Naguère, la "jma'a" berbère fédérait le douar, la tribu, le clan autour de valeurs puissamment collées au terroir. Cela excluait de facto toute tricherie, du fait que les saisons rythmaient le vivre-ensemble et qu'on ne pouvait mentir à la nature : Quand on promettait une "touiza", on ne se débinait pas. 

Hélas, peu à peu, les Bédouis qui ont investi nos contrées, ne pigeant que dalle à l'agriculture, nous ont inoculé les moeurs du nomadisme où la parole ne vaut pas un oignon. Un nomade est nulle part; un perpétuel passager, en somme, ne donnant sa parole que pour la renier aussitôt que ses bêtes et lui-même aient abandonné les zones de pâturage.

Voilà pourquoi, en presqu'île arabique, on confond parole et action : dès lors qu'on a dit quelque chose, on ne ressent plus le besoin de la mettre en pratique.

L'écrivain saoudien Abdullah Al Qosaïmi, dont j'ai évoqué dernièrement l'un de ses percutants ouvrages, "Les Arabes, un phénomène vocal" (Al Âarab, dhahira sawtiya), a traité en long et en large cette fâcheuse tendance arabe que traduisent si franchement les palabritas arabicas de la Ligue du même nom, à savoir la manie de s'arrêter au stade de la parole.

On a DIT, donc on a FAIT !
En vérité, les dégâts subis par les peuples du Couchant du fait de l'invasion arabe du VIIIème siècle ne se comptent plus. Cette aliénation "mentalitaire" -je ne dis pas "mentale"- a frappé le message islamique humaniste lui-même, notamment par le biais du wahhabisme génocidaire qui a nourri idéologiquement Al Qaïda, Daech et leurs appendices.

Ce que je dis là n'a rien de provoquant; il s'agit tout modestement d'une invite à la réflexion la plus sereine face aux drames apocalyptiques qui frappent de plein fouet 18 pays dit arabes sur 22 !

Des potentats soit voyous, soit sanguinaires, soit les deux, qui se prévalent soit d'urnes bourrées, soit d'extractions prophétiques apocryphes, soit de coups d'Etats et qui ne produisent que de la parlotte face à des peuples vassalisés, écrasés, chosifiés...

La question est la suivante : Quelle prédispositions ou contaminations ethnoculturelles, cultuelles, socio-historiques ou autres sont-elles responsables de l'état de déconfiture existentielle globale qui est en train de pulvériser la sphère dite arabe ?

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste
Source FB

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