Les troupes coloniales et marocaines sont désormais engagées sur le front français. L’émotion de rejoindre enfin le pays pour lequel ils se battent si ardemment est forte, mais la difficulté de la mission qui les attend ne leur laissera pas le temps de la savourer. La libération et la victoire sont proches, mais les forces de l’Axe ne baisseront pas pavillon aisément…

Si la 2ème DB, composée d’un quart de soldats nord-africains, participera à l’offensive alliée depuis la Normandie jusqu’à la région d’Alençon et bien sûr Paris, les régiments ayant remonté l’Italie devaient, eux, poursuivre l’effort depuis la Provence. Après avoir été remis en condition en quelques semaines, 10 000 hommes, issus de 3 Groupements de Tabors Marocains, commandés par le général Guillaume comme en Italie, débarquèrent en France le 18 août 1944.


Cette découverte des côtes françaises, tant attendue par les goumiers, laissera bien vite place aux combats.

Ainsi, ils participèrent à la réduction des défenses et à la reprise de Marseille dès le 20 août, puis à la libération de Toulon juste après. Grâce à ces efforts, ces deux grands ports sont libérés avec un mois d’avance sur les prévisions des Alliés.

Défilé du 2e GTM, Marseille, quai des belges, août 1944

Les Alliés poursuivent les ennemis en retraite vers le Nord-Est et libèrent Lyon le 3 septembre, puis Briançon dans la foulée. Entre Dijon et les Alpes, les forces Alliés parties de Normandie et de Provence finissaient par faire la jonction pour se diriger avec confiance vers les Vosges.

Tandis que les troupes américaines continuaient leur progression vers le Nord-est de la France, le général de Lattre de Tassigny ordonna au 1er corps d’armée français du général Béthouart d’avancer en direction de Belfort. La priorité était de s’engouffrer dans la trouée de Belfort, entre les Vosges et le Jura, afin de déboucher sur Mulhouse et la rive française du Rhin pour mieux prendre à revers les forces allemandes retranchées en Alsace et couper toute retraite possible vers le Reich. Mais l’état-major de la Wehrmacht l’avait compris et renforça terriblement ses positions devant Belfort.


De Lattre de Tassigny décidera donc de contourner ces défenses par les Vosges, au Nord-Ouest. Des attaques nombreuses et des combats féroces se dérouleront sur la crête des Vosges, de fin septembre jusqu’en novembre. Durant ce laps de temps, les tirailleurs marocains prendront et défendront plusieurs points stratégiques (Haut du Faing…) au prix de beaucoup de morts et blessés, sans que l’armée ne puisse perçer ce front durablement (faute de réserves, d’acheminement de munitions etc.).


A partir du 14 novembre la première armée française fut chargée de prendre Belfort à des Allemands bien retranchés dans leurs défenses. Ces dernières poches de résistance furent vaincues après dix jours de combats intenses, 1300 tués et 4500 blessés pour la première armée.

Cette bataille fut sans doute la plus meurtrière depuis le débarquement de Provence, mais permit aux forces armées françaises de déboucher sur la plaine d’Alsace.

Alors que la 1ère armée française remontait en Alsace à partir de Belfort, la 2e DB, toujours rattachée à la 3e armée américaine, fonçait sur Strasbourg. Cet objectif particulièrement symbolique pour les « Leclerc » fut libéré le 22 novembre 1944, avec le concours des marocains du 5e escadron du 1er RMSM.

Les allemands en mauvaise posture sur la crête des Vosges et dans la plaine d’Alsace combattaient farouchement et ensemble pour constituer la « poche de Colmar ». Ils repousseront les assauts alliés de décembre, anéantissant même deux compagnies du 1er RTM le 3 décembre à leur arrivée sur le front. En confiance, les allemands déclenchèrent l’offensive « Nordwind » le 31 décembre pour reprendre l’Alsace aux français.


Dans un froid glacial (-30°) et des conditions extrêmes, ces assauts furent repoussés, difficilement, et c’est finalement deux attaques convergentes qui affaibliront la « poche de Colmar » le 20 janvier 1945, avec l’apport courageux de 4 divisions et groupes de soldats marocains. Le 2 février, Colmar fut libérée après de nombreux et furieux combats dans les communes alentours, la poche étant ainsi coupée en deux.

Goumiers et Tabors entamèrent ensuite le dur chemin vers l’Allemagne et le franchissement du Rhin. Il sera douloureux, marqués par de nombreux morts, mais encore une fois victorieux ! Les 2ème DIM et 3ème DIA étaient à nouveau réunies, comme en Italie, avant d’entrer en Allemagne.

