à la dernière minute, la deuxième option, consistant à ouvrir la Chambre des Conseillers à la représentation des MRE, n’a pas été retenue. 
Par ailleurs ce discours royal du 17 juin 2011, ne veut nullement dire que les MRE ne sont pas «mûrs» pour la députation. Il ne signifie absolument pas que le Roi est contre la représentation parlementaire des citoyens marocains à l’étranger. 
Bien au contraire, c’est une invitation pressante à tous les milieux concernés et une incitation au mûrissement de la réflexion, à l’ouverture réelle des discussions, à l’approfondissement du débat et à la recherche dans les meilleurs délais possibles du mécanisme démocratique consensuel adéquat, du processus concret approprié, de la formule pratique pour qu’elle entre le plus tôt possible en application («dés que la formule démocratique y afférent aura mûri»), sachant que le principe de la députation des MRE était déjà acquis constitionnellement (Constitution de 1996 et de 2011) et même décidé concrètement depuis le discours royal du 6 novembre 2005. Mais cette décision avancée fur remise en cause au niveau de l’exécution par le communiqué du 16 juin 2016 des partis de la majorité de l’époque, sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur, qui avait prôné la démarche «progressive», «évolutive» ou «graduelle», préconisant la mise en place d’abord du CCME avant la députation des MRE. 
Douze années après, c’est encore l’immobilisme concernant la députation des citoyens marocains établis à l’étranger. Pourtant, depuis la fin 2007, le CCME devait notamment en tant qu’institution consultative, présenter au Roi un avis consultatif sur les modalités pratiques de cette représentation parlementaire. Ce fait est bien mentionné dans le communiqué du Cabinet royal en date du 21 décembre 2007, suite à l’audience royale de nomination des deux premiers responsables du CCME (le président et le secrétaire général). Or cet aspect particulier de la mission consultative, pas plus d’ailleurs que la mission consultative au sens large, englobant normalement bien d’autres dimensions concernant la communauté marocaine résidant à l’étranger et les politiques marocaines en sa direction, n’a pas été remplie. 
Par contre, les responsables du CCME ont tout fait pour tenter de déligitimer et décrédibiliser l’attente citoyenne des MRE, à travers notamment la publication d’un livre en arabe et en français sur cette thématique, et dont les conclusions ont été reprises avec complaisance et sans discussion par la rédaction d'«Al Ayam», dans un des articles du dossier sur les MRE : difficultés techniques, matérielles et juridiques d’organiser des élections à l’étranger etc … 
Ceci au moment même où, en 2017, l’Algérie a renouvelé à partir des pays d’immigration, l’élection de ses députés de l’émigration siégeant à l’Assemblée populaire nationale, que les Français de l’étranger, y compris au Maroc, ont élu leur onze députés de l’étranger, et que le Sénégal organisera le 30 juillet 2017 les élections législatives où, sur 165 députés, quinze représenteront pour la première fois au parlement, les Sénégalais de la diaspora, à partir du scrutin législatif tenu dans les pays d’immigration … 
Ceci n’a pas empêché Abdellah Boussouf il y’a quelques semaines, de manifester encore son embarras, son absence de conviction par rapport à cette pratique démocratique dans une interview parue dans «Les inspirations ECO», en date du 23 mai 2017, sous le titre «Politique des MRE : A quoi sert le CCME ?». Dans cette intervention, le responsable de ce Conseil était encore à plaider pour la tenue d’un débat ayant pour objectif de discuter encore de l’opportunité de cette participation, si elle devait être mise en place ou pas, alors que le problème est déjà tranché par la Constitution. Pour Boussouf en effet, «il s’avère nécessaire de lancer le débat pour peser le pour et le contre de la participation des Marocains du Monde à la vie politique» !!! 
La raison ? Elle est évoquée de manière très vague au même moment par des considérations «géostratégiques» et religieuses :» C’est une question (il s’agit de la participation) très complexe. L’environnement international est très tendu. On assiste à beaucoup de crispations identitaires». Autrement dit, l’allusion implicite est faite au «risque» du vote «barbu» ou voilé», qui fait que la situation ne se prête pas à ce genre de participation politique et de représentation parlementaire des MRE. Ceci n’est-il pas contradictoire avec le fait qu’au Maroc, le PJD dirige le gouvernement et que les plus «radicalisés» parmi les MRE, ne veulent même pas voter, ne croyant pas en l’action politique menée dans le cadre des institutions démocratiques !? 
Par ailleurs, à la fin de la dernière législature, le gouvernement Benkirane a refusé de donner une suite favorable aux propositions d’amendements de la loi organique de la Chambre des Représentants, déposés séparément par l’USFP, l’Istiqlal et même le PJD, tendant à la députation des MRE à l’occasion des élections législatives du 7 octobre 2016. 

Une fuite permanente du CCME de ses responsabilités 

L’autre objectif central de l’interview du SG du CCME parue dans «Al Ayam» est de se justifier par rapport au non respect du cahier de charge du Conseil. En affirmant que sa mission consultative a bien été assumée, alors que le débat public sur le rôle du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger a bien montré que le CCME n’avait émis aucun avis consultatif ! 

