Avant de commencer cette chronique qui va traiter, Assises obligent, de la fiscalité, je tiens à m’excuser auprès de tous mes collègues, les femmes et les hommes, de notre chère plateforme, qui sont, pour la plupart, des expertes et des experts, entre autres, de cette chose que je ne porte pas particulièrement dans mon cœur, et je ne dois pas être le seul.

Je dois m’excuser parce que je ne comprends rien aux histoires du fisc même si, il y a déjà quelques années, j’ai eu la triste occasion de le côtoyer de près et de découvrir que lui non plus ne comprenait rien à mes histoires, mais là, c’est une autre histoire que je vous raconterais un jour, peut-être le jour où mon procès avec lui prendra enfin fin.

En vérité, je n’avais pas du tout l’intention de vous parler de fiscalité aujourd’hui, mais c’est en regardant par hasard une vidéo chez un de nos confrères que je ne vais pas citer, non pas parce que je ne l’aime pas, mais juste parce qu’il n’a pas besoin de ma pub. 

Il s’agit de l’interview d’un économiste que je ne connaissais pas, mais qui m’a paru très en colère contre certaines organisations, dont la CGEM et Le Cercle des Fiscalistes du Maroc, parce qu’elles préconisent une défiscalisation des frais de scolarité des élèves inscrits dans des établissements privés.

Ce serait trop long de vous rapporter tous les griefs et arguments de notre économiste défenseur de l’école publique, mais je puis vous dire qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère contre « ces gens qui en ont les moyens et qui choisissent d’aller dans le privé”.

D’abord, il commence par nous rappeler que “l’école publique est ouverte à tous”. Puis, aussitôt après, il s’interroge, presque les larmes aux yeux, “pourquoi donnerait-on davantage à des gens qui sont déjà privilégiés ? ».

Vous, je ne sais pas, mais moi je n’ai rien su lui répondre. D’ailleurs, j’ai eu l’impression qu’il n’attendait aucune réponse, ni de moi ni de personne, parce que son verdict était déjà prêt : “Ils doivent assumer leur choix”.

En fait, c’est un sujet qui m’intéresse très peu, du moins à l’heure actuelle, étant donné que mes enfants ne sont plus, depuis déjà un certain temps, en âge d’être scolarisés. En d’autres termes, je n’ai plus ce souci, mais je n’ai plus de sous non plus, étant donné que j’ai misé tout ce que j’avais et tout ce que j’ai pu pour leur payer, justement, de bonnes écoles… privées.

Étais-je vraiment un privilégié ? Avais-je vraiment le choix de scolariser mes enfants dans des écoles publiques ? Et m’étais-je comporté en mauvais citoyen en les plaçant dans le privé ? Je me le demande.

Attendez un instant que je réfléchisse un peu. Privilégié ? Peut-être oui, peut-être non. En tout cas, si privilégié j’ai été, je pense avoir acquis mes “privilèges” d’une manière honnête, c’est-à-dire à la sueur de mes méninges et aussi, parfois, de mes muscles. Vous savez, avec les fils de pub, pour avoir des budgets, il fallait courir, et les pistes étaient souvent mouillées et/ou brouillées.

Avais-je le choix ? Posée comme ça, cette question ne peut avoir qu’une réponse affirmative. Mais, à mon avis, la vraie question devrait être plutôt celle-ci : avais-je le droit de mettre mes enfants dans une école publique, alors que je savais pertinemment que les conditions pédagogiques – enseignement, enseignants, programmes, activités annexes etc. – y étaient absolument déplorables, et elles le sont encore plus aujourd’hui.

Je vous avoue que je serais incapable de convaincre notre économiste-fiscaliste-anti-privatiste, notamment pour les raisons citées plus haut. Et même si, personnellement, je peux reconnaître d’avoir été un privilégié, je puis lui assurer que ce n’était pas le cas de nombreux pères et mères de famille qui n’avaient pas assez de moyens, mais qui se saignaient à blanc pour pouvoir scolariser leurs enfants dans le privé, afin de leur garantir une situation plus décente que la leur.

J’avais découvert cela en tant que parent d’élèves, mais aussi en tant que professeur. En effet, en enseignant durant plusieurs années dans divers établissements supérieurs privés, j’avais pu constater que près des 2/3 de mes étudiants et étudiantes n’étaient pas issu(e)s de familles riches, mais plutôt de « classes moyennes », une appellation qui cache souvent le peu de moyens qu’elles ont.

Pour revenir aux Assises de la Fiscalité qui vont se tenir, rappelons-le, sous le thème de « l’équité sociale », tout ce que je souhaite c’est qu’avant de se quitter, ces centaines de spécialistes des chiffres et des lettres nous accouchent d’un projet qui soit dans l’intérêt public, c’est-à-dire aussi bien pour les gens qui ont les moyens que pour ceux qui en sont encore privés.

Prions pour eux et pour nous.

Mohamed Laroussi
Expert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma



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