Ces derniers jours, deux malencontreux faits divers nous poussent sérieusement à nous demander si le Maroc a réellement changé.

Ces deux malheureux faits divers sont, d’une part, l’interpellation d’un couple en train de s’embrasser, « en plein ramadan », comme l’a si sournoisement précisé le journal électronique qui a diffusé le premier l’information, et d’autre part, l’agression subie par un jeune humoriste marocain de la part d’un agent de police en uniforme.

Le premier fait est venu nous rappeler la dure réalité de notre pays, notamment celle des libertés individuelles. Voilà un couple, jeune – la fille 18 ans, et le garçon, 30 ans – qui se trouvaient tranquillement dans leur voiture, un espace privé, apparent, peut-être mais privé quand même. On a dit qu’ils s’embrassaient. Et alors ? Et puis quand bien même ils s’embrassaient, en quoi cela gênerait l’ordre public ? Ah oui, c’est vrai, c’était « en plein ramadan ». Ça change tout car le petit peuple vaillant et pieux qui surveille le temple, offusqué, va appeler les gendarmes qui vont venir immédiatement et vont embarquer le couple malfaisant et mécréant.
Le pays de la tolérance, nous disent-ils !
La deuxième affaire est aussi tragique sinon plus. Amine Radi habite en France où il possède une grande notoriété. Il revient fréquemment au Maroc, où il est également très connu, pour animer des spectacles, ou juste pour voir sa famille.


L’agression, très violente dont il a été victime, il l’a filmée lui-même car il était “dans l’exercice de ses fonctions”. En effet, Amine est connu notamment par la diffusion fréquente et en live sur le web de vidéos qui font toujours “le buzz”. Et c’était au moment où il s’adressait en direct à son public, d’un des quartiers de Casablanca où il se trouvait, que notre jeune humoriste a été attaqué – il n y’ a pas d’autres termes – avec une violence physique et verbale inouïe par ce policier, sans raison apparente, Et tout cela, au vu et au su aussi bien du public présent sur place que de celui, très nombreux, qui suivait la vidéo, rappelons-le, en direct.

La suite, vous la connaissez sûrement, Amine Radi a déposé plainte auprès des services de la police qui ont été, selon son propre témoignage, très accueillants et très professionnels. Presque aussitôt après, la DGSN a publié un communiqué dans lequel elle annonce notamment avoir “lancé une enquête administrative pour déterminer les dépassements professionnels attribués au policier, ainsi que les responsabilités et les mesures disciplinaires à la lumière des résultats des investigations”. 

Quelles que soient les suites juridiques, administratives ou autres qui seront données à ces deux affaires, elles ont déjà porté un grand coup de canif à l’image du Maroc à l’extérieur, mais aussi, à sa crédibilité intérieure. Parce que l’Etat marocain a autant intérêt à donner une nouvelle image moderne de notre pays à l’étranger, qu’à nous convaincre, nous « le peuple », de sa réelle volonté de changer son comportement jadis si archaïque, contre un nouveau plus civilisé et plus conforme aux valeurs universelles auxquelles il proclame partout son adhésion définitive et irréversible. 

Sans vouloir jouer au professeur, j’aimerais dire que de toutes les conditions nécessaires et indispensables à la construction d’une bonne image d’un pays, il y en a une qui est très importante, et qui est à la fois difficile à appréhender et délicate à maîtriser : la communication. Mais attention, la communication ne peut pas tout. Si elle le pouvait, tous les pays riches n’auraient qu’à payer de grands communicants pour mettre en place de grandes stratégies de communication, et le tour serait joué. Et bien, non, ça ne marche pas comme ça. L’image d’un pays est comme celle d’une marque ou d’un produit : elle se construit, progressivement, sur la durée.

Et plus l’image d’un pays est bien entretenue par un système de gouvernance stable et invariable, et plus ce pays a des chances de garder cette image et de la consolider. Elle devient solide et résistante avec le temps et avec la pratique. Ce qui signifie que tant que cette image n’est pas encore assez forte, et tant qu’elle n’a pas totalement convaincu tout le monde, le moindre incident peut lui être fatal, ou tout en moins, la faire revenir à la case de départ, c’est-à-dire à l’image négative d’avant.

Comme nous le rappelle ce vieux dicton marocain « Ce que le chameau a labouré, il l’a aplani ».

Je pense que c’est le drame que vit notre pays actuellement. Le va-et-vient chronique de reclassement-déclassement que nous connaissons au fil des années, l’image schizophrénique que nous commercialisons, à l’insu de notre plein gré, depuis tout le temps, bref, le yo-yo avec lequel nous jouons depuis toujours, ce n’est comme cela, ni avec cela, que notre image va se stabiliser. 


Mon Dieu, tu es témoin, j’ai rapporté. 


Mohamed Laroussi
Journaliste
Source : analyz.ma/

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