Des goumiers du 2e GTM après la prise du village du Bonhomme, Alsace, décembre 1944


Ces avancées successives ont un parfum de victoire. Mais les derniers efforts seront conséquents. Les sacrifices aussi…

Le 4 avril, le 3e RSM fut la première unité française à pénétrer dans Karlsruhe, suivie de la 9e DIC. Dans le sillage des blindés français, les tirailleurs marocains livrèrent des combats encore très durs pour dégager villages et villes du sud-ouest de l’Allemagne où la résistance nazie demeurait farouche, comme aux abords de Pforzheim. Le but était de réaliser une grande manoeuvre d’encerclement des forces allemandes présentes dans cette région. Pour assurer le succès de ce plan, auquel participe également le 2e GTM, les tirailleurs de la division de montagne devaient marcher en direction du sud, à l’allure des blindés français !



Parallèlement, les goumiers marocains, attachés à la 3e DIA, participèrent aux opérations aboutissant à la prise de Stuttgart par l’armée française, le 21 avril, puis au nettoyage de sa périphérie.

Le même jour, le général de Lattre de Tassigny put lancer son fameux ordre du jour à ses soldats :

« Vous venez d’inscrire sur vos drapeaux et sur vos étendards deux noms chargés d’histoire et de gloire française : RHIN et DANUBE »
Général de Lattre de Tassigny,
21 avril 1945

Début mai, le 4ème DMM et le 2ème GTM entrent en Autriche. Ils finissent de traquer l’ennemi sur des terrains déjà conquis par les blindés…

Dans le même temps, le 3ème escadron du 1er RMSM participa, au sein de la 2ème DB du général Leclerc, à la prise du célèbre chalet d’Hitler à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche, le Berghof. Pour le symbole, une course folle s’engagea alors avec les américains afin d’arriver en premier dans ce haut lieu perché à près de 2000 mètres d’altitude.

Le chalet d’Hitler bombardé peu avant l’armistice, Autriche, photographié entre 1947 et 1949 par Arthur Voth

Berghof Kehlsteinhaus, photographie de Cezary p, 2007

Le 7 mai 1945, après avoir bousculé les dernières résistances ennemies, les éléments avancés des deux divisions marocaines firent leur jonction, dans la neige des Alpes autrichiennes, quelques heures avant la capitulation de l’Allemagne nazie.

En hommage à l’action de ces spahis marocains et à leurs sacrifices consentis dès 1940 au sein des Forces françaises libres (FFL), le 1er RMSM reçut en août 1945 la Croix de la Libération, dont pouvaient s’enorgueillir dix-sept autres unités FFL.

Défilé des troupes sur les Champs Elysées, photographie, 18 juin 1945

Réunies au sein des forces de la France combattante, les « troupes indigènes » de la France libre, celles de l’Armée d’Afrique et de l’Armée coloniale débarquent en avril 1944 à Naples puis en Provence en août, après de durs combats en Tunisie.


Au sein de l’armée du général Juin, ces combattants vont mener des opérations décisives à Toulon et à Marseille et établissent, le 12 septembre, la jonction avec les forces débarquées en Normandie en juin 1944.

Les « troupes indigènes » poursuivent les combats pour la Libération dans la Saône et les Vosges puis en Alsace, avant d’occuper l’Allemagne et enfin l’Autriche en mai 1945.

Au cours de ces deux conflits, la place des troupes originaires de l’empire colonial français demeure une donnée essentielle de l’effort de guerre de la France.



« Les soldats se regroupaient selon le pays. Les Tunisiens avec les Tunisiens, les Marocains avec les Marocains et les Sénégalais avec les Sénégalais. »
— Hamou Ouachi, ancien combattant marocain engagé en 1942

LES DATES CLÉS POUR COMPRENDRE
1942 : Débarquement des Alliés en Afrique du Nord (novembre).
1943 : Libération de la Corse (septembre-octobre).
1944 : Débarquement des Alliés en Normandie (juin).
1944 : Débarquement de la 1ère armée française en Provence (août).
1944 : Libération de Paris (août).
1944 : Défilé des troupes indigènes sur les Champs-Élysées pour commémorer l’armistice de la Première Guerre mondiale et le début de la libération du territoire français (11 novembre).
1945 : Franchissement du Rhin par les Alliés (mars).
1945 : Soulèvement en Algérie (mai).
1945 : Fin de la Seconde Guerre mondiale suite à la capitulation japonaise (septembre).




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