Dans des secteurs vitaux comme la médecine ou l’enseignement, des cadres honnêtes et compétents, qui aiment réellement le service public, jettent l’éponge et abandonnent le navire. Dégoûtés, essorés, et finalement «démissionnés».

J’ai un ami médecin, qui a la chance de diriger un hôpital public. Je dis bien «chance». J’ai vu cet homme au milieu de ses malades et de ses collaborateurs. Je l’ai vu au milieu de cet hôpital qui manquait de tout et ressemblait à un malade en détresse. Il était stressé, continuellement sur le qui-vive, à tenter de gérer mille et un imprévus. Mais il rayonnait. Son bonheur et surtout sa réussite avaient quelque chose de rassurant.

La fonction publique, contrairement à ce que beaucoup croient savoir, est une vocation. On ne devient pas fonctionnaire faute de mieux ou parce qu’on a été recalé partout. On ne rejoint pas la fonction publique «les yeux fermés», parce qu’on a un diplôme d’Etat et que l’on milite parmi les diplômés chômeurs. 

Servir le public, aider le «commun des mortels», en étant compétent et intègre, c’est à la base un rêve d’enfant. Il faut se lever tôt pour l’accomplir. Certains enfants ont ce rêve, ils naissent avec, ils reçoivent aussi l’éducation qui les emmène sur ce chemin. C’est une chance pour eux et plus encore pour ceux avec qui ils seront amenés à travailler.

Mon ami médecin faisait partie de cette «race». J’emploie le passé parce qu’il a quitté la fonction publique, poussé à bout, fatigué et finalement vaincu par tous les vices qui gangrènent le service public: absence de moyens, magouilles et intrigues personnelles, corruption et clientélisme, détournement de biens, calculs politiques, etc.

Il a rejoint aujourd’hui une structure privée où il travaille moins et gagne plus, beaucoup plus. Soulagé, dit-il.

Cette «promotion» financière est pourtant une défaite pour lui, et il le sait très bien.

Des cas comme celui-ci, le Maroc en produit tous les jours. Dans des secteurs vitaux comme la médecine ou l’enseignement, des cadres honnêtes et compétents, qui aiment réellement le service public, jettent l’éponge et abandonnent le navire. Dégoûtés, essorés, et finalement «démissionnés».

Que devient alors ce secteur public, orphelin de ses compétences, amputé de ses «militants», de ses derniers Mohicans, livré à lui-même et au pillage et à l’anarchie?

Les gens qui nous parlent aujourd’hui de réforme de l’enseignement, et je ne prends que cet exemple parce qu’il est parlant, oublient souvent l’essentiel. Le problème de l’enseignement public n’est pas uniquement la langue dans lequel il est dispensé.

Qui va dispenser cet enseignement et où, dans quelles écoles, quelles conditions, avec quels moyens, équipements, motivations, perspectives d’évolution?

En arabe, en français ou en anglais, les meilleurs enseignements resteront lettre morte tant que le service public continuera de faire fuir ses meilleurs cadres. C’est la seule morale de cette histoire.



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