L'eau continentale avant l'ère atomique avait une une radioactivité naturelle de 0,2 à 0,9 Bq/l. Au printemps 1963, suite à une série finale de tirs atmosphériques, surtout des USA et URSS, la radioactivité tritium dans l'atmosphère et l'eau était multipliée par cent, en plus d'un cocktails d'autres radionucléides (césium-s, strontium, plutonium-s...). 

Ça fait plus de 50 ans qu'il n'est plus possible de faire un "point zéro", plus de cinquante ans que l'ensemble du vivant est sous effet de radiations anthropiques.Parfois c'est avec un peu de retard comme l'eau d'Evian qui portait 4 UT (Unité Tritium) jusqu'en 1952 qui augmente assez brusquement à 40 UT en 1979indiquant que son temps de cheminement sous terre est de 16 ans (ça re-diminue ensuite; 1 UT ≈ 0,118 Bq/kg H2O). Il en a été de même dans tous les aquifères. Il est très difficile de retenir le tritium. "Ainsi le port du gant de protection pour la manipulation du tritium est illusoire, celui-ci diffusant rapidement à travers le latex et pénétrant ensuite dans le sang, par la voie percutanée." (Manin, IN2P3, in "Nucléaire-Santé-Sécurité", Conseil Général Tarn & Garonne, 1988, p. 284). 

Le nucléaire civil en fait également : "Du tritium est produit dans le combustible nucléaire, mais également par réaction nucléaire dans un matériau utilisé dans le réacteur (bore sous forme d'acide borique) et par capture neutronique multiples avec l'hydrogène et le deutérium de l'eau du circuit primaire " et plus encore avec le MOX (J.C. Zerbib, Gazette Nucléaire 161/162, nov. 97, , p. 8). Il a donc toujours été de toute première importance pour le lobby nucléaire militaire puis civil de faire en sorte que le tritium soit classé comme presque inoffensif. Le livre "La Comédie Atomique" de Yves Lenoir (ici) montre comment les normes ont toujours été exclusivement dans les mains des utilisateurs des radiations peu enclins à la dramatisation pour dire le minimum du moins. Dans le corps humain il y a 10% d'hydrogène soit 5 à 8 kg pour personnes de 50 à 80 kg. C'est avec le carbone et l'oxygène l'un des 3 atomes fondamentaux de la vie, sous forme de fluides corporels aqueux mais pas seulement. "Ainsi sous leur forme tritiée, la leucine (précurseur des protéines), l'uridine (précurseur de l'ARN) et la thymidine (précurseur de l'ADN) sont respectivement environ 10, 100 et 1000 fois plus toxiques que l'eau tritiée." (CriiRad dossier Valduc mai 94, An. p. 28). Lorsqu'il y a désintégration d'un tritium intégré à une molécule organique (par exemple un brin d'ADN), l'hélium étant un gaz non liable la molécule est brisée en même temps que le bout du "fils" orphelin est ionisé et va réagir chimiquement avec n'importe quoi de son entourage immédiat. Or pour que ça marche dans le vivant tout doit être ordonnancé en suivant la programmation génétique. Il faut ensuite réparer, si c'est possible. Le biologiste Pierre Barbey souligne qu'il y a une sous-estimation réelle du risque tritium, à lire ici, pour plusieurs raisons : 

1) contrairement au précepte officiel, le tritium peut s'accumuler dans la chaîne alimentaire. A cause de sa masse plus élevée, triple, il semble être intégré de façon privilégiée par rapport à l'hydrogène. Proche de Sellafield les teneurs en tritium dans les poissons les mollusques et les crustacés sont 10 fois, et pour des poissons plats dans l'estuaire de la Severn 1000 à 10 000 fois, supérieures à celles de l'eau de Mer. Quelqu'un comme Jean Jouzel dont tout le raisonnement dans les glaces était basé sur une séparation des hydrogènes deutérium et tritium dans le cycle atmosphérique de l'eau à cause de leur différence de masse devrait bien comprendrequ'il peut se produire des choses de ce genre. 

2) la radioprotection officielle traite les radiations bêta (des électrons d'origine nucléaire) émises par le tritium comme s'il s'agissait de radiations gamma (photons qui relâchent leur énergie sur une longue distance) alors que le dépôt d'énergie se fait sur une distance de l’ordre du micron nettement inférieur au diamètre moyen d’une cellule, qui favorise la formation de sites de liaisons multiples plus difficilement réparables (et ça peut être l'ADN). 