Cette question sur les avis consultatifs a bien été posée par «Al Ayam» au secrétaire général de ce Conseil, mais de notre point de vue avec une certaine forme de complaisance, puisqu’elle accrédite le fait que le Conseil a bien émis des avis, même si on peut critiquer la faiblesse de leur nombre. Voici en effet la formulation de la question : 
«En dépit du fait que votre rôle (il s’agit du Conseil) consiste essentiellement à présenter des avis consultatifs relatifs aux affaires de la communauté marocaine à l’étranger, on constate que le nombre de ces avis consultatifs que vous avez présentés, reste limité». 
Cette manière de poser la question esquive d’une part la mission prospective toute aussi essentielle du CCME (et pas du tout posée à un autre moment de l’interview) qui n’a nullement été remplie avec la préparation tous les deux ans d’un rapport stratégique, conformément à l’article 4 du dahir royal n° 1. 07. 208 du 21 décembre 2007 portant création du CCME. D’autre part, elle accrédite l’idée selon laquelle le Conseil a bien assuré sa fonction consultative, même si le nombre d’avis présentés est peu élevé. 
À cette question posée au niveau de la forme et du contenu sur un plateau d’argent, le SG du CCME a répondu : 
«Nous présentons des avis consultatifs à qui de droit, et nous ne sommes pas tenus d’en faire déclaration dans des communiques de presse. Nous confirmons le fait que le CCME a présenté un nombre incalculable d’avis consultatifs» !!! 
Ce faisant, le SG du CCME n’a fait que persister et signer, reprenant ce qu’il avait déjà déclaré le 27 décembre 2016 en tant que «Daïf Al Oula» (invité de la première chaîne de TV marocaine) et auquel nous avions répliqué, arguments à l’appui, dans une chronique radiophonique diffusée le 1er janvier 2017 sur «Radio Pluriel» (Lyon), dans le cadre de l’émission marocaine «Arc En Ciel», et dont la vidéo est mise à la disposition des lecteurs ci-après : 

Ici la vidéo «Arc En Ciel» 


Par la même occasion, formulons quelques remarques sur certaines pratiques journalistiques en la matière, pour finir avec une réflexion d’ensemble et une proposition concernant le suivi du dossier national d’Intérêt stratégique qu’est le dossier des citoyens MRE, à la lumière du «Hirak du Rif». 

Entre «COM» et absence de débat pluriel ouvert. 

Lors de la période estivale, avec l’opération «Marhaba», le retour en vacances au Maroc de nos compatriotes établis à l’étranger, l’occasion est propice pour des organes de la presse écrite en particulier, de publier des «Suppléments MRE»,» Dossiers spéciaux Marocains du Monde», où la publicité côtoie certaines formes de complaisance avec des responsables d’institutions chargées des Marocains du Monde. 
Que des institutions fassent de la «COM» sur leurs actions, leurs programmes en cours ou projets futurs, quoi de plus normal. C’est leur droit, voir même leur devoir, sauf à faire preuve au même moment d’objectivité et d’utiliser des arguments crédibles, et de se soumettre au débat contradictoire et non pas d’imposer leurs textes par ce qu’ils règlent des factures, avec l’exigence que des analyses menées avec des approches différentes ne figurent pas dans la même dossier… 
Que des organes de presse préparent des «suppléments», des «spéciaux» pour des raisons financières, là aussi c’est fort compréhensible, sauf que sur le fond des sujets abordés, on devrait chercher l’expression du pluralisme des points de vue, et qu’on ne s’inscrive pas dans une démarche de complaisance. 
Le vaste champ multidimensionnel de la communauté marocaine résidant à l’étranger et celui de l’immigration étrangère au Maroc, devrait en effet faire l’objet de présentations et d’analyses plurielles, de débats et de points de vues contradictoires et non pas privilégiant l’opinion unique. 

Passer d’urgence à l’acte. 

De manière plus générale, s’agissant de la communauté des citoyens marocains à l’étranger (la CCME) Il est plus que temps de réhabiliter la citoyenneté de la Jaliya marocaine, en mettant fin à une longue discrimination qui perdure encore. Ce n’est plus le moment de continuer à tergiverser, à hésiter. L’heure est de décider, de légiférer, d’organiser et de mettre à exécution, en donnant la crédibilité aux institutions et à la Constitution rénovée. 
Le rôle du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (le CCME), doit être d’y contribuer fortement, et non pas de chercher à travers des formules illusoires, de perdre encore plus de temps, sous prétexte de faire «mûrir» les choses.. Faire endosser la marginalisation politique présente des citoyens MRE à «l’absence de circonstances opportunes», à «l’absence de mûrissement» de la réflexion, n’est qu’un alibi pour maintenir le statu quo. Il s’agit donc de passer de manière très urgente à l’acte. 

Pour un geste politique fort. 

En introduisant des éléments nouveaux dans l’équation, les derniers événements d’Al Hocéima et leurs répercussions sur le Maroc en général et le Rif en particulier, grande région marocaine d’émigration, avec une forte présence notamment aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne et dans les pays nordiques, nous interpellent fortement après les manifestations MRE dans ces pays, pour ouvrir avec sérieux le dossier de la communauté des citoyens marocains établis à l’étranger, et faire en sorte que la grande opération de Réconciliation nationale lancée par le nouveau règne envers les citoyens MRE (en particulier les décisions du discours royal fondateur du 6 novembre 2005), ne reste pas inachevée. 
Tout élément qui pourrait, dans une vision à long terme, contribuer à la résolution du problème de l’heure, en ramenant la confiance, nécessaire au renforcement de la cohésion nationale, en particulier entre les Marocains «d’ici» et les Marocains «de là-bas», serait de notre point de vue, à prendre en considération.  
Rabat , le 17 juillet 2017 
Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat , chercheur en migration


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