Je n’aime pas trop les généralisations, mais je pense que les Marocains sont plus préoccupés par les histoires coquines ou sordides, ou les deux, c’est encore mieux, que par l’histoire… du monde. Qu’il y ait un tremblement au Chili ou au Pérou, un ouragan en Guadeloupe ou en Californie, que l’homme se pose sur Mars ou sur Uranus, qu’on découvre la voiture qui marche avec le vent ou avec l’eau de pluie, qu’on invente le vaccin contre le cancer ou contre la bêtise, bof, tout cela c’est rien devant une belle histoire d’amour interdit, avec une bonne partie de fesses en l’air haram, et qui finit par un crime passionnel, une exécution en public ou, au moins par une arrestation spectaculaire ou une incarcération à vie. 

Dès qu’ils ont connaissance d’une histoire comme ça, c’est-à-dire libertine et pleine de trucs défendus et croustillants, il n’y a plus rien d’autre qui les intéresse sauf ça. Et vas-y de jubiler, de rager, de juger, de condamner et même d’exécuter. Tout le monde devient parfait, tout le monde devient prof, tout le monde devient alem, le savant qui sait tout, tout le monde devient fqih, le dévot et l’érudit, tout le monde devient procureur à charge ou avocat du diable contre l’ange. Et vice-versa. 

C’est toute la société qui se transforme en cour d’assises pour statuer sur des délits de lits qui, normalement, ne devraient regarder que ceux et celles qui s’y couchent. 

Si j’ai choisi de parler de cela cette semaine, c’est parce que j’ai été révolté par l’ampleur et l’importance démesurée accordée à un fait qui aurait été anodin, voire normal dans des contrées plus modernes, plus tolérantes qui s’intéressent aux choses plus intéressantes. 

Il s’agit, vous l’avez deviné, de ce “scandale” monté en épingle par la presse de caniveau et qui mange à tous les ragouts, cette malencontreuse histoire du “flagrant délit d’adultère entre une célèbre actrice et un réalisateur multi-primé”. Fin de citation. 

Il est vrai que des titres comme ça, ça fait saliver les plumes des journaleux et écarquiller les yeux des voyeurs. 

Les premiers auront quoi servir aux seconds, et tout ce bon monde va avoir tout le loisir d’étaler, d’élaguer, de développer, de zapper, d’oublier, de rajouter, bref de s’étendre sur une histoire qui possède tous les ingrédients du mauvais roman policier ou du mauvais film destinés aux cancres et aux imbéciles qui n’aiment que les fins qu’ils les arrangent.

Depuis que la nouvelle est sortie ce lundi, mon téléphone n’a pas cessé de sonner ou de vibrer à chaque fois qu’un message atterrit dans ma boite. Tous ces appels et alertes ne concernaient que cette affaire. Tous mes correspondants, connaissant ma relation avec le monde du cinéma et mes rapports cordiaux, amicaux et professionnels avec la majorité des intervenants et des intervenantes, aimeraient avoir des nouvelles… à la source : “C’est vrai, cette histoire ?”. “C’est qui, ce réalisateur ?”. “Il est marié ?”. “Et, elle, elle a des enfants ?”. “Et qu’est-ce qu’elle faisait avec lui, à cette heure-ci ?” Etc. Etc. Etc. 

Et puis, il y a ceux et celles qui ont déjà les réponses à toutes ces questions, mais qui voudraient savoir si j’avais plus d’infos sur l’enquête de la police et du procureur. “Il parait qu’ils ont pris tout ce qu’il y avait dans la poubelle, y compris le papier hygiénique pour l’analyser et pour s’assurer qu’i y a bien eu.. rapport, car sans une preuve irréfutable et palpable, il n y a pas de délit d’adultère”.

Voilà, ce qui intéresse les gens. Y-a-t-il eu ou Y-a-t-il pas eu ? Tant qu’ils n’ont pas eu l’assurance formelle qu’il y a bien eu galipettes, ils ne savent plus ou donner de la tête.

Mais, ce qui est encore plus malheureux, c’est que même les pouvoirs publics, c’est-à-dire la police, le parquet, les juges, les avocats et tout ça, et bien, eux aussi, ont besoin de cette information absolument stratégique pour savoir si tout ça est vrai ou faux et pour décider si relaxe ou échafaud.

En attendant, le peuple, le petit peuple comme le grand, l’analphabète, comme l’intello, tout ce beau monde brode, maquille, invente et prédit l’enfer et le paradis.

Bon Dieu, quel pays ! 

A mon avis, tout cela, c’est de notre faute à nous, nous qui nous prétendons être des des modernistes, des progressistes et tout le baratin. Nous ne sommes même pas foutus de crier notre colère contre ces lois abjectes et rétrogrades qui permettent aux pouvoirs publics d’entrer dans la vie privée des gens, de les suivre partout jusqu’à leur chambre à coucher, sous prétexte que… nous sommes des musulmans. Ah bon ? ! Et pourquoi n’êtes-vous pas des musulmans quand vous déversez des mensonges, quand vous tapez dans les caisses publiques, quand vous donnez des pots de vins ou quand vous en recevez, quand vous faites vos petites affaires en douce et en cachette, loin du bled et loin de ses lois ? 

Oui, j’en veux à notre classe politique ringarde et moribonde, j’en veux à nos intellectuels devenus sourd et muets. Je nous en veux ! 

Quelle honte, quel gâchis ! 





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