3) ainsi en dépit des pressions, des études s'accumulent montrant que le facteur de risque, ou "équivalent de dose" officiel, qui est de 1 (i.e. une énergie reçue de 1 gray se traduit en un dégât de 1 Sievert → 1 pour 1) est très sous-estimé. De nombreux travauxcalculent le plus souvent qu'il est entre 2 et 3 et jusqu'à 8 dans certaines études. En Grande Bretagne, le très officiel Advisory Group on Ionising Radiation, vient de proposer de multiplier par deux ce facteur. 

4. Quelques centres atomiques 
■ Le CEA c'est à Marcoule les "piles atomiques" plutonigènes G1, G2, G3 et "surgénérateurs" également plutonigènes, surtout Phenix afin de pouvoir faire les bombes. Le CEA était le promoteur de SuperPhenix qui a consommé plus d’électricité qu'il n'en a produite et qui selon la cours des comptes a coûté 12 milliards d'euros jusqu'à 1997, avant début du démantèlement. Aujourd'hui le CEA en veut un autre (même chose : plutonium, "coefficient de vide positif", sodium métallique fondu, et extrêmement prolifèrant) auquel il a déjà donné un nom, Astrid. Le CEA (avec Bouygue) a déjà eu 650 M€ pour en faire des essais de plans-papier. Profitant du régime pro-nucléaire de Shinzo Abe, la France aimerait bien faire payer une partie du coût annoncé de 5 milliards aux contribuables de Fukushima (Mainichi 22/10/16; ici) qui eux n'en finissent pas de payer le leur, Mouju, qui lui non plus n'a jamais marché (fuites, défauts, mais au moins est arrêté avant qu'il ne soit trop tard, ). Ce sur quoi ces promoteurs sont discrets est que ces "surgénérateurs" ne fonctionnent qu'avec des usines de séparation de type Marcoule-La Hague dont ils sont le service après vente. Ces sont les deux faces d'une même médaille. Si notre élite "corps des mines"/ENA donnent au CEA des milliards pour "Astrid", alors il faut construire un labo/usine de retraitement juste pour lui, et aussi une sorte de petit MELOX-dédié pour lui, avec d'autres belles poignées de milliards d'euros. 

● UP1 ("Usine Plutonium n°1") était l'usine de "retraitement" du CEA pour extraire le plutonium militaire. Pour le tritium des bombes "H", le CEA a construit deux réacteurs "Célestins" à Marcoule, d'où le "marquage" en tritium, H3, très fort par moment de l'air ambiant de la vallée du Rhône en 1970 notamment et de sa nappe phréatique (in Bosch et al. 1974 Bull. BRGM sect.III n°3 : 245-60). Est-il possible que Jean Jouzel recrue CEA spécialisée sur ce tritium dans l'environnement n'ait pas participé ou n'ait rien su de cette pollution alors essentiellement due au CEA qui atteignait 1800 UT (Unité Tritium, ≈ 212 Bq/l) en avril 1970 alors qu'elle y était naturellement de 10 UT, 180 fois moins, avant 1953 ? En 1993 Codolet à été obligé de faire un forage très profond pour son eau, la nappe qu'il utilisait depuis toujours pour boire étant contaminée de manière de plus en plus inacceptable parle CEA : "En novembre 91... l'eau d'alimentation de la commune de Codolet était prélevé dans la nappe superficielle, à environ 15 mètres de profondeur. L'analyse a révélé un niveau de contamination en tritium de 95,4 Bq par litre."(CriiRad, Info n°2, 07/94 p.41). 

Un document de 1976 du service environnement du centre (inconnu du spécialiste tritium CEA Jean Jouzel ?), obtenu par voie officieuse, montre que tous les légumes et fruits analysés étaient marqués au tritium : 2000 Bq/kg dans les asperges de Bagnols et les poireaux de Caderousse, plusieurs centaines de Bq/kg dans les choux-fleurs, les courgettes, les laitues, les choux verts, les melons, les pèches etc. La contamination du raisin dépassait 7000 Bq/l au sud immédiat du site; dans les zones voisines les niveaux oscillent entre 1000 et 2000 Bq/l; sur le territoire de la commune de Chusclan, ils restent inférieurs à 1000 Bq/l mais supérieur à 300 Bq/l. La contamination se retrouve aussi dans le vin de 400 à 1000 Bq/l environ pour les communes de St-Etienne des Sorts, Codolet, Chusclan, Tavel, Roquemaure et Barjac. Un document par voie officieuse parce que ces quantités de radioactivité jetées dans l’environnent et mesures faites alors par le CEA demeurent à ce jour "confidentiel défense" (Fig. 3).Pour l'iode-129, la CriiRad a mesuré 463 Bq/kgsec dans la mousse (Bryum argenté) et 194 Bq/kgsec dans le Thym à Codolet village au Sud de centre en janvier 1991, ainsi que 8,3 Bq/kgsec d'americium-241 dans la mousse (données de l"Etude d'Avignon", CriiRad, 2è volet, synth p. 57-60). Le site a toujours aujourd'hui des autorisations considérables de rejets aériens et aqueux, en gaz rares, tritium, iodes, aérosols et même plutonium-américium. Le 15 janvier 1999 "un relâchement non contrôlé de gaz tritium d'environ 85 terabecquerels..., évacué par la cheminée de l'installation CELESTIN a été détectée à 11h50."(MAGNUC), encore une incroyable bouffée pour la bombe "H". 

