J’ai décidé de consacrer mon papier d’aujourd’hui à un mal profond et endémique, à une plaie infectée et ouverte en permanence, à une maladie grave et peut-être incurable. Oui, il s’agit de la santé. Notre santé. Notre santé publique ET privée, car ce son deux faces d’une même épidémie, deux soeurs jumelles, siamoises, inséparables, se détestant l’une l’autre, mais alliées à vie pour le meilleur pour elles, et le pire pour nous.

Je ne vais rien dire de plus que ce que vous ne connaissiez déjà, rien révéler de plus que vous n’ayez déjà vécu, rien décrire de plus que vous n’ayez déjà subi. Je vais le faire quand même car je viens de vivre une des expériences les plus douloureuses et les plus marquantes de ma vie. 

Cette expérience, je la vis depuis plus de 6 ans. J’ai une nièce, plus âgée que moi, qui a attrapé un vulgaire cancer du sein, comme des centaines et même des milliers de femmes en attrapent au Maroc et ailleurs, et finissent souvent par en guérir, et à s’en sortir sans trop de dégâts. 

Ma nièce, elle, quand cette maladie horrible mais de plus en plus banale lui est tombé dessus, elle a été complètement déstabilisée. Il faut dire qu’en ce moment-là, elle vivait seule, sans mari et sans enfants, dans une ville relativement grande où vous pouvez tout trouver sauf l’essentiel, c’est-à-dire ce qui est vitalement nécessaire. 

Pour des raisons assez longues et assez difficiles à raconter, j’ai décidé de m’occuper d’elle comme je l’avais fait plusieurs années auparavant. Cette fois-ci, les circonstances sont très différentes et la maladie, aussi. 

Cela a commencé par de simples douleurs au niveau des aisselles. Après plusieurs radios et scanners, les médecins nous ont rassuré qu’il n’y avait rien de grave, et que c’était juste une infection qui allait être arrêtée après une” petite opération”. La “petite opération” est devenue très vite une grande opération chère et fastidieuse. Quelques jours après, les complications ont commencé. On a détecté d’abord une nouvelle infection interne, et très vite après, un cancer du sein. Opération de nouveau, ablation du sein, chimiothérapie, radiothérapie, bref, tout l’arsenal connu des malades et de leurs proches. 

Puis, vient la période de contrôle, d’abord tous les 3 mois, ensuite tous les 6 mois. Et un jour, après un de ces contrôles semestriels de routine, j’ai vu que le professeur d’oncologie qui la suivait froissait les sourcils en lisant le bilan qu’il exigeait à chaque visite. Il nous demanda alors de faire une scintigraphie, un examen qui permet de détecter d’éventuelles tumeurs.

Et les éventuelles tumeurs qu’il craignait, se sont avérées des tumeurs bien réelles. Je me souviens lui avoir fait posé la question pour savoir si on aurait pu éviter cette la récidive s’’il avait maintenu le contrôle à 3 mois. Et vous savez ce qu’il m’avait répondu ? “Je ne suis pas pas le bon dieu”.

Et c’était le début du cauchemar qui a duré plus de 4 ans. Donc, durant toutes ces dernières années, j’ai accompagné ma nièce des dizaines de fois, chez des dizaines de médecins, toutes spécialités confondues et dans des dizaines de laboratoires d’analyses; elle a fait des dizaines de radios, de scanners, d’IRM; elle a séjourné des dizaines de fois dans différentes cliniques dans sa ville de résidence, mais aussi à Rabat et, surtout, à Casablanca. 

Je ne vous raconterai pas la qualité, que dis-je ?, la mauvaise qualité de l’accueil et du service de tous les prestataires de la santé, du moins ceux que j’ai eu à approcher durant cette période cauchemardesque. Les malades et leurs familles sont traités comme des moins que rien, mais de qui on exige de l’argent, toujours de l’argent, et rien que de l’argent, parce que, tout compte fait, il n y’a que l’argent qui compte pour ces gens-là. 

Ces gens-là, ce sont ces médecins sans scrupules, ces infirmiers infirmières, ces agents administratifs et financiers, hommes et femmes, sans coeur, bref, tous ces gens qui, par la force de la culture de l’exploitation qui domine dans les établissements publics et privés de la santé dans notre pays, sont devenus des êtres inhumains. Non, je ne généralise pas, mais je puis témoigner que cette gangrène touche l’essentiel de nos infrastructures sanitaires et médicales.

Ma nièce a été hospitalisée le 18 juin dans une des cliniques d’oncologie de Casablanca. Après un accueil des plus chaleureux, marketing oblige, commence aussitôt après l’opération tiroir-caisse et comptabilité, à commencer par le fameux chèque de garantie, pourtant formellement interdit, contre lequel, tenez-vous bien, on vous donne un reçu en bonne et due forme. Ensuite, s’enchainent les examens, les bilans, les radios, et tout le tralala, sans qu’on vous demande votre avis. On ne vous appelle que pour déposer un nouveau chèque de garantie.

De temps en temps, on fait semblant de vous écouter, puis, on fait semblant de répondre à vos questions. Et puis, plus l’état de votre proche s’aggrave, plus vous ne trouvez personne, à qui parler, et encore moins le médecin traitant. C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière, alors que j’étais en voyage et que j’ai cherché à le contacter sur son portable. Non seulement, il a fait la sourde oreille, mais il n’a même pas daigné répondre à mes messages par sms et par watsapp. Même la standardiste a refusé de me le passer car, pour elle, elle ne pouvait être “sûre” que j’étais bien de la famille de la malade.

Et puis, hier, à mon retour du voyage, j’ai réussi à être enfin reçu par le médecin réanimateur qui m’a très calmement annoncé que l’état de ma nièce était critique, et qu’il était “préférable” de la sortir chez elle pour qu’elle puisse “mourir dans la dignité”. Quelques minutes après, alors que j’étais devant l’entrée de la clinique en train de me morfondre sur la situation maudite dans ce bled qu’on nous dit béni, on m’appelle pour m’annoncer que tout était fini. Ma nièce avait rendu l’âme, après 6 ans années de souffrances et 41 jours d’une hospitalisation périlleuse. 

Comment ? L’ordre des médecins ? La mafia de la médecine plutôt ! 
Je suis triste. Je suis dégoûté. Je suis désespéré. 
Mon Dieu, faites que je ne tombe jamais malade dans ce pays ! 

Mohamed LAROUSSI
La réponse du médecin malgré nous....
Dans mon article publié hier sur #AnalyZ et ici même, j’ai parlé du médecin traitant qui n’a pas daigné répondre à mes appels et à mes messages. Après près d’une semaine, et alors que ma pauvre nièce s’est éteinte, chez lui, dans sa clinique, lundi matin, notre cher, très cher docteur m’envoie enfin une réponse d’anthologie. Jugez vous-mêmes. Je n’ai plus de commentaire.

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