2040. Dans un monde socialement fracturé, Foogle décrète la Grande lumière, rendant publiques les données personnelles de chacun. Dépourvus d’intimité, les gens s’isolent et vivent avec des androïdes facilitateurs de vie. De plus en plus nombreux, les pauvres sont chassés des centres, et perdent tous leurs droits. Après des années de dépression et de solitude, un écrivain quinquagénaire tombe fou amoureux de son androïde et rompt avec son statut protégé… 

Cette magnifique anticipation littéraire qui résonne avec la puissance des réseaux et notre actualité sociale, est aussi un très beau roman universel sur le choix de qui nous décidons d’être et comment aimer l’autre.

Sans surprise mais flippant ! 
Je n’avais jamais entendu parler d’Antoine Jaquier, un auteur suisse, avant de tomber sur le pitch de son dernier livre Simili Love qui est le quatrième roman de l’auteur. Roman d’anticipation, entre dystopie et road movie post-apocalytptique, Simili Love est un livre percutant voire flippant ! 

Le big data, ces données personnelles que nous donnons sans sourciller et que les GAFA utilisent à nos dépens... nous connaissons, nous faisons avec, souvent sans nous rendre vraiment compte de ce qui se trame derrière tout cela. D’après les dernières études, il semblerait que les algorithmes nous connaîtraient mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes… 

Aujourd’hui ces données restent "confidentielles" mais voilà Simili Love nous emmène en 2040 où elles sont dorénavant en accès libre, tout le monde peut les consulter. Que ce soit les profils utilisateurs, les mails ou l’historique de navigation de chacun d’entre nous, tout est en libre service !! Le monde que nous connaissons s’écroule, l’individu déjà très égoïste par nature devient solitaire, il s’enferme chez lui et coupe tout contact avec ses semblables. Heureusement les androïdes de dernière génération sont là pour pourvoir à tous les besoins.

Encore faut-il être dans la bonne caste. La population est divisée en trois catégories : les Élites (5% de la population) – les Désignés (25%) et les Inutiles (70%). Il va de soi que seule la première catégorie, la plus riche, peut se permettre d’avoir recours à ces robots. Une partie des Désignés y a aussi accès mais dans une moindre mesure. C’est au travers de la vie quotidienne d’un écrivain/scénariste, un Désigné, que nous allons découvrir le monde merveilleux de demain...

Ce roman se divise en deux parties bien distinctes. La première est une dystopie cinglante qui insiste sur l'utilisation de nos données personnelles et des dérives que cela engendre. Rien de nouveau, rien qu'on ne sache déjà. Cela nous renvoie à notre utilisation du web, à tout ce qu'on laisse comme trace sur les blogs, les réseaux sociaux et à ce qu'on croit être plus invisible. Antoine Jaquier rend cette réalité plausible. L'intelligence artificielle est aussi au coeur de cette première partie. Par l'intermédiaire des androïdes, l'auteur nous questionne sur le libre arbitre et le degré de liberté de l'Homme face à la Machine. 

Alors que la première partie s'appuie sur les Élites et les Désignés, la seconde s’intéresse aux Inutiles. Le roman change complètement de registre. L'auteur nous emmène à la rencontre de la majorité de la population, celle des oubliés et des laissés-pour-compte. Un petit coté road movie dans le monde dévasté. Cette partie est un peu moins crédible. L'auteur use de quelques facilités narratives permettant d'arriver au point d'orgue du récit qui marque les esprits. 

La conclusion, assez prévisible, est à l'image du roman, classique mais diablement efficace. Le roman n'est pas parfait, on y trouve quelques défauts : manque de fluidité, construction parfois décousue ou discours entendu... mais rien de rédhibitoire.

Au final, Simili Love sans être original est un roman intelligent, percutant qui a le mérite de nous interpeller et de nous faire réfléchir. On ne va pas bouder notre plaisir ! Source




0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top