 
vignoble côte du Rhône sous les cheminées de Marcoule © photo Céline Duffa

Fig. 3. Vignes du Côte du Rhône sous les cheminées du CEA Marcoule. Les rejets de l'usine UP1 et réacteurs "Celestins" du CEA ont été très forts pendant quelques décennies, avec plusieurs milliers de Bq H3 par litre de jus de raisin. Devant ce que le CEA a décrit comme "le caractère excessif des prétentions des propriétaires" (on est à 13 km de Châteauneuf du Pape) il avait fallu deux ordonnances d'expropriation, les 23/07 et 02/10/1953 pour leur arracher ce site (Barillot et Davis, "Les déchets nucléaires militaires français" 1994, p. 91). Aujourd’hui il y a aussi les rejets de l'incinérateur et four pour déchets radioactifs d'EDF (Centraco) et il y a la menaçante cheminée de MELOX sous laquelle Areva/CEA manipule de la poudre ultra fine d'uranium et plutonium; photo céline Duffa.

Mais une grosse quantité des rejets CEA étaient pour le Rhône. Une partie y est irréversiblement stockée dans ses sédiments sur 100 km de long jusqu'à la Méditerranée et jusqu'à 40 cm de profondeur en aval de Marcoule. L'affaire des plutonium-s et américium notamment dans des rizières, parmi les 20 000 ha inondés et "marqués", et pour longtemps par ces deux éléments, lorsque la digue de Figarès sur le petit Rhône a cédé en octobre 1993 et janvier 1994 a rappelé cette réalité. On trouve aussi dans ces sédiments au niveau de la Camargue 57 Bq/kgsec en Rh 106, 273 Bq/kg en césium 137 dont une partie est due à Tchernobyl mais une grosse partie vient du CEA Marcoule ce que monte l'augmentation des mesures au passage de l'amont à l'aval du site. 

▪ Autour de Marcoule, il n'y a jamais eu d'études épidémiologiques. Le député Claude Birraux dans une vie antérieure (il est aujourd'hui d'un pragmatisme glaçant) dans son rapport sur la sûreté nucléaire de 1994 pour l'OPECST avait signalé : "il serait souhaitable de lancer une étude épidémiologique autour de Marcoule car c'est le seul moyen de prouver l'impact réel sur la santé de l'activité nucléaire." (Le Provencal-grand Avignon 03/02/95 p. 23). Les hauts fonctionnaires n'y ont pas intérêt. Il n'y en a pas eu pour Tchernobyl qui a irradié des millions. C'est la plus fiable des démonstrations que le lobby nucléaire connaît d'avance le résultat. Dans le cas contraire il aurait en effet tout intérêt à ce qu'elles soient faites.

■ Le CEA c'est Valduc, sur la limite de partage des eaux entre les bassins versants de la Seine au nord et de la Saône au sud,en pleine zone karstique à circulation rapide. En 1994, le Conseil Général de Côte d'Or avait commandé des analyses à la CriiRad. A cause des tirs atomiques du début des années 60, dans ces années 90, une eau contenant jusqu'à 4 Bq/l représentait le "bruit de fond". Et au-delà de 7 Bq/l on était sûr qu'il y avait une pollution encore plusnouvelle. Et cette pollution de Valduc est indéniable (Fig.4). 

