Tombés sur le champ de guerre en 1944 et inhumés sous X, douze tirailleurs marocains ont enfin été identifiés. Situées dans le village de Villars-lès-Blamont, leurs tombes ont été honorées, après dix ans de recherches. Aujourd’hui, cette victoire contre l’oubli est célébrée à l’unisson par les locaux.

Cela fait dix ans que le président de l’association Le Souvenir français au Plateau du Lomont et la Vallée du Gland s’est promis de retrouver l’identité de douze tirailleurs marocains inconnus, dont la tombe se trouve à Villars-lès-Blamont (Doubs).

Aujourd’hui, Jean Bilquez peut se féliciter de cette trouvaille, qui a permis d’identifier des soldats morts pour la France ayant appartenu au sixième Régiment de tirailleurs marocains (RTM) et participé à la campagne d’Italie, du 11 février au 14 septembre 1944.

Ce long processus est le fruit d’un dur labeur de Jean Bilquez, qui raconte à Yabiladi qu’il s’agit ici d’«un devoir de mémoire». Dans le cadre des actions de l’association Le Souvenir français pour la préservation des tombes en France et dans d’autres pays, notamment le Maroc, ce retraité d’une entreprise automobile est engagé depuis plus de trente ans à travers quinze communes.


75 ans plus tard, la réhabilitation 
Président de Souvenir français dans son village depuis dix ans, Jean Bilquez a fait de la sortie de ces tirailleurs de l’anonymat un point principal de son mandat.

Les concernés font partie d’une soixantaine de soldats marocains de l’Armée d’Afrique, ayant participé à la Bataille du Bois des Trembles contre l’armée allemande, de septembre à novembre 1944 à trois kilomètres de Villars-lès-Blamont. Certains ont été inhumés à Lyon, «mais les corps de ces douze soldats parmi eux sont restés sur le terrain pendant un mois, car il était difficile de les recueillir comme ils reposaient sur des mines allemandes», nous explique Jean Bilquez.

Depuis, ces douze corps ont été inhumés sous une plaque indiquant «Tirailleurs X». «Deux plaques seulement ont été récupérées sur les corps des défunts, mais les dix autres n’avaient absolument aucun nom ni un indice sur leur identité et cela m’a fait mal au cœur», nous confie Jean Bilquez.

«Ces soldats africains ont été enrôlés par l’armée française et ils avaient bien un nom, un prénom, une identité et des familles dans leurs villes qu’ils ont quittées pour participer la campagne de libération française ; c’est inadmissible qu’ils soient inhumés de la sorte.»
Jean Bilquez

C’est alors que commence pour Jean Bilquez le tour des administrations françaises à la recherches d’indices sur les tirailleurs anonymes morts dans la région. Il tombe sur des certificats de décès, dont le lieu d’inhumation est inconnu.

«Je me mets à la place des parents et des proches de ces soldats, qui ont vécu une situation terrible en ne sachant où leurs enfants sont morts», nous explique-t-il, indiquant qu’il aura fallu dix ans pour croiser tous les éléments confirmant l’identité des soldats.


Une deuxième phase de reconnaissance
Le 22 juin dernier, une stèle nominative a été inaugurée dans le cimetière militaire de Villars-lès-Blamont en hommage à ces tirailleurs. La cérémonie, vive en émotions, s’est tenue en présence d’une délégation du consulat du Maroc à Dijon, de familles marocaines et algériennes, du maire du village, Jean-Pierre Brandelet, d’une trentaine d’anciens soldats ainsi que de représentants locaux.

Joint par le franco-marocain Abdelmalek Terkemani, Jean-Pierre Brandelet et Jean Bliquez ambitionnent de parachever ce travail de mémoire au Maroc, pays d’origine de ces soldats, afin d’informer leurs parents et leurs familles. «Avec les informations, coupure de journal et photos qui m’ont été gentiment communiquées par mes deux correspondants, j’ai pu reconstituer la suite (…)», explique Terkemani.

«Ce sont les travaux de M. Jean Bilquez qui, après 10 ans de recherche, vient de réparer une grande injustice et un long oubli de 75 ans, et rendre son identité à chacun de nos valeureux soldats.»
Abdelmalek Terkemani

Avec l’idée d’«utiliser la puissance amplificatrice d’internet et la grande force des réseaux sociaux pour avoir des chances de toucher un maximum de monde», il espère ainsi disposer de plus de données pour «fournir plus d’informations utiles aux familles et parents de ces soldats».

A cet effet, il a lancé un appel à travers son blog pour toute personne ayant des indications précises «sur les noms de personnes, de lieu ou de tribu» susceptibles d’améliorer les informations centralisées par Jean Bilquez, et qu’il partage désormais via la page Facebook Maroc histoire et culture.

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