Le Maroc a été l'invité d'honneur des cérémonies organisées en Autriche à l'occasion du 60e anniversaire de la libération du Land de Vorarlberg en 1945 du joug nazi et d'anciens combattants marocains  y ont participé le 17 mai 2005.

Reconnaissables au croissant qui ornait leurs fanions, ces soldats d'élite que les Allemands appelaient "Hirondelles de la Mort" avaient inscrit certaines des pages les plus glorieuses du premier conflit mondial. De l'Ourcq à Soissons et de l'Aisne à Verdun, en passant par la Champagne et la Macédoine, ils prirent partie aux multiples campagnes qui, de la terre de France à la Bulgarie, décideront du sort du monde. 

S.M. Mohammed V, que le Général de Gaulle a fait Compagnon de la Libération, l'évoquera dans la lettre lue le 3 septembre 1939 dans toutes les mosquées du Royaume et par laquelle il a décidé l'entrée du Maroc en guerre aux côtés des Alliés. 

Après avoir noté que "Le douloureux souvenir que la dernière guerre a laissé à tous n'est pas effacé de vos mémoires", le Père de la Nation rappellera que "La victoire a couronné les étendards de la France et de ses alliés, parmi lesquels le Maroc figure fièrement". "C'est aujourd'hui que la France prend les armes pour défendre son sol, son honneur, sa dignité, son avenir, et les nôtres, que nous devons être nous-mêmes fidèles aux principes de l'honneur de notre race, de notre Histoire et de notre religion", a ajouté le Souverain. 

Aussi, a poursuivi S.M. Mohammed V, "A partir de ce jour et jusqu'à ce que l'étendard de la France et de ses alliés soit couronné de gloire, nous lui devons un concours sans réserve, ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice". "Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d'opulence et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l'épreuve qu'elle traverse et d'où elle sortira, Nous en sommes convaincu, glorieuse et grande", a-t-il conclu. 

En ces temps, les troupes marocaines stationnées sur le territoire national étaient composées de quatre régiments de tirailleurs (1er, 2e, 4e et 7e RTM), de trois régiments de spahis (1er, 2e et 3e RSM), de deux régiments d'artillerie (les 63e et 64e), de deux bataillons de génie, de 25 compagnies du train et de 57 goums. Celles qui l'étaient en territoire français se composaient de quatre régiments de tirailleurs (3e, 5e, 6e et 8e RTM) et d'un régiment de spahis (4e RSM). Soit 38.000 hommes au moment de la mobilisation de septembre 1939, que des centaines d'autres conscrits rejoindront par la suite. 

De 1939 à 1945, ils furent de tous les combats et vécurent l'humiliation de la défaite et l'ivresse de la victoire. De la campagne de 1939-1940 où le Blitzkrieg démontrera sa toute puissance, à celle de Tunisie (1942-1943), en passant par les campagnes d'Italie (1943-44), de France, d'Allemagne et d'Autriche, le sang marocain a balisé les chemins qui ont conduit vers la défaite nazie. 

Cinq ans plus tôt, l'armée française, défaite, s'était dispersée et désunie. Ceux qui ont choisi de continuer le combat se sont regroupés autour du Général de Gaulle pour lutter aux côtés des forces du Commonwealth britannique. Les autres, la grande majorité, ont décidé de demeurer dans la légalité et de servir la France non-occupée, en Afrique et au Levant. 

Le premier affrontement s'est produit en Syrie et au Liban. Les troupes de carrière du Général Dentz, assaillies par les Australiens et les Indiens, se battirent farouchement devant Beyrouth avant de s'opposer vigoureusement aux Français Libres au sud de Damas. Le deuxième choc a lieu sur les plages du Maroc et d'Oranie où des troupes américaines débarquèrent. 

Les combats parfois très meurtriers ont néanmoins cessé très vite et les Français reprirent enfin la lutte contre les troupes de l'Axe déferlant sur la Tunisie. Tandis que se déroulaient les opérations contre les forces germano-italiennes et que les soldats français acquirent le respect et l'estime des Alliés, le réarmement de la nouvelle Armée d'Afrique est entrepris. Des Etats-Unis arriva, par bateaux, le matériel moderne nécessaire. Chars, canons, véhicules, armement, habillement, postes-radio... affluèrent dans les ports d'Alger, d'Oran puis de Casablanca. 

Le Maroc s'est ainsi transformé en un immense camp d'entraînement où les régiments de spahis, de tirailleurs, de chasseurs et d'artillerie d'Afrique sont mis sur pied, manœuvrant et s'initiant au combat moderne. Les mauvais souvenirs de la malheureuse campagne de 1940 sont oubliés et chacun ne songe qu'aux batailles futures pour la Libération. 