 
Eau potable de Côte d'or contaminée par le CEA-Valduc © Info CriiRad n°4, nov. 1995

Fig. 4. Contamination 1994 en tritium des réseaux d'eau potable de Côte d'Or. Le tiers NE du département est impacté par le CEA Valduc. On remarque un 80 Bq/l à une vingtaine de km de Dijon. La Haute-Marne au NE (Ouest de Langres, non étudiée) est forcément impactée aussi, le vent dominant étant de SW. Beaucoup de ces rejets étaient aériens, la végétation/potagers/lait de la zone sont forcément "marqués" au tritium de la même manière; Info CriiRad n°4, nov. 1995 

Le puits de captage d'eau destinée à la consommation humaine sur la commune de Lery dans le périmètre du centre présentait une moyenne de 497 Bq/litre de février 98 à juin 99 (Gazette nucléaire n°267, p. 3). Or selon un graphique officiel donné par le CEA au CLIS de là-bas (le SEIVA), pendant au minimum 10 ans sur toutes les années 70, les rejets annuels étaient 30 fois supérieurs à ceux de 1994-95 (moyenne officielle ~ 55 500 TBq/an au lieu de 1850 TBq/an). L'eau que les parents du NE de la Côte d'Or, SW de la Hte-Marne donnaient à leurs enfants sur toutes ces années 70 contenaient probablement 30 fois plus du tritium des bombes "H" que ces mesures CriiRad de 1994 de la Fig. 4, de même forcément que les salades, fruits, fromages Epoisse, Langres et Chaource AOP de la fromagerie de Chalencey, etc. Jean Jouzel un spécialiste tritium du CEA sur ces années 70 s'en est-il désintéressé ? Comme pour Marcoule le CEA garde ses mesures en "Confidentiel défense". Aujourd'hui le site possède toujours des autorisations considérables de rejets : 1850 Tq de tritium-bombe "H" par an dans l'environnement. Et aujourd'hui l'eau du robinet, mais aussi du jus des fruits restent contaminés par ce tritium (9 à 33 Bq/l; mesures Acro pour le SEIVA juin 2015). 

▪ La pollution radioactive est vaste dans la nappe des sables de Fontainebleau juste sous le berceau CEA du spécialiste tritium Jean Jouzel aussi : "Les mesures réalisées à Saclay montrent une teneur en tritium de 250 Bq/l (moyenne 1993 à 96) dans la nappe phréatique située en dessous du centre CEA." (Tort et al., Radioprotection, v32 p. 512) soit 270 à 1200 fois la radioactivité naturelle H3 du "climat" vrai avant l'ère atomique des Nasa et autres CEA. 

◾ Le CEA c'est 61,5 % d'Areva. Les Administrateurs CEA (Jean Jouzel de la DSM, Direction Science de la Matière, était lui membre du Conseil Scientifique présidé par Bernard Bigot) y ont donc le pouvoir absolu, notamment sur la méga-usine de La Hague.La Hague c'est notamment les rejets de krypton 85, directement du combustible irradié dissout d'EDF et d'autres utilisateurs de l'atome à l'atmosphère, gaz qui est essentiellement un émetteur bêta (qui n'irradie qu'à courte distance). 

La Hague © inconnu et Areva

Fig. 5. Les cheminées de Areva/CEA La Hague, les deux étroites haute de 100 m pour UP2-800 (gros plan à droite), et UP3 (bleue), diamètre à l'émission 2,75 m, débit chacune : 790 000 m3/h 

En nov. 1998, au moyen d'un cerf-volant Greenpeace fait un prélèvement entre 60 et 120 m de hauteur à 700 m des deux cheminées UP2-800/UP3 de l'usine (Fig. 5) qui donnera une radioactivité de 90 000 Bq/m3. L'IPSN a déjà mesuré, au niveau du sol à une distance de 0,8 à 4,5 km de l'usine et sous le vent, des activités allant de 47 000 à 230 000 Bq/m3. La Cogema dit qu'à la sortie de la cheminée l'activité Krypton 85 est 1 milliard de Bq/m3 (Gazette nucléaire n° 171/172, p. 3 et 6). L'IPSN a donné les chiffres suivants (Gazette Nucléaire 171/172, p. 3) : 

 
© IPSN

L'ionisation de l'air produite par la désintégration du krypton radioactif artificiel avait déjà augmenté de 1% entre 1970 et 1985 au-dessus des océans et dans les régions polaires (Kollert & Butzin 1989 cités in Lenoir "Climat de panique", 2001). Or fin 1995, le rejet avait déjà triplé à La Hague par rapport à 1985 et ça continue (Fig. 6). Cela n’intéresse guère le GIEC/J.Jouzel/CEA. Dommage parce que comme courbe de progression, c'est autre chose que les 20% du CO2 et le Kr-85 n'a jamais lui été présent en quantité significative dans l'atmosphère avant l'ère atomique.

 
rejets krypton 85 retraitement © Ahlswede et al. 2013, fig. 2.

Fig. 6. Rejets atmosphériques de krypton 85 par le retraitement dans le monde (points, échelle de droite) et l'accumulation qui en résulte dans l'atmosphère (échelle de gauche). La Hague est le plus gros émetteur. Unité : péta becquerel = 10 E15 Bq; Ahlswede et al. 2013, Jl. Env. Radioactivity 115, fig. 2. 

