Construisons ou démolissons, aménageons, dévions, creusons, cassons, on verra après, il y aura toujours moyen de s’arranger.

Il faut être fou pour construire un stade de football dans le lit d’une rivière. Mais il faut être encore plus fou pour s’y rendre et jouer ou assister à un match en foot, alors que la rivière est en crue…

Ce qui s’est passé dans un douar près de Taroudant, où sept personnes au moins ont laissé leur vie, est aussi dramatique qu’absurde. Irresponsabilité, inconscience, probablement aussi corruption, incompétence, voire «folie», tout y passe. Au point qu’on ne sait plus par quoi commencer.

Le problème est bien sûr général, il concerne d’autres villes et d’autres secteurs. Mais il faut s’en tenir à l’essentiel.

Nous avons, d’une part, des permis de construire qui sont accordés à tort et à travers. Et nous avons, d’autre part, des populations qui sont prêtes à tout et qui bravent tous les dangers, tous les interdits, parce qu’elles ont besoin d’une aire de jeu ou d’un toit pour s’abriter.

La combinaison de ces deux éléments nous donne cette impression de n’importe quoi. Qui peut déboucher sur des drames. Et que beaucoup se contentent de mettre sur le compte du hasard, de la malchance, du mektoub.

C’est Dieu qui donne et c’est lui qui reprend. C’est ce qu’on dit. Mais Dieu ne signe pas les autorisations de construire. Il ne falsifie pas les plans d’aménagement et ne triche pas sur les matériaux de construction.

Ces autorisations sont souvent offertes les yeux fermés, moyennant bakchich. Parfois, on construit ou on réaménage sans autorisation, appliquant la règle du fait accompli. « Construisons ou démolissons, aménageons, dévions, creusons, cassons, on verra après, il y aura toujours moyen de s’arranger ».

Des immeubles ont été érigés ainsi, sans répondre aux normes de sécurité. Avec extensions en hauteur ou sur la voie publique, sans problème. Des parkings et des sous-sols ont été aménagés, même dans des habitats résidentiels, dans la même pagaille, la même anarchie.

A Marrakech, on a vu que la muraille millénaire qui ceinture la vieille ville a été «investie» par un illuminé qui a choisi d’y creuser…une maison, à l’horrible architecture du reste.

A Casablanca, nous avons l’un des plus grands «souks» de la ville et du pays (Derb Ghallef) qui a été «lancé» comme ça, sans autorisation et sans rien. Une baraque et puis une autre, et encore une autre, etc. Le tout sans même régler le problème foncier du terrain.

Ce marché ne répond à aucune norme de sécurité. Il continue pourtant de grandir et de déborder, comme une rivière en crue...

Qui veille sur la sécurité de ses occupants, commerçants et clients ? Dieu, le ciel, la baraka…et c’est à peu près tout.

Les Marocains ont depuis longtemps intégré et normalisé cette anarchie, cette inconscience, cette prise de risque. Parce qu’ils croient que c’est utile. Ou que c’est comme ça, point barre.

Ils habitent sous des toits qui menacent de s’effondrer, parce que c’est leur maison et ils n’ont rien d’autre.

Ils traversent des ponts qui risquent de craquer parce qu’ils leur offrent de précieux raccourcis.

Ils jouent au football au milieu des voitures en circulation, ou sur le flanc d’un fleuve, parce qu’ils n’ont pas d’autre aires de jeu.

Le cas de Taroudant n’est pas isolé, d’autres aires de jeu, d’autres constructions sont aménagées sur le flanc d’un fleuve, d’une falaise, avec ou sans autorisations...

Le besoin aveugle. La corruption, la triche et le laisser aller font le reste. Les mauvaises habitudes et les mauvais réflexes s’accumulent et créent une tradition. Et tout le monde s’en remet à la baraka du ciel pour s’en sortir. En se disant que c’est comme ça!

Au Maroc, on pourrait accorder des autorisations de construire au pied ou au sommet d’un volcan, s’il existait. Le bakchich rend cette aberration possible.

Et il y aura toujours des personnes prêtes à négocier pour louer ou acheter à bon prix une maison au sommet du volcan!






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