Dans les villages tunisiens, il arrive que les enfants entendent encore cette consigne : « Si tu rencontres un Marocain qui a un point noir dans l’oeil, prends tes jambes à ton cou », l’homme en question est censé être un chercheur de trésor et, pour parvenir à ses fins, doit sacrifier le sang d’un gamin. 

Les petites filles détalent aussi rapidement devant le même homme, affublé de sa djellaba en laine, debout de nuit comme de jour, son gourdin à la main, assurant la surveillance des boutiques et maisons, mais aimant coincer les fillettes au fond des cours. Gardien mystérieux et lubrique, telle est donc l’image du Marocain dans la tradition populaire tunisienne. C’est ainsi que la fonction de gardiennage qu’assument depuis des décennies les originaire du royaume chérifien a donné, comme synonyme au mot « gardien », celui de « Marocain ». 

Réputés sombres et mystérieux, ils alimentent toutes sortes de récits sur des pouvoirs magiques supposés. Nombre de familles maraboutiques tunisiennes situent par ailleurs l’origine de leurs ancêtres dans un bout de terre qui constitue une sorte de géographie du sacré : le Sahara occidental. 

Aujourd’hui, c’est moins dans les villages que dans les demeures luxueuses de La Marsa ou de Hammamet que les Marocains sont recrutés comme gardiens. Leur réputation d’hommes courageux ne leur a jamais fait défaut comme le dit l’ancien adage : « Le Marocain est un guerrier ; l’Algérien est un homme ; le Tunisien est une femme. » 

Il arrive aussi que les mêmes familles nanties confient leur ménage à des Marocaines. Celles-ci ont l’avantage d’accepter des salaires plus bas et d’avoir le sérieux que n’ont pas les bonnes d’Aïn Draham ou de Béja. Connus pour étant de bons travailleurs, les Marocains sont crédités d’autres qualités : ils ne râlent pas comme les Tunisiens, ils ne lésinent sur aucune tâche et ne trompent pas sur la marchandise.




0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top