Quel impact a cette ionisation supplémentaire de l'atmosphère sur la formation des nuages au pôle Nord où ces rejets filent direct à partir de La Hague et Sellafield ? et ailleurs ? On sait que la nucléation des gouttelettes d'eau est favorisée par l'ionisation : chambre de Wilson ! Les nuages ont un rôle essentiel dans les échanges radiatifs de l'atmosphère, sans compter la pluie ou la neige. 

▪ Areva/CEA La Hague rejette dans l'atmosphère de l'iode 129. En 1995, la CriiRad a mesuré sur les mousses (Bryum argenteum) : 22,4 à 102,5 Bq/kg-sec pour l'iode 129 ce qui est 1300 fois le taux dans la zone interdite de Tchernobyl pour ce radionucléide là : 42 à 79 mBq/kg-sec. L'Acro en 98 a trouvé de 21 à 99 Bq/kg-sec dans Homalothecium sericeum et en 2008 2,8 à 15,1 Bq/kg-sec dans Ramalinal silicosa (Fig. 7). Les mousses fontinales à la sources de Ste-Hélène près du site sont en permanence contaminées (via retombées atmosphériques) à l'iode-129 avec en oct. 2015 : 67 Bq/kgsec (Acronique 114, sept. 16). 


 
© diversFig. 7. De gauche à droite : 
Bryum argenteum, Homalothecium sericeum et Ramalinal silicosa 

▪ Areva/CEA La Hague rejette du carbone 14 artificiel. Ceux/celles qui vivent autour de l'usine et mangent leurs produits portent dans leur corps (600 à 1000 Bq/kgC ÷ 226 =) 2,6 à 4,4 fois plus de carbone 14 que leurs ancêtres pendant des dizaines de millénaires. Leurs ossements ne seront jamais datables par la dite méthode Carbone-14. 

▪ Areva/CEA La Hague rejette dans l'atmosphère du Ru/Rh106. Deux bouffées ont été l'occasion de voir ce qu'il en était des affirmations officielles. Le 18 mai 2001 il y a un "rejet accidentel" de l'atelier R7 de vitrification de UP2-800, une valve bloquée ce qui court-circuite le système de lavage des gaz. Le communiqué de presse laconique de Cogema indique : "jusqu'à 11 MBq" pour l'ensemble des radionucléides (l'équivalent d'une année d'un radionucléide en une heure). Seulement cette fois là l'association Acro : 1) mesure jusqu'à 630 Bq/m2 (498 Bq/kg frais) de Ru/Rh 106 dans l'herbe fraîche à l'Est du village d'Herqueville avec un peu de Cs 137 (un mois et demi après, il y avait encore 146 Bq-Ru/Rh106/kg-fraisd'herbe); et, 2) en appliquant la méthodologie retenue par le Groupe Radioécologique Nord-Cottentin, GRNC (qui avait été mis en place par la ministre Corinne Lepage, auquel l'association participait), calcule alors que le rejet aurait été environ 1000 fois supérieur à celui annoncé par Cogema/CEA, 14 000 MBq pour 11 déclarés. L'ASN est embêtée et l'IPSN doit suivre : il a aussi détecté une contamination d'aérosols de Rhuténium à sa station atmosphérique d'Alençon qui est à 200 km au SE de La Hague et met sur son site : "le rejet mesuré par Cogéma à la cheminée de l'usine n'apparaît pas cohérent avec les valeurs mesurées dans l'air et dans l'herbe.". Une première explication qualitative viendra par l’intermédiaire de l'ASN. Un petit tuyau, prélève une petite quantité d’effluents à mi hauteur de la grande cheminée et le dirige sur un appareil de mesures. Mais le ruthénium se fixe en grande partie au métal du petit tuyau et n'arrive pas jusqu'à l'appareil de mesures, signe d'une méconnaissance de sa chimie-physique. Les mesures étaient fausses depuis l'ouverture de cet atelier et certainement de l'usine de La Hague (Acronique n°55 avec lettre ASN). Entre temps il y a de nouveau un "rejet incidentel" en octobre 2001. Et une deuxième partie d'explication est donnée par le GRNC en octobre 2002 : la modélisation mathématique (officielle du GRNC, où sont l' IPSN, l'ASN, etc.) de dépôts était fausse aussi. Le dépôt des radionucléides rejetés dans le champs proche apparaîtrait comme étant 11 à 91 fois plus efficace que ne l'indiquait ce modèle. Cela veut dire que pour une quantité de rejet donnée, le modèle mathématique (qui sert pour estimer la dose reçue par la biosphère et personnes en cas de catastrophe notamment) sous-estimait considérablement la dose réelle reçue (l'Acronique du nucléaire n°60). Dans les mousses fontinales de la source de la Ste Hélène sous l'usine (aérien/pluie) on mesure aussi du Co60 (5 à > 20 Bq/ksec), du césium-137 (50 Bq/kg-sec en mai 2012; sinon dans ses sédiments 10 à 60 Bq/kg-sec) et irrégulièrement de l'américium-141 (0,5 à quelques Bq/kg-sec; L'Acronique 114, sept. 2016). 

