« la lutte contre l’immigration clandestine est l’une des priorités de l’action du gouvernement, qui, conscient du danger qu’elle représente, a mobilisé tous les moyens humains et matériels nécessaires pour lutter contre ce fléau qui a des répercussions négatives au plan économique et social (...) Ce programme de lutte contre l’immigration clandestine nécessite d’importants fonds et représente de ce fait un fardeau pour le budget de l’État. Au lieu d’être un pays émetteurs d’immigration, le Maroc on devient victime avec ce que cela suppose comme effets négatifs ».

Thèse de Emeline Nanga
[...] Afin de justifier cette approche nouvelle vis-à-vis de la migration de transit, les autorités marocaines ont adopté une stratégie médiatique dans le cadre duquel le Maroc sera institué comme une victime de la migration de transit en raison de sa position géographique et la migration irrégulière assimilée exclusivement à la migration de transit subsaharienne, occultant ainsi le sujet sensible de l'émigration irrégulière marocaine. Les résultats partiels de nos entretiens convergent également dans ce sens. Ceux-ci montrent notamment que le discours des hauts fonctionnaires de l’Etat a été dominé par le déterminisme géographique. Un membre du Conseil national pour les droits de l'Homme (CNDH) interviewé dans le cadre de cette thèse, précisant justement à cet effet que : [...] « la spécificité du Maroc tient au fait qu’il est victime à la fois de son histoire – avec les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla situées sur le territoire marocain qui constituent des facteurs d'attraction importants en faveur de la migration irrégulière vers et à travers le Maroc – et de sa géographie, au regard notamment des 14 km de distance qui séparent le Maroc de l'Europe partant du détroit de Gibraltar.

Instituer le Maroc comme une victime de sa position géographique a permis aux autorités marocaines de présenter la migration irrégulière comme une menace extérieure. À titre d’exemple, nous pouvons mentionner les propos tenus le 7 mai 2003 par le Ministre de l’Intérieur El Mostapha Sahel, dans lesquels il précisait que « la lutte contre l'immigration irrégulière constitue l’un des enjeux prioritaires de l'action des gouvernements. Le gouvernement, conscient des dangers que comporte la migration irrégulière, a mobilisé tous les moyens humains et matériels nécessaires en vue de lutter contre ce fléau qui a des répercussions négatives sur l'économie et la société » (MAP 072058 dans Belguendouz, 2009 : 19, tba) [...].
Thèse soutenue le 15/09/2016 à Luxembourg en vue de l’obtention du grade académique de Docteur de l’Université du Luxembourg en Sciences politiques par Emeline Nanga

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