La fusion des troupes d'Afrique du Nord et d'A.O.F. avec celles venues d'Egypte et du Tchad est alors théoriquement réalisée. Déjà certains de ces éléments, chasseurs du bataillon de choc, goumiers, spahis et tirailleurs marocains ont croisé le fer en Corse avec les Allemands. Ainsi, à la fin de 1943, une partie de la nouvelle armée d'Afrique, entièrement rééquipée à l'américaine, est prête à rejoindre l'Italie pour combattre dans les rangs de la 5e Armée U.S. 

La suite peut être narrée comme une chronologie. 

Décembre 1943 : Les Tirailleurs marocains de la 2ème DIM montèrent en ligne dans les Abruzzes, au nord de Naples, en avant-garde de l'Armée française reconstituée. 

Janvier 1944 : Algériens, Tunisiens et Marocains enfoncèrent le front allemand, traversèrent le Rapido au nord de Cassino et se heurtèrent aux puissantes défenses de la ligne Gustav. 

Mai 1944 : Quatre divisions et les Tabors du CEF franchirent le Garigliano, percèrent le dispositif allemand au nord de Castelforte et, dans un élan irrésistible, s'élancèrent à travers la montagne, prenant à revers les défenseurs de la vallée du Liri. 

Juin 1944 : Bousculant les réserves allemandes, les troupes françaises composées notamment de Marocains, d'Algériens et de Tunisiens, rejoignirent les Américains venus d'Anzio et ouvrirent la route de Rome. Plus au nord, au large des côtes italiennes, les éléments de la 9ème division coloniale, du bataillon de Choc, des commandos d'Afrique et des Tabors prirent d'assaut les défenses redoutables de l'île d'Elbe.

Juillet 1944 : Après une poursuite effrénée à travers la Toscane, Sienne tomba intacte aux mains des Français. 

Déjà les unités de la première DIM avaient quitté le front pour se rassembler près du littoral des Pouilles avant de débarquer en Provence. 

Le Corps expéditionnaire français d'Italie vit ses derniers jours. Son chef, le général Juin, salua les troupes qui ont combattu sous ses ordres : "Renouvelant les exploits accomplis naguère sur ce même sol par tant de héros de notre race, vous avez hâté l'heure de la Libération et projeté, sur le monde étonné, l'image de l'Armée française renaissante, intervenant sur le front d'Italie comme facteur déterminant de victoire. Votre tâche n'est pas finie. 

Dans les jours qui vont suivre, vous aurez encore à combattre et à vaincre. Où que vous alliez, vous vous montrerez forts, unis et confiants, pareils à ce que vous fûtes toujours ici, au cours de cette inoubliable campagne". 

A partir d'août 1944, les deux divisions marocaines et les Tabors arrivant par échelons entamèrent une nouvelle campagne à partir des rivages de Provence tandis que le 1er Régiment de marche de spahis marocains qui, depuis l'Erythrée, combat dans les rangs des FFL (Forces françaises libres), débarque en Normandie avec la fameuse 2ème DB du général Leclerc. 
Dix mille goumiers entrèrent ainsi en action et, à partir du 16 août, trois groupes de Tabors rejoignirent la 3ème DIA. 

En huit jours, ils arrivèrent à libérer Aubagne puis pénétrèrent à Marseille. 
Dès le 25 août la 2ème DIM commença à débarquer et reçut aussitôt pour mission de couvrir et de protéger la progression des troupes américaines se dirigeant vers Grenoble et Lyon. 

Entre-temps, le 4ème RTM renforcé par les Tabors libéra Briançon et le 5ème RTM jettera les troupes nazies hors de Modane. Vers la mi-octobre, le 6ème RTM a conquis un important sommet des Vosges alors que le 8ème RTM pénétra à Thann, que la 2ème DIM libéra Hélicourt et Montbéliard en novembre et qu'en janvier 1945, cette dernière et la 4ème DMM aideront à la réduction de la poche de résistance de Colmar. 

En quittant l'Alsace libérée, les troupes marocaines vivront au rythme des hauts faits d'armes qui ponctueront les campagnes d'Allemagne et d'Autriche ainsi que la guerre d'Indochine. Sur leur chemin, ils ont écrit certaines des pages les plus glorieuses de l'Histoire de la Libération dont les carrés musulmans des cimetières militaires ainsi que les multiples monuments et stèles commémoratives témoignent.

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