■ Plusieurs petites études INSERM limitées dans le temps montrent un excès de leucémies infantiles autour de La Hague : Pobel et Viel 1997 : 4 cas au lieu de 1,4 attendu, épidémiologistes violemment attaqués via les grands medias par le lobby, notamment G. Charpak (physicien) dont l'entreprise en quasi-faillite avait été rachetée par Cogema et d'autres. Les épidémiologistes seront vite mutés ailleurs. Le Professeur Jean François Viel raconte l'histoire dans son livre "La santé publique atomisée" (La Découverte, 1998, ici). Postérieurement à cette étude sur la période 1978-1998, 5 cas ont été observés dans le canton de Beaumont-Hague sur 2,3 cas attendus, soit un ratio de 2,17. Une nouvelle étude publiée en juillet 2001 a montré que c'est chez les 5-9 ans qu'il y a le plus fort excès : 3 cas observés entre 78 et 98 pour 0,47 cas attendus, soit un ratio de 6,4 (Guizard, A.V. et al. Journal of Epidemiology and Community Health n°55, juillet 2001) (voir sur ce sujet synthèse du cahier de l'ACRO, n°2, "Impact sanitaire des installations nucléaires de La Hague", juin 2001, 8p.). 

■ Mais encore Areva/CEA La Hague rejette surtout dans la Manche par un tuyau(Fig. 8). 

 
Tuyau Areva La Hague © Acro et CriiRadFig.
 8. Tuyau des rejets radioactifs massifs de Areva/CEA dans la Manche; illustrations, Acro et CriiRad 

▪ Le petit "port de Goury situé à 7 km du point de rejet [5 km au Nord de la Baie d'Ecalgrain]... la zone des Huquets située à environ 1km... la zone de pêche des Huquets est une zone où l'on pêche régulièrement au casier (crabes, homards), notamment pour les pêcheurs de Goury. En outre, le sud de la zone des Huquets constitue une zone de pêche de coquilles St Jacques." (l'Acronique du nucléaire n° 49, juin 2000, p. 16). 

Dans ce tuyau d'Areva/CEA, "Chaque année environ 500 000 m3 d'effluents de toutes natures y passent.". Ils "ne sont autorisés qu'à certaines heures de marée, pour permettre une dilution plus efficace des radionucléides" (Gazette Nucléire n°266, p. 14). Ils sont extrêmement radioactifs. Des échantillons de mai 1999 récoltés par Greenpeace ont donné, par litre, des centaines de milliers de Bq en tritium, des milliers de Bq en divers radio-éléments. Celui du 27 mai portait : 4,6 millions de Bq/l de tritium, 13 000 Bq/l de Ru106, 10 000 Bq/l de Co60, 2800 Bq/l d'iode129, 980 Bq/l de Cs137, 570 Bq/l de Mn54, 560 Bq/l d'américium 241, 270 Bq/l d'Eu154, 190 Bq/l de Ce144, 180 Bq/l de Sb125, 140 Bq/l d'Eu155, 80 Bq/l de Pa233, 43 Bq/l de Cs134 (Acronique du Nucléaire n°48, p. 23). Une autre fois le litre portait 175 millions de Bq de tritium, confirmé par l'OPRI (Le point 19/07/97). Et ça fait des décennies que ça dure.

▪ Fin 79-début 80, on découvre dans la canalisation de rejet une fissure de 1 m de long sur 4cm de large dans la zone de marnage (= estran, zone entre haute et basse mer) de l'Anse des Moulinets. La CFDT-La Hague demande des produits à des pécheurs locaux pris entre 300 m et 1000 m du rivage. Sur coquille St jacques, sont mesurés 400 Bq/kg de Strontium 90 (très toxique), 7 Bq/kg de Cs137 (A. Guillemette in Gazette Nucléaire n°179/180, p. 3, ici). 

