Les prétendus « printemps arabes » ont abouti à des révolutions aventureuses dans de nombreux pays d’Afrique du Nord et du Machrek, mais pas au Maroc. Comment expliquer une telle stabilité ? En quoi la monarchie est-elle un facteur de continuité entre tradition et modernité ? Comment le Roi s’impose, à l’occasion de chaque crise, comme le garant de l’unité de son peuple et de sa nation? 

À l’occasion du vingtième anniversaire de l’intronisation de Mohammed VI (1999-2019), Charles Saint-Prot, universitaire et expert du monde arabe et de l’islam, répond à ces interrogations dans un ouvrage, Mohammed VI ou la monarchie visionnaire, rédigé avec la collaboration de Zeina el Tibi, docteur en droit public.

Charles Saint-Prot
Pour Charles Saint-Prot, c’est à la pérennité de la royauté que le pays doit sa force. Ainsi revient-il sur les coups d’éclat du souverain : du renforcement de l’État de droit à la réforme de l’islam face aux extrémistes, des lois sociales pour lutter contre la pauvreté à la promotion du droit des minorités, à commencer par ceux des femmes, de l’intégrité territoriale aux grands travaux de modernisation. Commandeur des croyants, le Roi garantit l’intégrité d’un islam du juste milieu. Chef de l’État, il dirige une monarchie gouvernante pour répondre aux attentes du peuple et conformément à l’intérêt de la nation dont sa personne symbolise l’unité.

Il est, selon la conclusion du livre, un « Roi capitaine » qui fixe le cap, les grandes orientations et conduit « l’évolution tranquille » du pays vers la modernité tout en s’attachant au développement social de son peuple. Voici la peinture à fresque d’un prince opiniâtre qui n’a jamais rien cédé aux forces conservatrices, qui a remisé le passéisme et le défaitisme, qui a, enfin, fait la promotion d’une société ouverte au monde et mise au rythme de sa marche. Un modèle pour l’Afrique, un partenaire pour la France.

Un monarque a pour lui la durée
Charles Saint-Prot et Zeina el Tibi * ont choisi de replacer l’ensemble dans un cadre plus vaste encore, en nous donnant le concept de monarchie nationale comme fil rouge de la démonstration et de la cohérence des politiques menées. En ce sens, ils utilisent à bon escient le terme de « vision » pour présenter les différents domaines d’évolution de la politique marocaine : un monarque a effectivement pour lui la durée, et peut ainsi s’engager sur un long terme qui reste parfois peu visible à des politiques qui sont contraints par des échéances électorales parfois très rapprochées.

L’ouvrage, très dense, consiste en une réflexion sur l’art de la politique. Il fait le point sur les nombreux chantiers d’infrastructures, de réforme économique, sociale et institutionnelle, ouverts par le Roi Mohammed VI dès son intronisation en 1999. Le nouveau règne dénote une conception nouvelle de gouvernance et d’administration, bien adaptée aux temps modernes. Les auteurs de cet excellent livre qui établit un point d’étape sur le règne du Roi Mohammed VI, concluent que le Maroc est inéluctablement un « trait d’union » non seulement entre les continents et les civilisations mais encore entre « les valeurs spirituelles et les forces matérielles, entre le respect des traditions ancestrales et le besoin de rénovation et de création ».

Assorti d’une bibliographie abondante et d’annexes utiles (plusieurs discours importants du Roi Mohammed VI ; glossaire très complet des termes arabes ; rappel chronologique de l’Histoire du Maroc depuis le VIIe siècle ; généalogie du Roi ; carte du Maroc), ce livre est riche en informations, inspiré par une connaissance approfondie du Maroc et de l’Islam, et indispensable à une bonne compréhension du Maroc de Mohammed VI, le « Roi capitaine ».

Par le Doyen Jean-François Poli

* Mohammed VI ou la monarchie visionnaire, par Charles Saint-Prot, avec la collaboration de Zeina el Tibi. Cerf, 2019, 346 p.





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