Une petite vague d’intellectuels marocains est apparu dernièrement. C’est normal et c’est la nouvelle tendance du regroupement familial dernièrement. Après cinquante ans d’établissement et d’histoire une petite diaspora marocaine vient fraîchement nous rejoindre et nous lui souhaitons le bienvenu et un séjour heureux et joyeux en Belgique. 

Depuis les premiers travailleurs installés dans les années soixante le Maroc a tellement évolué, la Belgique aussi. Au début on avait fait appel à des biceps mais c’est un temps révolu. Même au Maroc on a un besoin aigu de maçons spécialisés et techniciens hautement qualifiés. Aujourd’hui le Maroc dispose d’une manne importante de diplômés et de diplômés chômeurs. Pour le Maroc qui n’arrive pas à offrir de l’emploi aux diplômés est confronté au fléau de la fuite de cerveaux [1]. La Belgique en profite aussi un peu via le regroupement familial. 

Les soi-disant intellectuels sont les derniers marocains à s’installer en Belgique et plus particulièrement à Bruxelles. Je réitère le mot « soi-disant » parce que le niveau scolaire au Maroc passant du primaire au secondaire et universitaire est d’un niveau le plus bas du monde arabe. La qualité de l’enseignement au Maroc laisse beaucoup à désirer. A aucun moment je ne veux stigmatiser ou viser les étudiants, les diplômés ou les bacheliers marocains. C’est le système marocain de l’enseignement de misère qui est mis en cause, et pas seulement. Un architecte ou un ingénieur européen est mieux payé que le diplômé autochtone dans le secteur privé ou public. Par exemple, le port de Tanger Med a fait appel au know how européen en négligeant les compétences locales tout en sachant que ce sont eux qui ont construit le port, en sous-traitance et sous la plume de maîtres européens. Chez nos compatriotes de l’intérieur et surtout chez les responsables nationaux il existe toujours un petit complexe d’infériorité vis à vis des compétences étrangères tout en sous estimant les compétences autochtones. 

Ceci étant dit, quand nous avons quitté notre cher pays d’origine nous avons apporté dans nos bagages, notre religion, nos coutumes, nos traditions, mais aussi notre mentalité archaïque et surannée. Les années ont passé et nous avons été obligé d’arrondir les angles. Les nouveaux venus n’échappent pas à ce phénomène. Certes ils sont plus instruits que les pionniers mais cela n’empêche pas qu’ils ont apporté dans leurs valises roulantes une partie de la mentalité rétrograde voir ségrégationniste envers leurs aînés qui ont balisé le terrain il y a déjà plus d’un demi siècle. Ce sont ces vieillards et ces séniors pensionnés, les chibanis, qui sont les vrais témoins vivants de notre histoire en Belgique. Ils sont la mémoire franche, fidèle et sincère de notre passage dans notre pays d’accueil. 

Ce sont ceux qui ont vécu une bonne partie de leur vie dans les deux pays, d’origine et d’accueil. Beaucoup d’entre aux ont vécu un exil difficile et un établissement compliqué dans un nouveau pays. Et pourtant ils ont rempli honorablement leur contrat vis à vis des deux pays et de leur progéniture. Par l’envoi de leurs devises ils ont contribué énormément à l’économie marocaine et en même temps ils ont contribué à la construction du bien être belge. Ils ont surtout rempli leur rôle démographique dans le rajeunissement de la population belge. Aujourd’hui nos jeunes descendants font partie intégrante de la population belge. La majorité est née de parents eux mêmes nés en Belgique et le cordon ombilical est coupé définitivement et irréversiblement ainsi que leur origine d’antan. Parler de communautarisme ou de 3ème ou 4ème génération est une insulte envers nos enfants, petits enfants et arrières petits enfants et une offense envers nous. 

Aujourd’hui nos descendants sont « Enfants d’ici, Parents d’ici ». Ils sont devenus des mamans, des papas, des grands parents, des tantes, des oncles, des cousins et cousines, tous ont formés des familles. Leur vie associative, identitaire, culturelle ou cultuelle est régie par les clivages belgo-belges et rien d’autre. Les nouveaux intellectuels sont en retard par rapport à la réalité belge. Ils n’ont certainement pas vécu parmi nous ni participé à nos luttes mais je remarque qu’ils ont lu des études farfelues faites écrits par des pseudo spécialistes qui nous ont accompagné malgré nous depuis le début de notre installation. Ils nous ont analysé, examiné, ausculté, disséqué et, après plusieurs années d’études approfondies ils ont découvert enfin que nous étions la première génération. C’était la grande découverte du siècle dernier. C’est ainsi qu’a commencé notre numérotation, comme des moutons ou des voitures, nous étions devenu des objets dénommés « génération 1 ». Si nous suivons ce raisonnement simpliste et idiot nos parents étaient la génération 0, nos grands parents la génération -1 et ainsi de suite. Pour ne pas tourner autour du pot c’est un concept très gentil certes mais ayant une connotation raciste et ayant comme but final de nous marquer, poinçonner et estampiller à jamais ainsi que nos jeunes générations afin de les isoler, de les écarter et enfin de les coincer dans le carcan de la fameuse intégration. Depuis plus d’un demi siècle nous avons combattu tout concept concernant notre seule communauté tels l’intégration, l’insertion, l’assimilation ou la discrimination positive. Nos jeunes sont nés, étudié et vécu ici, ils sont depuis belle lurette des citoyens belges à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que tous les autres citoyens belges, ni plus ni moins. 


Pour ne pas vous ennuyer en continuant la numérotation à l’infini je vous propose la lecture de l’article suivant : « Génération Avant-garde, génération Classique ou génération Chevignon ? » à l’adresse suivante : http://bit.do/eTsbE paru dans Dounia News le 3 février 2007. C’est aussi intéressant et instructif pour les nouveaux arrivants de connaître le point de vue et la position de ceux qui ont vécu comme témoins privilégiés de notre histoire en Belgique et pas seulement ce qu’on a écrit à tort et à travers à notre sujet. De l’autre côté, nous avons créé en Belgique une vie associative très riche et très variée. En Wallonie, en Flandre et à Bruxelles des centaines d’associations et d’organisations sont actives dans pratiquement tous les domaines de la société. Je profite de l’occasion pour remercier les centaines de militants associatifs qui œuvrent quotidiennement pour un meilleur vivre ensemble. Surtout pendant le mois de Ramadan, des milliers d’initiatives sont organisées partout pour rapprocher les cultures, les peuples, les religions, les générations et le genre. Les milliers de ftours (https://fr.wikipedia.org/wiki/Iftar) organisés pendant ce mois sacré est la preuve du dynamisme et de l’ardeur de notre vie associative. C’est le meilleur moment et les meilleurs lieux pour discuter, débattre et échanger les idées et les expériences. 

Nos militants et responsables associatifs seront très enchantés de vous accueillir et de répondre à toutes vos questions. N’hésitez pas d’assister à l’un des ftours à Bruxelles ou ailleurs ou à l’une ou l’autre fête de l’Aïd El Fitr. Vous ne le regretterez pas. 

[1] « L'exode des informaticiens marocains se poursuit. Une véritable hémorragie ». Plus de 2.000 informaticiens quittent chaque année le Maroc, pour aller faire carrière à l’étranger. La France, qui en profite le plus, cherche à compenser le Maroc, à travers un partenariat win-win qui manque encore de clarté.


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