▪ Les eaux de mer montrent la présence systématique de tritium le long des côtes du Nord Cottentin à raison de 15 à 23 Bq/l, "elles sont nettement supérieures à celles mesurées au large dans les eaux de surface de l'Atlantique (inférieures à 0,2 Bq/l), ce qui confirme l'influence directe des rejets industriels." (Acronique du nucléaire n°55, déc. 2001, p. 9). Lors de l'ouverture de la conduite Cogema, le 16/03/99, l'eau sur la côte à l'Anse des Moulinets est montée à 400 Bq/l de tritium et 100 Bq/l au large. Au large elle est retombée à 10 Bq/l à la fin de la journée (idem p. 13). Parce qu'il y a un fort courant, et c'est bien pourquoi toutes les plages de La Manche en aval "bénéficient" de la pollution d'Areva/CEA, particulièrement la baie de la Somme semble-t-il (Fig. 9). 

 
rejets La Hague © de Bailly-du-bois et Dumas 2010

 
rejets La Hague © de Bailly-du-bois et Dumas 2010

Fig. 9.Ces couleurs représentent de la toxicité dans la mer qui en réalité est invisible et indétectable par les personnes: rejets émis par le tuyau Areva/CEA-La Hague qui lèchent les plages françaises puis du Benelux et au-delà; ici pour 3 radionucléides, tritium, rhutenium-106 et antimoine-125. Il y en a bien d'autres qu'il faudrait superposer à ces cartes (de Bailly-du-bois et Dumas, IRSN, 2010) 

▪ 98,7% de l'iode-129 des combustibles irradiés dissous est envoyé dans la Manche.C'est un choix économique du rejet, la rétention étant jugée trop onéreuse. Car à Tokai Mura les japonais piègent l'iode 129 et le rejet marin est 1600 fois inférieur à potentiel de rejet égal. La contamination observée sur les laminaires de côtes de la Nouvelle-Zemble (océan arctique) a crû d'un facteur 4000 entre les années 1930-38 et l'année 1993 (0,2 à 800 IU.10-11 [rapport isotopique avec iode naturel])... La contamination observée sur les fucusde la station d'Utsira en Norvège... a crû de 6 à 105 mBq/kgsec, soit une progression d'un facteur 17,5 de 1980 à 2000." (A. Guillemette, Gazette Nucléaire n° 267 p. 11-19, ici), Fig. 10 et 11. Dans la baie d'Ecalgrain on mesure 50 à 170 Bq/kg-sec I-129 dans les algues suivant leur espèce (Acronique du nucléaire n°55, p. 8). 


 
Algues © divers 

Fig. 10. Fucus Serratus et Lamina digitata 

rejets Sellafield-Hague © Dahlgaard 1994 in Guéguéniat et al 1996, Edit. de physique

Fig. 11. Principaux Courants et temps en années pour le transfert d'une pollution déduits principalement d’événements de rejets radioactifs de Sellafield. Non indiqué, les quantités (facteurs de transferts) sont les plus importantes sur la côte norvégienne et la mer entre le Danemark et la Suède. Les rejets de La Hague et Sellafield se rejoignent vers l'Ouest du Danemark. Dahlgaard 1994 in Guéguéniat et al 1996, Edit. de physique. 

▪ Toute la côte est également marquée par le Co60 de l'usine, 3 à 4 Bq/kg-sec à Cancale et à Dieppe en passant par 14 Bq/kg-sec près de l'usine. 

▪ L'américium 241 (émetteur alpha et gamma) ne se fixe pas dans le sable mais il le fait dans les sédiments fins, presque partout le long des 640 km de côte, et aussi du coté du Mont St Michel (Cancale, Granville) avec 3 Bq/kg sec diminuant à 1Bq/kg sec au Tréport (Acronique du nucléaire n°50, p. 10). 

▪ C'est au milieu des années 80 que Cogema/CEA La Hague rejetait le plus massivement de strontium 90 et de plutonium/alpha (pic maxi en 1983 pour le strontium, Acronique du nucléaire n°50, p. 26; et Gazette Nucléaire n°201/202, tableau 1 p. 3). En 1988 la contamination des patelles dépassait 70 Bq/kg-sec en Ru/Rh 106 de Granville à Barfleur, celle des moules à Barfleur atteignaient 400 Bq/kg-sec (Acronique n°50, sept. 2000, p. 5-14), il devait donc y en avoir au moins autant à St Vast célèbre pour ses huîtres envoyées et consommées avidement dans toute la France. La radioactivité bien sûr n'est pas détectable par les sens des consommateurs. En 1983 les patelles de Goury présentaient des taux qui atteignaient 565 Bq/kg-frais pour le seul couple ruthénium/rhodium-106 (Contrôle n°162 p. 94). Du carbone 14 artificiel suit tous ce monde au long des côtes de la Manche, et d'autres radionucléides artificiels encore. 

■ Même si ça n'est pas le pire hors accidents/incidents, tout réacteur nucléaire a des autorisations de rejets radioactifs. Leur origine ? : certains radionucléides diffusent à travers la gaine de zirconium entourant l'uranium irradié (épaisse de 0,57 mm), certains sont « activés » en dehors des crayons par le flux intense de neutrons de la réaction atomique, d'autres s'échappent des quelques crayons fissurés. Parce qu'il y a 41 448 crayons dans un ~ 900 MWé et 50 952 crayons dans un 1350 MWé et EDF augmente le taux d'irradiation poussant ces gaines plus à leur limite. L'eau du circuit primaire doit impérativement être traitée régulièrement, assainie et débarrassée des gaz qui s'y forme, d'où ces produits gazeux de procédés, avec ceux d'activation dans la circulation d'air des zones nucléaires. Dans un contrôle pourtant rarissimement fait, coup du hasard l'Acro est tombé sur un dépôt très récent de césium (20 Bq/kg) sur de l'herbe fraîche à 30-40 km sous le vent de la centrale EDF-Paluel (ne pouvant pas être attribué à Tchernobyl; Acronique du nucléaire n°9, 2ème trim. 1990, p. 17-18). En juin 96 EDF-Nogent-sur-Seine dépasse ses autorisations de de 20% pour le tritium et certains mois de cette année là la concentration dans la Seine dépassait 60 Bq/l H3 en aval de EDF (Tort et al., Radioprotection v.32). En 97 l'émissaire de la centrale EDF-Chinon dans la Loire porte 604 Bq/l de tritium (186 Bq/l dans la Loire à 1km en aval; Acronique n°38; ces rejets semblent permanents, en sept. 2017, ils mesurent 29 Bq/l d'eau de la Loire 3 km en aval de la centrale pour un bruit de fond qui est de 1 à 4; Acronique n°120). En 2004 il y a une contamination au tritium dans la nappe sous la centrale EDF-Cruas (Communiqué CriiRad du 09/03/04), en 2012 c'est sous la centrale EDF-Bugey (plusieurs milliers Bq/l; T-U Criirad n°58). Dans un exemple tout récent à EDF-Golfechici il n'est même plus dit de quelle radioactivité il s'agit ! 

Quant à l'accident appelé "situation hors dimensionnement" par les autorités, les occasions se suivent : en Champagne-Ardennes avec Chooz-A où le cœur était en train de se désolidariser de la cuve fin janvier 1968; lors de l’inondation au Blayais dans le bordelais les 27-28 décembre 1999, tellement semblable à Fukushima en raté d'assez peu; ou en situation nettement plus banale, la vulgaire panne électrique qui fait que les agents EDF ne contrôlaient plus grand-chose, pas même la grille d'entrée du site, au Bugey entre Lyon et Genève la nuit du 13 au 14 avril 1984. D. Leglu et M et R. Séné-s rapportent à ce propos ("Les dossiers noirs du nucléaire français", 2013, p. 218) : "Avant 1984, il s'en était déjà produit cinq du même type : deux à Tricastin, un à Dampierre-1, un à Dampierre-3 et un a Blayais-4 ». Une fois qu'un réacteur atomique a commencé à déraper (comme le REP de Three Mile Island-2) : "Extrême rapidité et épouvantable complexité des phénomènes en situation accidentelle" commentent deux physiciens de l'atomeJ.P. Pharabod et J.P. Schapira ("Les jeux de l'atome et du hasard",1988, p. 100). Ce qui amène à une autre caractéristique de ces gros réacteurs qu'ils partagent avec La Hague : si l'explosion finalement arrive chez nous, tout est prévu. La responsabilité financière maximale d'EDF est de 700 M€ (C. Environnement L597-28, ici), moins que ce qu'avec Areva-CEA, elle distribue gratos aux meusien-ne-s/haut-marnais-e-s pour qu'ils acceptent les déchets, il est vrai éternels, de ses 58 réacteurs atomiques (650 M€ fin 2016, sera 710 M€ fin 2017). L'Industrie nucléaire civile n'a accepté de se développer que une fois qu'elle a eu la garantie d'être exemptée du principe pollueur-payeur. Cette garantie date du Price-Anderson Act de sept. 1957 aux États-Unis (nom de deux parlementaires US du style de nos C. Bataille - B. Sido) photocopié ensuite ailleurs dans le monde. En désignant comme "propres" ("non carbonés") les reliquats du nucléaire, l'agence onusienne GIEC donne un relook à cette garantie.



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